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Lagardère parie sur le sport et les services

Lagardère parie sur le sport et les services

(Easybourse.com) A l'image de la possible cession de ses magazines étrangers, Lagardère opère un recentrage stratégique de ses activités tout en souhaitant préserver la diversification de ses métiers.

Sur les neuf premiers mois de 2010, Lagardère Active (pôle presse) a représenté environ 22% du chiffre d’affaires total du groupe Lagardère, Lagardère Publishing (édition) 28%, Lagardère Unlimited (sports) 5%, et Lagardère Services 45%. Les médias, l’édition, les services, les sports, Lagardère semble attaché à la diversification de ses métiers, mais dans le même temps le groupe français souhaite opérer un recentrage de ses activités. Avoir la force de frappe suffisante dans ses différentes branches, voilà le challenge que se lance Lagardère.

Ces dernières années, Lagardère Active a lancé un recentrage de ses activités. Tout a commencé en 2007 avec la cession de son pôle de presse quotidienne régionale. En 2008, la branche a décidé de se recentrer autour des «segments stratégiques» que sont en particulier «les grands hebdomadaires, le féminin et l’art de vivre, l’actualité, le people, l’entertainment», indiquait Lagardère à l’occasion de la cession de la SCPE (la Société de Conception de Presse et d’Edition), éditrice des magazines Entrevue et Choc, par Hachette Filipacchi Presse. Lagardère Active s'est également séparé de plusieurs titres de presse comme le magazine Onze Mondial.

Au sein du pôle médias, la radio Europe 1 fait figure de média historique, racheté par le groupe en 1986, et reste «un instrument de pouvoir», rappelle un analyste spécialiste du secteur. Les radios comme les chaînes musicales restent des médias au potentiel de développement et de rentabilité limité, notamment du fait du phénomène de multiplication des chaînes de télévision, estime l’analyste. Cette année, l'entreprise d'Arnaud Lagardère a vendu la chaîne de télévision Virgin 17 au groupe Bolloré. La presse télé, quant à elle, est sur une pente déclinante mais reste rentable.

Sports et Services, deux potentiels à la gestion délicate

En 2009, Lagardère Publishing a réalisé plus des deux tiers de son chiffre d’affaires à l’étranger (1er éditeur en Grande-Bretagne, 2e en Espagne et 5e eaux Etats-Unis), et a continué de s’appuyer sur le succès de la saga de Stephenie Meyer (Twilight). En cédant sa branche de magazines aux Etats-Unis, Lagardère va se recentrer sur l’édition. Lagardère Publishing continue de s’étendre, notamment via des partenariats pour se développer sur des marchés émergents comme la Chine.

Le pôle Lagardère Unlimited (économie du sport et droits sportifs avec Lagardère Sports créé en 2006), est l’une des branches sur laquelle le groupe met l’accent ces dernières années par le biais d’acquisitions mais aussi d’investissements pour le développement de ce pôle. La rentabilité de cette branche est soumise à une certaine volatilité du fait de la saisonnalité de certains grands évènements sportifs et de la structure des contrats (acquisition de droits ou commission d’agents). Cependant, «ce n’est pas parce que c’est saisonnier et cyclique que c’est mauvais. Sur le long terme, cette branche représente un bon potentiel de rentabilité», estime l’analyste.

Pour ce qui est de Lagardère Services, l’activité Distribution de presse reste en baisse «sans réelle amélioration de tendance». Il semble difficile de trouver une solution satisfaisante pour cette activité, que ce soit trouver un acquéreur ou la faire disparaître. En revanche, les activités de commerce de détail, type Relay ou Aelia, se portent bien, bénéficiant d’une hausse de la fréquentation des aéroports et gares.

Volonté de conserver des activités diversifiées

Le recentrage des activités du groupe passe aussi par la cession progressive de ses participations dans des entreprises qui n’ont pas de rapport avec son cœur d’activité, comme Renault (2003) ou le groupe européen de défense et d’aéronautique EADS. Ce dernier est né en 2000 de la fusion d'Aérospatiale Matra SA (Lagardère), Aeronauticas SA et DaimlerChrysler Aerospace. En 2006, Lagardère avait cédé une participation de 7,5% dans le groupe européen, soit la moitié de sa part, dans un contexte de soupçons de délit d’initié. Lagardère détient encore 7,5% d’EADS, qu’il ne compte pas conserver à long terme. Néanmoins, Lagardère devrait «prendre son temps pour la cession, afin d’une part d’éviter tout risque d’accusation de délit d’initié, et d’autre part de parvenir à trouver un bon prix de cession», a précisé le spécialiste. «Tant que toutes les incertitudes n’auront pas été levées sur les produits en cours (comme le planning de l’A350), Lagardère devrait attendre», pense-t-il.

Navigant entre médias historiques et recherche de nouveaux créneaux porteurs, Lagardère a à cœur de conserver une certaine diversification de ses métiers. Vient alors la question de l’utilisation des fonds récoltés avec la vente de la branche magazine internationale. La cession de ces actifs pourrait donner une bouffée d’oxygène au groupe dont l’endettement s’élevait à près de 2,2 milliards d’euros à la fin du premier semestre 2010, contre 2,14 milliards un an auparavant, mais pourrait aussi permettre de verser un dividende exceptionnel aux actionnaires.

Quant à réaliser d’éventuelles acquisitions, les cibles «que Lagardère viserait sont plutôt à chercher du côté du sport où il faudrait trouver des opportunités, notamment vers l’Amérique latine avec le football, et avec prudence en Amérique du Nord», selon l’analyste. «L’édition peut également intéresser Lagardère, toutefois ce dernier ne veut pas aller trop loin dans ce secteur car il souhaite rester diversifié», ajoute-il. En 2009, près d’un tiers du chiffre d’affaires de Lagardère Publishing a été réalisé en France. Le groupe pourrait également regarder du côté de la production de contenus audiovisuels. «Il vaut mieux être du côté du producteur que du côté du diffuseur», note l’expert.


Claire Lavarenne

Publié le 24 Décembre 2010