L’heure est aux choix stratégiques chez Vivendi. Réuni hier, le conseil de surveillance du groupe a décidé « à l’unanimité de mettre à l’étude une scission du groupe en deux sociétés distinctes » : d’une part, un nouveau groupe de médias international basé en France, présent dans la musique (où il est le leader mondial incontesté), dans l’internet et les services associés au Brésil, dans le cinéma en Europe, ainsi que dans la télévision payante en France (Canal+), d’autre part SFR, la filiale de téléphonie mobile dont le groupe avait déjà annoncé qu’elle serait mise en bourse dans un avenir proche.

« La décision définitive de cette scission pourrait être prise en début d’année prochaine et soumise à l’Assemblée générale 2014 », précise Vivendi dans un communiqué. En vue de préparer cette nouvelle organisation, Vivendi a nommé au poste stratégique de vice-président du conseil de surveillance Vincent Bolloré, l’ex président d’Havas et actuel PDG du groupe Bolloré. M. Bolloré avait pourtant indiqué plus tôt dans la semaine qu’il n’était candidat à aucun poste dans le groupe Vivendi. Dans une interview aux Echos, il s’explique sur ce revirement : « Je connais Jean-René Fourtou (ndlr : le président du conseil de surveillance) depuis trente ans et j’admire beaucoup son travail. C’est lui qui m’a fait venir chez Vivendi. Je suis très heureux de cette marque de confiance de lui et du conseil unanime et je suis très content de participer à la construction et à l’organisation de ce groupe aux côtés de Jean-René Fourtou et du Conseil ».

L'avenir de SFR en question


Selon lui, la scission est un projet « attractif » car elle permettrait de supprimer la « décote de holding » dont souffre l’action Vivendi. Présent dans les télécommunications et les médias, le groupe peine à trouver des synergies entre ces deux activités et son parcours boursier n’est pas à la hauteur des attentes des actionnaires. « Vivendi est un champion français qui peut devenir un champion dans le monde (…) », explique M. Bolloré, devenu cette année le premier actionnaire du groupe, dans un entretien aux Echos. Quant à SFR, il « acquerrait une plus grande liberté stratégique et de partenariat » et « bénéficierait pleinement de l’amélioration de ses performances » en 2014, souligne Vivendi. Au premier semestre 2013, l’opérateur a vu son chiffre d’affaires chuter de 11,3% et son bénéfice net de 16,3% en raison de la guerre des prix qui fait rage sur le marché français de la téléphonie mobile. Mais il espère reprendre pied grâce au lancement de la 4G, aux économies réalisées et celles à venir, notamment via la mutualisation d’une partie de son réseau avec Bouygues Telecom.

Quoi qu’il en soit, « il faudra environ 10 mois à l'équipe de management actuelle pour mettre en place les changements » nécessaires à la scission, estiment les analystes d’Oddo Securities qui ont tout de même relevé leur objectif de cours sur Vivendi, de 19 à 21 euros ce matin. De son côté, UBS reste sceptique sur le potentiel boursier de SFR : « les risques matériels sont toujours bel et bien en place » à commencer par la nouvelle concurrence de Free Mobile sur le segment des abonnements mobiles avec téléphone portable subventionné. Par ailleurs, « l'influence croissante du principal actionnaire Vincent Bolloré pourrait bien mener à court terme à une stratégie bien différente de celle attendue par les investisseurs », souligne le courtier.

Vers 11h35, Vivendi gagne 2,4% à la Bourse de Paris sur un marché en baisse de 0,5%. Le titre évolue au même niveau qu’en début d’année, alors que le CAC 40 a pris 12% depuis le 1er janvier.