Vinci victime d'une usurpation d'identité. Mardi vers 16h, un faux communiqué diffusé aux médias et aux agences de presse a laissé croire à une révision des comptes du groupe ainsi qu'au licenciement de son directeur financier. Un démenti rapide a suivi : "Vinci vient de subir une très grave tentative de désinformation à caractère diffamatoire (…) et dément formellement et totalement le licenciement de Christian Labeyrie", pouvait-on lire dans ce courriel signé par le directeur de la communication du groupe et envoyé vers 16h30. Or, ce message était un faux lui aussi.

Ces informations ont été reprises par un certain nombre de médias et de logiciels de trading, provoquant un "flash crash" de l'action qui a perdu jusqu'à 18% dans de gros volumes avant de remonter de façon tout aussi spectaculaire. Lorsque le groupe a publié son démenti officiel, vers 17h, il était déjà trop tard. Plus de 6 milliards d'euros de capitalisation boursière avaient changé de mains, avec des pertes importantes pour un certain nombre d'investisseurs.

Saisie par le groupe, l'Autorité des marchés financier (AMF) a ouvert jeudi une enquête sur ce "grave dysfonctionnement" afin de vérifier "qui pourrait en avoir tiré profit via une possible manipulation de cours". Ce ne serait pas la première fois que des opérateurs peu scrupuleux diffusent de fausses informations afin de tirer profit de la réaction des marchés. Mais en usurpant ainsi directement l'identité d'un groupe et de ses dirigeants, le cas est plutôt rare.

Une autre piste est celle d'"hacktivistes" mobilisés contre le projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes dont Vinci est le concessionnaire. C'est ce que semble indiquer un courriel anonyme envoyé mardi soir aux rédactions. "Vinci vient de faire une dégringolade financière vertigineuse, ceci est un nouvel acte de sabotage à l'encontre de cette entreprise. La forêt de notre-dame-des-landes a elle même sentie (sic) le béton reculer et ces occupants ont fêté se (sic) nouveau coup porté directement dans la bourse de ce monstre de béton". Le message évoque d'autres chantiers controversés du groupe au Qatar et en Russie et conclut: "Cela fait longtemps que ce groupe est attaqué de toute part et il continuera d'être saboté".

Que s'est-il réellement passé mardi ? Acte de "sabotage" ou opération financière frauduleuse ? Pour le déterminer, une analyse des serveurs informatiques par lequel ont transité les faux communiqués paraît nécessaire. Vinci a indiqué qu'il étudiait "toutes les suites judiciaires à donner" à cette affaire. De son côté l'AMF va examiner les moyens à mettre en œuvre afin d'éviter d'autres attaques similaires.