Espace BTP - News, articles, interviews et dossiers

Le BTP voit enfin le bout du tunnel

Le BTP voit enfin le bout du tunnel

(Easybourse.com) Après trois années de baisse d'activité, le secteur du BTP devrait renouer avec la croissance en 2011 grâce à l'augmentation des mises en chantier. Mais c'est surtout à l'international que les projets d'infrastructures se multiplient.

L’année 2010 a été moins catastrophique que prévu dans le secteur du BTP. Après les 50 000 emplois détruits en 2009, la baisse se serait limitée à 15 000 emplois l’année dernière, selon la Fédération française du bâtiment (FFB), soit deux fois moins que les prévisions initiales. Le redémarrage du marché immobilier s’est traduit au second semestre par une reprise des mises en chantier qui devrait se poursuivre en 2011. La France devrait ainsi enregistrer entre 360 000 et 370 000 mises en chantier cette année, contre 310 000 en 2010, estime Michel Mouillart, professeur d'économie à l'Université Paris X-Nanterre et spécialiste de l’immobilier.

Du coup, les perspectives s’améliorent pour les professionnels du bâtiment. «Toutes choses égales par ailleurs, autrement dit sans crise grave ou choc systémique, le bâtiment renouerait avec une croissance de +2,2% en 2010, eu égard au redémarrage du marché du logement neuf et au léger redressement du marché de l’amélioration-entretien. Cette embellie confirmerait la légère reprise des carnets de commandes observée depuis quelques mois, au-delà des variations saisonnières», affirme la FFB. L’emploi devrait même repasser en territoire positif avec la création prévue de 10 000 à 15 000 postes. A condition bien sûr que les aides à l’achat et à la rénovation (prêt à taux zéro, éco-prêt, investissement locatif, …) perdurent.

Un marché local qui reste sous perfusion

«On ne peut que se féliciter du souci de maintenir un environnement institutionnel porteur, afin d'éviter un nouveau choc négatif sur la production. Deux points pour illustrer ce propos : les coups de rabot pratiqués restent mesurés ; le PTZ+ (nouveau prêt à taux zéro, ndlr) constitue une réelle avancée qui mérite d'être d'autant plus saluée que la réforme intervient dans un contexte budgétaire très difficile. Je vois dans ces choix la preuve de la volonté du gouvernement, via un indispensable développement de l'offre pour répondre aux besoins de nos concitoyens, de faire du bâtiment un vecteur de croissance retrouvée en 2011», a commenté le président de la FFB, Didier Ridoret, lors de son bilan de l’année écoulée.

La construction au niveau global n’a jamais connu une croissance aussi forte qu’aujourd’hui



La crise qui a frappé de plein fouet le BTP en 2008 et 2009 serait-elle terminée ? «On peut dire en tout cas que le point bas a été atteint l’année dernière», indique un analyste parisien qui en veut pour preuve les résultats publiés par les grands groupes en 2010. Bouygues a fait état d’un chiffre d’affaires stable et d’un carnet de commandes « record » de 14,7 milliards à fin 2010, ce qui lui permet d’envisager un retour à la croissance de sa branche de construction cette année. Même chose pour Eiffage qui vise une augmentation de 3,1% de son chiffre d’affaires en 2011 grâce à un carnet d’ordres lui aussi historiquement élevé (10,7 milliards) et renforcé par des succès commerciaux depuis le début de l’année, parmi lesquels le contrat de ligne à grande vitesse Le Mans-Rennes. Enfin Vinci, numéro un mondial du BTP et des concessions, prévoit une hausse d’au moins 5% de son chiffre d’affaires et une nouvelle amélioration de son bénéfice net, après une croissance remarquée de ses résultats en 2010 (lire notre article Vinci : un potentiel de hausse du titre de 30%).

Les carnets de commandes se remplissent grâce à l’international

Au final, les champions français du BTP ont traversé la crise sans trop d’encombres, grâce à leur diversification dans les concessions (Vinci, Eiffage) ou dans d’autres secteurs (Bouygues), mais aussi grâce à leur forte présence internationale. En effet, «la construction au niveau global n’a jamais connu une croissance aussi forte qu’aujourd’hui. Celle-ci est alimentée par l’émergence de superpuissances comme la Chine et l’Inde mais aussi par le rebond du marché américain de la construction», souligne Graham Robinson, directeur du centre de recherches « Global Construction Perspectives ». Dans un récent rapport, ce dernier estime que le marché global de la construction va connaître une des plus fortes progressions de ces dix prochaines années, passant de 7 300 milliards de dollars en 2010 à 12 000 milliards en 2020 (+63%). Sept pays – la Chine, les Etats-Unis, l’Inde, l’Indonésie, le Canada, l’Australia et la Russie- assureront à eux seuls les deux-tiers de cette croissance.

Une belle opportunité pour les groupes hexagonaux qui disposent d’un savoir-faire reconnu dans les grands projets d’infrastructures. Mais cela ne doit pas faire oublier leurs faibles perspectives de croissance en France, ni les problèmes de dette qui pèsent sur la commande publique sur certains de leurs marchés. Ainsi Bouygues ne prévoit pas de reprise en Europe centrale avant 2012, ce qui devrait encore peser sur sa rentabilité en 2011. Pour l’ensemble des acteurs du BTP, «l’année 2011 sera encore une année de transition. On peut s’attendre à une petite croissance des chiffres d’affaires ainsi qu’à un redressement des marges», note un analyste. L’optimisme est mesuré.

François Schott

Publié le 07 Mars 2011

OK, tout accepter
Fermer