Free a tout intérêt à déployer rapidement son propre réseau de téléphonie mobile. L’opérateur débourserait actuellement 500 à 700 millions d’euros par an pour utiliser le réseau d’Orange, d’après une estimation de l’Autorité de la concurrence rendue publique lundi.

Cette estimation est supérieure aux chiffres qui circulaient jusqu’à présent, sachant que Free et Orange n’ont pas dévoilé les termes de leur contrat. On sait seulement que celui-ci est prévu pour une durée de six ans, le temps pour le nouvel entrant de déployer son propre réseau. La plupart des autres opérateurs sont mécontents de cet arrangement qui a permis à Free de proposer dès son arrivée une couverture sur l'ensemble du territoire et de gagner de nombreux clients.

« Cette itinérance était nécessaire pour permettre à Free d'animer la concurrence sur le marché dans un contexte où la couverture des autres opérateurs de réseau en 3G était déjà particulièrement avancée », justifie l’Autorité de la concurrence. « Elle doit cependant être bornée dans le temps » et prendre fin au plus tard à l’échéance du contrat, soit en 2018, ajoute-t-elle.
En effet, si l’itinérance coûte cher à Free, elle lui permet aussi « d’attendre pour mieux saisir les opportunités: rachat ou fusion avec un concurrent, mutualisation des infrastructures souhaitée par un opérateur qui voudrait réduire ses coûts, etc. De telles perspectives peuvent encourager une stratégie attentiste ». Pour s'assurer du caractère transitoire de cette situation, l'Autorité suggère que l'Arcep, l'autorité de régulation des télécoms, vérifie «sans attendre que Free est sur une trajectoire d'investissement compatible avec les obligations de sa licence».

Free a promis d’investir au total un milliard d'euros dans son réseau d'ici à 2018, soit le minimum nécessaire pour disposer d’une couverture nationale. Il faut en effet investir entre 1 et 1,5 milliard d'euros pour couvrir 90% de la population française, selon l’Autorité de la concurrence, puis environ 200 millions d'euros par an pour entretenir le réseau. Au total, « si Free pouvait déployer immédiatement son réseau plutôt que de recourir à l’itinérance, il aurait un intérêt économique à le faire, au bout de trois à cinq ans », conclut-elle.

Depuis le début de l’année, le titre d’Iliad (maison-mère de Free) a pris 16,8% sur un marché parisien en hausse de 5,3%.