Vivendi est enfin passé à l’acte ! En rachetant le reste du capital de SFR, le groupe de médias français satisfait de vieilles rumeurs. Longtemps, Vodafone espérait emporter le deuxième opérateur mobile français et ses 21 millions d’abonnés. Pour Vivendi, SFR devait rester au cœur de sa stratégie. Son intégration à 100% apportera des dividendes supplémentaires non négligeables (SFR versera 200 millions d’euros à Vodafone cette année), mais plus encore, Vivendi améliorera sa valorisation en gonflant son bilan. Jean-Bernard Lévy, PDG du groupe, veut en finir avec les minoritaires de ses filiales qui plombent et fragilisent la valorisation du groupe. Les analystes ont calculé une décote d’environ 20% de son titre en bourse. Le projet de rachat des minoritaires de Canal Plus suit la même logique, sauf que celle-ci reste très hypothétique puisque Lagardère est bien décidé à mettre sa part sur le marché… Mais une fois les actifs consolidés dans les comptes, il n’est pas dit que Vivendi aura résolu la problématique de fond de son modèle. Au contraire ! Les analystes mettent en lumière les 8 milliards consacrés à cette opération, face à une stratégie encore trop précaire.

D’abord, en augmentant la part des télécommunications dans son chiffre d’affaires, le groupe s’expose à un secteur dont les perspectives sont peu réjouissantes, notamment en France. L’arrivée d’Iliad dans les mobiles aura des conséquences sur le partage du marché. Les analystes craignent que SFR soit contraint de rogner sur ses marges pour maintenir sa part de marché.

Pas de grand pôle télécom...

Autre point de crispation pour les analystes, la stratégie globale de l’ex-Compagnie Générale des Eaux. Pour certains, l’entreprise française reste une holding et n’a pas accompli le projet de convergence, cher à Jean-Marie Messier, l’ex-patron du groupe. Les différentes filiales dans la musique, les jeux vidéo, la télévision et les télécoms évoluent en toute indépendance. Les synergies paraissent d’autant plus difficiles que ces activités ne se recoupent pas au niveau géographique, ce qui nourrit davantage la perplexité des analystes. Les télécommunications sont concentrées sur quelques pays, la télévision se cantonne essentiellement à la France. Seuls, les jeux vidéo et la musique ont une dimension internationale. Enfin, la dernière contradiction nait du refus de Vivendi de créer un grand pôle télécom qui intègrerait sa filiale GVT au Brésil, Maroc Telecom et les autres filiales africaines, à SFR. Dommage, alors que la création d’un grand pôle permettrait de regrouper les achats, les marques et de définir une stratégie d’ingénierie télécom notamment sur les normes et les équipements.

Vivendi veut garder ses actifs dont les positions sont très fortes (Universal Music, Canal Plus, SFR, Blizzard avec le fameux World of Warcraft…). Mais sans une stratégie plus globale, ils ne résisteront pas aux poussées des pure players qui les attaqueront chacune de leurs côtés. Neuf ans après la chute de Jean-Marie Messier, le marché attend toujours de Vivendi la définition de son modèle…