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Le pari africain de France Telecom

Le pari africain de France Telecom

(Easybourse.com) L'opérateur a choisi l'Afrique pour réaliser ses rêves d'expansion. Un marché en forte croissance, et surtout à fortes marges. Le continent a fait de la téléphonie mobile un important facteur de développement.

Fini les pourparlers stériles avec des opérateurs scandinaves, ou la bataille sanguinaire au Royaume-Uni réglée par une joint-venture avec Deutsche Telekom… Depuis l'arrivée de Stéphane Richard à la tête de France Telecom, le groupe téléphonique français a décidé d'en finir avec les stratégies intra-européennes. L'Europe fait l'objet d'une âpre bagarre où les lourds investissements en fibre optique se conjuguent mal avec la saturation de marchés ultra-compétitifs et à faibles marges. D'où les ambitions du groupe français en Afrique. Le continent est plus accessible que l'Asie (trop protectionniste) ou l'Amérique Latine – proclamée chasse gardée de l'espagnol Telefonica. Mais ce n'est pas un choix par défaut pour Orange. Certains pays africains présentent une économie plus dynamique qu'on ne le croit. Ainsi, si l'Inde était un pays africain, elle arriverait à la 18e place du continent en termes de PIB par habitant.

300 millions de clients d'ici à 2015

Les perspectives de croissance sont énormes sur le continent. «Un tiers des Africains sont déjà équipés d'un mobile, mais il reste encore un tiers qui n'est pas équipé mais couvert par un réseau, et encore un tiers qui se trouve dans des zones non-couvertes» estime Jean-Michel Huet, responsable des pays émergents au cabinet d'études BearingPoint. Il existe donc un vivier important pour l'opérateur français qui vise les 300 millions de clients d'ici à 2015 (contre 182 actuellement). Certes, les clients non-équipés représentent la part la moins bien dotée en termes de

En matière d'internet, les consommateurs africains vont passer de rien du tout à l'internet mobile

pouvoir d'achat. «C'est pourquoi le groupe doit donc réfléchir à vendre plus de produits à plus forte valeur ajoutée» nous explique Jean-Michel Huet. Pour cela, les ingénieurs d'Orange se remuent les méninges pour imaginer de nouveaux services spécifiquement adaptés aux consommateurs africains. Rappel du correspondant, messagerie vocale, signal de retour en zone couverte d'un correspondant… Orange multiplie les offres et les services payants et surfe sur les faiblesses des infrastructures pour proposer des solutions adaptées : géolocalisation, bancarisation des transactions financières… «Un tiers des paiements et transactions financières au Kenya passent par les téléphones mobiles» observe Jean-Michel Huet. Pour résoudre la difficile équation de la rentabilité de ses investissements, France Telecom doit faire du volume. Les opérateurs africains ont également choisi de s'affranchir de couteux réseaux de distribution. Les usagers se contentent d'acheter des minutes de communication chez des détaillants locaux, qui rechargent auprès de l'opérateur par un simple coup de fil.

L'internet mobile oui, pas à n'importe quel prix

La valeur ajoutée des prochaines années sera sans conteste le déploiement de l'internet mobile dans un continent où la pénétration de la téléphonie fixe n'a guère dépassé les 2%. «En matière d'internet, les consommateurs africains vont passer de rien du tout à l'internet mobile» pronostique Jean-Michel Huet. «C'est l'une des façons d'apporter internet à des populations» explique-t-on chez France Telecom. Là encore, il faudra réfléchir à des solutions spécifiques au marché. Les offres illimitées semblent exclues, et il faudra convaincre les Africains de s'équiper de Smartphones.

Il faudra également détourner l'usager de son usage effréné du SMS. Pas sûr qu'il soit séduit par les applications en tout genre ou par la nécessité d'avoir une adresse email, tandis que le SMS pourrait simplement suffire. L'objectif de France Telecom est de doubler son chiffre d'affaires dans la zone Afrique/Moyen-Orient autour de 7 milliards d'euros d'ici à 2015.

Guerre de tranchées entre multinationales


Pour remplir cet objectif, il reste l'option des acquisitions. France Telecom est déjà présent dans 19 pays d'Afrique et du Moyen Orient (Jordanie, Bahrein). Le Français est surtout implanté dans l'Afrique francophone comme le Sénégal, le Mali, la Côté d'Ivoire, le Cameroun ou la République Centrafricaine. Il est également présent au Kenya, en Ouganda, au Niger et au Botswana. Mais France Telecom n'est pas le seul à se battre sur le continent. Plusieurs groupes sont sur les dents pour ne pas se laisser distancer par le Français, à commencer par MTN, l'opérateur historique Sud-Africain. Avec 91 millions d'abonnés, il est le premier opérateur du continent. Il y a un an, il a bien failli fusionner avec l'indien Barthi qui cherche à prendre pied en Afrique. Etisalat, le second groupe africain d'origine émiratie, rassemble 75 millions d'abonnés. Face à ces deux géants, France Telecom n'en reste pas moins le troisième opérateur avec près de 55 millions d'abonnés. Mais le Français se sait menacé par Vodafone qui, avec seulement 34 millions d'abonnés, réalise un chiffre d'affaires de 6 milliards d'euros en Afrique. Avec 12 millions d'abonnés, Milicom pourrait presque faire figure de proie pour France Telecom. L'opérateur d'origine suédoise, cotée à New York, a l'avantage d'être implantée en Afrique et en Amérique Latine. En Egypte, le dénouement de l'affaire Mobilnil qui opposait France Telecom à Orascom a été vécu comme un soulagement pour le groupe français. Cette compagnie a, en effet, rapporté près de 20 millions d'abonnés.

C'est au Maghreb que France Telecom pourrait poursuivre ses rêves d'expansion. En rachetant récemment 40% de Meditel au Maroc, le groupe français a confirmé ses ambitions, quelques mois après l'achat d'une licence en Tunisie. Il ouvre, à cette occasion, un nouveau front contre Vivendi qui est leader dans le pays avec sa filiale Maroc Telecom. France Telecom doit encore s'installer en Algérie afin de compléter le maillage du Maghreb. La maison-mère d'Orange a fait connaitre son intérêt pour la filiale d'Orascom, Djezzy, leader de la téléphonie mobile. Il y a encore quelques mois, le Sud-africain MTN a toutefois failli l'emporter.

Nabil Bourassi

Publié le 28 Septembre 2010