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Canal+ : son arrivée sur le marché du gratuit dérange

Canal+ : son arrivée sur le marché du gratuit dérange

(Easybourse.com) Depuis son renforcement surprise sur la TNT via Direct 8 et Direct Star, Canal+ semble s'attirer les foudres de ses concurrents. Selon certains, il circulerait même des suggestions de mesures visant à limiter l'expansion du groupe à la chaîne à péage.

La volonté de Canal+ d’entrer sur le marché de la télévision gratuite le place dans le collimateur de certains rivaux, mais aussi celui des autorités de la concurrence. Le groupe à la chaîne cryptée s’est par ailleurs fait remonter les bretelles par l’Autorité de la concurrence pour ne pas avoir respecté tous les engagements qu’il a pris lors du rachat du bouquet satellitaire TPS en 2006. Il risque une amende de 30 millions d’euros.

Canal+ dans le collimateur

«Sur l’histoire de TPS, j’ai été très surpris car il s’agit d’une fusion qui a été approuvée par le ministère de l'économie, des finances et de l'industrie en janvier 2007. Selon moi, ce serait complètement impossible de revenir en arrière», estime Bruno Hareng, analyste spécialiste du secteur des médias chez Oddo. «L'autorité de concurrence a voulu taper fort et il s’agit plutôt d’une requalification de la fusion pour dire à Canal+ de faire attention pour TPS et pour les chaînes futures», interprète-t-il.

Autre dossier sur lequel Canal+ s’est attiré les foudres de certains concurrents : celui des canaux compensatoires, même si pour l’instant leur obtention apparait fort compromise, du fait de l’opposition de la Commission européenne. L’expansion de Canal+ sur la TNT est loin d’enchanter ses concurrents, en premier lieu TF1. Lorsque le groupe de télévision à péage a annoncé son projet de chaîne gratuite, Canal20, en guise de canal compensatoire, les réactions du PDG de TF1, Nonce Paolini, ne se sont pas fait attendre. Ce dernier jugeait que «l'arrivée, en clair, du Canal 20 de Canal+ crée une situation inacceptable» et avait parlé de «concurrence déloyale».

Arrivée plus tôt qu’attendu de Canal sur la TNT

Canal+ a donc trouvé un autre moyen de se développer sur la TNT. Par le biais d’un partenariat avec Bolloré, le groupe dirigé par Bertrand Meheut va contrôler opérationnellement les chaînes Direct 8 et Direct Star, qui à elles deux ont regroupé 3,6% des parts d’audience nationale en août 2011 (Médiamétrie). Pour sa part, le groupe Canal+, avec sa chaîne éponyme et i>Télé, correspond à 3% d’audience. En cumulant toutes ces chaînes, le groupe Canal+ reste pour l’instant loin derrière l’audience cumulée que réalise le groupe TF1 ou M6 sur la TNT. Cette annonce, inattendue par le marché, a eu un fort impact sur le cours des valeurs liées au secteur. Le 9 septembre dernier, le titre TF1 a chuté de plus de 7%, celui de M6 de plus de 6%, tandis que la valeur Bolloré a bondi de plus de 3%.

L’opération va désormais être étudiée par l’Autorité de la concurrence et le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) afin de vérifier qu’elle ne déséquilibre pas le paysage audiovisuel. Pour Michel Boyon, président du CSA, ce rachat pourrait poser problème «car un groupe en mesure d'acheter pour le même film ou la même fiction les droits pour la diffusion en télévision payante et en gratuite, dispose d'un avantage compétitif énorme par rapport à ses petits camarades», a-t-il expliqué au Figaro. «Si nous avons le sentiment qu'il y a des problèmes, nous poserons des conditions, des réserves et des obligations», a ajouté Michel Boyon.

Sur le dossier du rapprochement de Canal avec ces chaînes, «l’approbation des autorités de concurrence n’est pas acquise, il existe des risques, mais je suis incapable de les quantifier. A mon avis, cette opération a quand même de grandes chances de passer. Les gens de Canal+ ont dû tester le terrain au préalable», indique l’analyste.

LCI cristallise les tensions entre TF1 et Canal+

Du côté des concurrents, TF1, qui détient TMC et NT1 sur la TNT, pourrait suggérer aux pouvoirs publics une liste de contreparties à respecter pour la filiale de Vivendi, selon La Tribune. Parmi les possibilités envisagées, le groupe dirigé par Nonce Paolini proposerait de faire supprimer la publicité dans les plages en clair de Canal+ qui rapporterait environ 150 millions d’euros par an. En comparaison, les chaînes Direct 8 et Direct Star représentent autour de 100 millions d’euros de recettes publicitaires annuelles. Mettre fin au droit d’auto-distribution de Canal+ et à son taux de TVA réduit à 5,5% (contre 19,6% pour les autres plateformes de distribution), seraient d’autres hypothèses.

La chaîne d’information LCI semble cristalliser les antagonismes entre TF1 et Canal+. Ce dernier, qui jusqu’à présent payait 15 millions d’euros par an pour la diffusion exclusive de LCI sur son bouquet CanalSat, avait proposé 5 millions pour une diffusion non exclusive. TF1 avait alors averti que cette somme ne permettrait pas à sa chaîne d’information de survivre sur la télévision payante et qu’il voulait la faire passer en gratuit sur la TNT ou elle disparaîtrait fin 2011. A coups de déclarations dans la presse ces dernières semaines, les dirigeants respectifs de TF1 et Canal+ se sont renvoyé la responsabilité de la survie de la chaîne d’information.

Cependant, selon plusieurs journaux, les deux groupes auraient finalement trouvé un accord et Canal+ devrait débourser un peu plus de 7 millions d’euros pour désormais diffuser LCI sur CanalSat en non exclusivité. L’accord porterait sur l'ensemble des chaînes payantes du groupe TF1 (LCI, Eurosport, Eurosport 2, TV Breizh et Ushuaïa TV) pour lesquelles CanalSat verserait au total un peu moins de 30 millions d'euros. Le groupe à la chaîne cryptée essaierait-il d’arrondir les angles avec TF1 en espérant que ce dernier soit moins regardant par rapport à Direct 8 et Direct Star ?

Claire Lavarenne

Publié le 10 Octobre 2011