SFR et Bouygues Telecom, respectivement numéro deux et trois de la téléphonie mobile en France, vont partager leurs infrastructures et une partie de leurs investissements. La décision, annoncée hier, est destinée à « recréer de la valeur » dans un secteur soumis à des « mutations profondes », selon les deux groupes.

« Bouygues Telecom et SFR annoncent qu’à l’issue de discussions préliminaires, elles sont convenues d’entamer des négociations exclusives dont l’objet est d’aboutir à un accord de mutualisation d’une partie de leurs réseaux mobiles », ont indiqué les deux opérateurs dans un communiqué. Ils souhaitent conclure « avant la fin de l’année » un accord qui devra ensuite recevoir l’aval de l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (Arcep), le gendarme du secteur.

L’objectif des deux opérateurs est d’offrir à leurs clients respectifs la meilleure couverture géographique et la meilleure qualité de service et de « figurer parmi les acteurs incontournables de la modernisation de l’économie numérique en France ». Mais il est aussi et surtout de réaliser des économies à l’heure où tous les opérateurs sont lancés dans la course à la 4G et se livrent une véritable guerre des prix depuis plus d’un an.

SFR et Bouygues Telecom ont été particulièrement impactés par l’arrivée du quatrième opérateur, Free, qui a capté une partie de leur clientèle, les a contraints à sacrifier leurs marges et à lancer des plans de départs volontaires. Ils devraient encore souffrir cette année de cette concurrence acharnée. Dans ce contexte, la mise en commun de leurs infrastructures devrait réduire les coûts de maintenance et assurer à chacun une meilleure couverture du territoire. « Chaque opérateur conserverait une capacité d’innovation autonome et une indépendance commerciale totale », précisent-ils.

Un accord limité

Reste à savoir jusqu’où les deux opérateurs pourront aller. En effet, il s’agirait du premier accord de mutualisation de réseau en France, qui plus est entre deux poids lourds du marché. Il devra donc être limité. Dans un avis rendu en mars, l’Arcep avait exprimé de « fortes réserves » quant à un partage de fréquences, car il « enlève toute capacité de différenciation entre partenaires et remettrait en cause le principe de concurrence par les infrastructures ». En revanche, le partage d'infrastructures dites passives est encouragé, notamment dans les zones rurales où les besoins de couverture sont encore importants.

De leur côté, les ministres en charge du secteur, ont « pris acte » de la volonté de Bouygues Telecom et SFR d’unir une partie de leurs réseaux, jugeant cette stratégie « particulièrement adaptée lorsque les niveaux de marge sont plus contraints, comme c'est le cas à l'heure actuelle ». Ils veilleront cependant à ce que « chaque acteur continue de prendre sa part d'investissement dans le déploiement dans les nouveaux réseaux ».

Vers 11h45, les titres de Bouygues et Vivendi (SFR) caracolent en tête du CAC 40, les investisseurs escomptant d’importantes synergies pour les deux groupes. Bouygues prend 6,8% tandis que Vivendi s'adjuge 3,2%.