Jusqu’au bout, Bouygues aura tenté de convaincre Vivendi. Hélas pour le groupe de l’avenue Hoche, le conseil de surveillance qui s’est réuni samedi à quelques encablures a tranché en faveur de Numericable. « Le Conseil de surveillance a décidé, à l’unanimité, de retenir l’offre d’Altice/Numericable qui correspond au projet industriel le plus porteur de croissance, le plus créateur de valeur pour les clients, les salariés et les actionnaires, et répondant le mieux aux objectifs de Vivendi », a indiqué ce dernier dans un communiqué.

Vivendi cède donc sa branche télécom, SFR, pour 13,5 milliards d’euros ainsi qu’une participation de 20 % dans le futur ensemble SFR/Numericable. Un complément de prix potentiel de 750 millions d'euros est prévu si le résultat opérationnel hors dépenses d'investissement (Ebitda moins capex) du futur ensemble atteint deux milliards d'euros au cours d'un exercice.

Pas de problème de concurrence

Vivendi rendra compte lors de sa prochaine assemblée générale (24 juin) des conditions dans lesquelles cette opération a été conduite, sans pour autant demander l’approbation de ses actionnaires. Le projet de fusion devra en revanche être approuvé par les autorités de la concurrence. Les deux groupes sont confiants sur ce point : « Tous les experts consultés ont conclu que l’offre d’Altice/Numericable présente les risques les moins élevés en matière de concurrence. SFR et Numericable ne sont pas présents sur les mêmes segments de marché et leurs activités sont complémentaires », souligne Vivendi. Numericable espère quant à lui boucler l’opération « en moins d’un an ».
Pour ce faire, le groupe de Patrick Drahi entend lancer une augmentation de capital de 4,7 milliards d'euros et emprunter 8,8 milliards auprès de banques pour financer le rachat de SFR. Il a précisé dimanche qu'il avait reçu des engagements fermes des banques pour le financement en dette comme en fonds propres. Cela ne pèse pas sur son titre lundi, bien au contraire : vers 10h45, l’action bondit de 14% à 30,2 euros.

Un nouveau poids lourd des télécom

Il faut dire que ce rachat, s'il se concrétise, permettra à Numericable de changer de statut. Lui qui ne compte aujourd’hui qu’1,7 million de clients passera d’un seul coup à 28,2 millions d’abonnés, devenant le numéro deux du marché français des télécom derrière Orange (29,2 millions de clients). En connectant son réseau de fibre optique à ceux de SFR, il espère réaliser plus d’un milliard d’euros de synergies par an. Ce sera « le plus grand réseau alternatif d’infrastructures très haut débit » en France, assure Patrick Drahi.

De quoi relancer les inquiétudes sur l’avenir de Bouygues Telecom. Le troisième opérateur historique, qui compte aujourd’hui 9,9 millions d’abonnés, a vu ses marges fondre avec l’arrivée de Free sur le marché de la téléphonie mobile. Au dernier pointage, ce dernier compte 8 millions d’abonnés (fixe et mobile). Désormais, le marché français « va voir s'affronter trois gros opérateurs parfaitement intégrés », bien présents à la fois sur le mobile et l'internet fixe: Orange, SFR-Numericable et Free, commente Adrien Bourreau, expert dans le secteur télécoms au cabinet Kurt Salmon. Or « Bouygues Telecom est bien présent sur l'univers du mobile, mais a une base internet fixe très faible », ajoute-t-il. Compte tenu de cette faible présence dans le fixe, Bouygues « ne peut pas à mon sens rester seul » a estimé de son côté Stéphane Richard, le PDG d’Orange. A terme, les analystes tablent sur une cession de Bouygues Telecom ou sur un rapprochement avec Free, même si les mauvaises relations entre Martin Bouygues et Xavier Niel pourraient y faire obstacle.

En attendant, le marché voit tout en noir et blanc ce lundi. Pendant que Numericable s’envole, les titres de Bouygues et Iliad (Free) cèdent respectivement 5,1% et 6,2%.