Les yeux plus gros que le ventre ! Trois ans après l’offensive avortée de Sacyr sur Eiffage, c’est une entreprise de BTP espagnole qui tente d’avaler un morceau beaucoup plus gros que lui. ACS, le numéro un espagnol, met tout en œuvre pour prendre le contrôle du numéro un allemand Hochtief. Le rapport de force est inversé : ACS pèse 15,8 milliards d’euros de chiffre d’affaires contre 20 milliards pour l’allemand. Et pourtant ! Au terme d’un feuilleton boursier, judiciaire et politique sans fin, ACS se prépare à triompher. Une opportunité inespérée pour l’espagnol empêtré dans un marché domestique moribond, où le Krach immobilier n’a pas fini de saigner l’économie nationale. Hochtief fait plus de 80% de son chiffre d’affaires à l’international. En fusionnant, le nouvel ensemble deviendrait le numéro un européen du secteur devant Vinci (32 milliards d’euros) et Bouygues.

La bataille boursière sera inscrite dans les annales. La direction d’Hochtief aura usé de tous les moyens pour contrer l’offensive des espagnols dans son capital. Il a saisi les autorités boursières australiennes afin de mettre en garde ACS que cette prise de contrôle le contraindrait à faire une offre sur le reste du capital de Leighton. Hochtief possède 55% du capital de cette entreprise de BTP australienne évaluée à 7 milliards d’euros en bourse. Autre moyen de dissuasion, une augmentation de capital réservée à un fonds Qatari afin de diluer la participation de 29% d’ACS. En franchissant le seuil des 30%, ACS est dispensé, en droit allemand, de lancer une offre publique, et pourra monter jusqu’à 50% du capital simplement en achetant sur le marché. L’Offre d’échange lancée par ACS s’est terminée mercredi dernier. Il s’agit d’échanger neuf actions ACS contre cinq actions Hochtief, valorisant ce dernier 5 milliards d’euros.

Pas un euro ne sera dépensé

Pour les observateurs du secteur BTP, ACS réalise une opération à très bon compte. Le groupe espagnol intègrera une entreprise financièrement solide sans dépenser un euro, alors que lui-même souffre d’une dette très lourde de 9 milliards d’euros. En atteignant les 50% du capital d’Hochtief, ACS deviendrait un champion du secteur, mais pourra surtout consolider ses comptes.

Dernière carte en main pour les dirigeants d’Hochtief : jouer sur la corde du patriotisme économique. Pour en arriver là, il fallait que les patrons du groupe allemand soient bien désespérés car la fibre nationaliste n’est pas le fer de lance de la politique économique d’Angela Merkel plutôt attachée aux règles libérales de bases. Son gouvernement s’est ainsi abstenu de toute intervention dans cette affaire ce qui n’a pas empêché l’opinion publique de s’émouvoir de la perte d’un fleuron de l’ingénierie allemande dans la construction. Il se pourrait donc qu’ACS réussisse là où Sacyr avait échoué. A l’époque, l’AMF avait pris parti pour Eiffage sous de motifs souvent assimilés à du chauvinisme ma-placé.