Le Parquet de Paris a ouvert vendredi une information judiciaire contre le cimentier LafargeHolcim dans l'affaire de sa cimenterie de Jalabiya, en Syrie, soupçonnée d'avoir contribué à financer l'organisation Etat islamique (EI), rapporte ce mardi l'agence Reuters.

Cette information judiciaire a été ouverte sur plainte avec constitution de partie civile, notamment pour financement d'entreprise terroriste et mise en danger de la vie d'autrui, d'après une source citée par l'agence. Deux juges du pôle financier et un juge antiterroriste ont été chargés de l'instruction.

Jusqu'à présent le groupe faisait l'objet d'une simple enquête préliminaire, suite à une plainte du ministère de l'économie français sur une possible violation de l'embargo européen sur le pétrole syrien. En novembre, l'ONG Sherpa, qui défend les victimes de crimes économiques, avait à son tour porté plainte contre Lafarge pour "financement du terrorisme, complicité de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité, mise en danger, exploitation abusive du travail et négligence". C'est cette seconde plainte qui pourrait avoir déclenché l'ouverture d'une enquête plus approfondie, confiée à des juges d'instruction.

L'affaire, révélée il y a un an par Le Monde, a entraîné la démission du directeur général du groupe Eric Olsen et a conduit LafargeHolcim à reconnaître des pratiques "inacceptables" en Syrie. L'enquête du Monde révélait que le groupe avait payé des droits de passage à l'organisation Etat islamique en 2013 et 2014 afin de maintenir l'activité de sa cimenterie de Jalabiya. Cette pratique visait avant tout à assurer la sécurité de l'usine et de ses employés, selon Lafarge. « Avec du recul, les conditions exigées pour assurer la continuation du fonctionnement de l’usine étaient inacceptables », a-t-il reconnu. Le groupe avait finalement dû évacuer la cimenterie en septembre 2014, abandonnant le site aux djihadistes.