Lafarge et Holcim ont bien caché leur jeu. Après avoir surpris tout le monde vendredi en faisant état de discussions « avancées », les deux premiers cimentiers mondiaux ont dévoilé ce lundi un projet de fusion qui, de toute évidence, a été mûrement réfléchi au cours des derniers mois.

Vers 16h, le titre Lafarge avance de 0,5% sur un marché en baisse de 0,6%, après avoir bondi de 15% la semaine dernière. Holcim, qui avait pris 7,7% vendredi, rétrocède 0,5% ce lundi à Zurich.

Dans un communiqué, les deux groupes annoncent un projet de fusion « entre égaux, approuvée à l’unanimité par leurs Conseils d’administration respectifs avec le plein soutien de leurs grands actionnaires ». L'opération prendra la forme d'une offre publique d'échange initiée par Holcim avec une parité d'échange d'une action Holcim pour une action Lafarge.

« Personne ne rachète personne », a tenu à préciser Bruno Lafont, le PDG de Lafarge, dans les colonnes du journal Le Monde. Même si le futur groupe aura son siège en Suisse, Lafarge « ne quitte pas la France ». Et le dirigeant d’ajouter qu’ « il n’y aura pas de fermeture d’usine à la suite de ce mariage ».

Plusieurs milliards d'euros de cessions

Les choses sont en réalité un peu plus complexes. Pour pouvoir fusionner, Lafarge et Holcim vont devoir, concurrence oblige, céder des usines dans un certain nombre de pays où ils ont tous deux des positions fortes. C’est notamment le cas en France, aux Etats-Unis, au Canada et au Royaume-Uni. Les deux groupes pourraient ainsi céder pour 5 à 8 milliards d’euros d’actifs, représentant entre 10 et 15% du résultat d’exploitation (Ebitda) du futur ensemble. Les deux tiers de ces cessions toucheront l'Europe, a indiqué Rolf Soiron, l'actuel président d’Holcim.

« Il est clair qu'il y aura en France des cessions », a affirmé à l'AFP Sylvain Moreno, délégué CGT central chez Lafarge Ciments. Or ces dernières années, face à la baisse de la demande européenne, la plupart des grands cimentiers ont fermé des usines sur le Vieux Continent. Même si Lafarge et Holcim trouvent des repreneurs pour leurs usines, rien ne garantit que l’emploi y sera préservé. « La qualité et la taille des actifs à céder sont vraiment très élevées. Cela garantit leur attractivité pour des acquéreurs potentiels », a tenté de rassurer Bruno Lafont ce lundi. Mais la cause pourrait être difficile à plaider notamment auprès du gouvernement français.

Sur un effectif mondial de 65 000 salariés, Lafarge compte 5 300 salariés répartis sur 450 sites en France. Holcim emploie environ 71 000 personnes dans le monde dont 1 800 en France, où il possède environ 200 usines (production de ciment, granulats et béton).