La transition avait été soigneusement préparée et annoncée en début d'année. Il faut dire qu'en 91 ans d'existence, Publicis n'a connu que deux patrons: Marcel Bleustein-Blanchet, son fondateur, et Maurice Lévy. Mercredi 31 mai, l'assemblée générale des actionnaires a confié les destinées du géant publicitaire à Arthur Sadoun, 46 ans.

Entré dans le groupe en 2006 après avoir créé sa propre agence au Chili puis travaillé pour le concurrent TBWA, Arthur Sadoun avait été rapidement repéré par Maurice Lévy. "Ce garçon très jeune a un véritable tempérament de publicitaire et de très grandes qualités tant sur le regard qu'il porte sur la publicité que sur le plan humain", avait confié le patron au JDD la même année. Il s'est vu confier la direction de Publicis France en 2009 puis de Publicis Communications, responsable des plus gros "budgets" du groupe notamment à l'international.

Son parcours rappelle d'ailleurs celui de Maurice Lévy. Embauché par l'agence en 1971 après des études d'informatique aux Etats-Unis, Maurice Lévy a rapidement grimpé les échelons, devenant secrétaire général en 1975 puis directeur général adjoint de Publicis Conseil en 1975 et enfin directeur général du groupe un an plus tard. Malgré la fusion ratée avec l'américain Omnicom en 2014, Maurice Lévy laissera l'image d'un patron à qui tout a réussi. Sous sa houlette, Publicis est passé de 3 000 employés il y a trente ans à près de 80 000 aujourd'hui, son chiffre d'affaires a été multiplié par près de 50 et sa capitalisation boursière par près de 100.

Son successeur sait qu'il est attendu au tournant. Arthur Sadoun « dispose d'un parcours strictement opérationnel, ce qui devrait se révéler un atout en termes commerciaux et de croissance», soulignent les analystes de Natixis. «Boursièrement, le fait que Maurice Lévy reste très proche rassurera sur les craintes d'éventuelles scissions post-départ», complète un analyste parisien cité par l'AFP.

En effet Maurice Lévy ne quitte pas le groupe. Il a été nommé président du conseil de surveillance, une fonction "non exécutive" pour laquelle il percevra une rémunération brute annuelle de 2,8 millions d'euros. Cette rémunération, très supérieure à moyenne pour ce genre de poste, n'a obtenu qu'une faible majorité lors de l'assemblée générale (60%) de même que son salaire de 2,5 millions pour l'année 2016 (57%).