1er avril 2016. Bouygues Telecom et Orange mettent fin à leurs discussions de rapprochement, évoquant un "risque d'exécution" de ce mariage à 10 milliards d'euros. Martin Bouygues accusera plus tard l'un des protagonistes de ce dossier - Free - d'avoir fait capoter le deal, en voulant récupérer certains actifs de Bouygues sans en payer le prix.

Suite à cet échec de nombreux analystes estiment que Bouygues Telecom, fragilisé financièrement, ne pourra pas tenir longtemps face à la concurrence de Free, SFR-Numericable et Orange, et que le retour du marché à trois opérateurs (comme avant l'arrivée de Free) est la seule solution viable pour tout le monde.

Un an et demi plus tard, force est de constater que le troisième opérateur français n'a pas baissé les armes, et qu'il est même plutôt en forme. Bouygues Telecom a ainsi gagné 940 000 clients dans le mobile sur les neuf premiers mois de l'année, dont près de 300 000 au troisième trimestre écoulé, et plus de 100 000 client dans le fixe depuis le début de l'année. La filiale du groupe Bouygues a notamment profité de l'hémorragie observée chez SFR qui a encore vu partir 75 000 clients fixe au troisième trimestre.

Sur le plan financier, le chiffre d'affaire de Bouygues Telecom a progressé de 6,6% au troisième trimestre sur un an, à 3,73 milliards d'euros, pour une marge opérationnelle de 27,7%, au plus haut depuis 2011. "Cette croissance bénéficie des premiers effets positifs des augmentations de prix sur les offres premium Mobile et sur toutes les offres Fixe réalisées fin mai 2017 et d’un léger impact favorable de la nouvelle réglementation sur le roaming", détaille le groupe dans un communiqué.

Ce retour en grâce valide la stratégie d'indépendance de Bouygues Telecom et ajourne sine die un éventuel retour d'un marché à trois opérateurs, selon le directeur financier de Bouygues, Philippe Marien. "Notre stratégie est plus gagnante que celle d'autres, on continue notre plan, à développer notre stratégie. Je crois que la consolidation est un sujet qui est maintenant derrière nous, en tout cas pour un moment assez long", a-t-il déclaré lors de la présentation des résutlats trimestriels du groupe ce mardi. 

Cet été le patron d'Orange, Stéphane Richard, avait lui aussi estimé que le retour à trois opérateurs n'était plus d'actualité. « Les autorités sont contre, et le président Macron n'est pas un grand fan de la consolidation », avait-t-il expliqué. Selon lui "le seul deal qu'on pourrait imaginer en France serait entre Bouygues et Altice (la maison-mère de SFR, ndlr)", une hypothèse toutefois peu probable compte tenu des stratégies divergentes de ces deux groupes, et malgré les difficultés traversées par le second.