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Orange et Bolloré quittent la télé, retrait tactique ou débâcle?

Orange et Bolloré quittent la télé, retrait tactique ou débâcle?

(Easybourse.com) Les deux sociétés n'ont pas réussi à percer dans le secteur audiovisuel. Leur manque d'expertise dans ce domaine les a contraint à se retirer, avec plus ou moins de fortune...

Faire de la télévision ne s’improvise pas ! Même si avec la TNT, il y a davantage de places, les nouveaux entrants n’y trouvent pas toujours leur compte. Il faut dire que l’aventure d’Orange lui aura coûté une fortune. Les pertes de sa chaîne sportive se comptent ainsi en centaines de millions d’euros par an. Pour Bolloré, l’exercice n’a pas été convaincant. Direct 8 fait de moins en moins de directs et se cherche toujours une identité, et ce, malgré le succès de certaines de ses émissions. Le rachat de Direct Star (anciennement Virgin 17) n’a pas suffi à constituer un relais de croissance aux standards du conglomérat industriel français spécialisé dans la fabrication de voitures électriques, la papèterie ou encore l’énergie... Celui-ci est en train de céder l’ensemble au groupe Canal+. La chaîne cryptée est prêt à payer le prix fort, probablement davantage pour la détention de deux fréquences TNT que pour les chaînes en

Canal+ a proposé au groupe Bolloré un prix très au-dessus de tout ce que ce dernier a dépensé avec une grosse plus-value à la clé

elles-mêmes. Sous réserve du feu vert des autorités de la concurrence, Bolloré empochera ainsi une coquette somme qui fera de son passage à la télévision, une lucrative opération financière. «Canal+ a proposé au groupe Bolloré un prix très au-dessus de tout ce que ce dernier a dépensé avec une grosse plus-value à la clé», confirme Bruno Hareng, analyste médias chez Oddo.

Pour France Telecom, l’aventure aura été moins lucrative. Le groupe vient de céder une partie du capital d’Orange Cinéma Séries à CanalSat. Mais, il n’est pas parvenu à vendre Orange Sport et prévoit désormais de fermer la chaîne en juin 2012, le temps d’exploiter tous les droits sportifs jusqu’à leur terme…
Bruno Hareng explique le succès de l’un et l’infortune de l’autre. En 2005, lors du lancement de la TNT, «le groupe Bolloré a immédiatement cru au développement de la TNT, contrairement à de nombreux analystes qui pensaient que les nouvelles chaînes coûteraient beaucoup d’argent». Au contraire, le calcul d’Orange était risqué dès le départ. L’opération paraissait très compliquée «face à un acteur comme Canal+ qui compte plus de 10 millions d’abonnés et pour qui il est plus facile d’amortir le coût des droits de diffusion», estime Bruno Hareng.

Les radios ont réussi leur percée

Bolloré et France Telecom ont également dû recréer des chaînes à partir de rien. Les chaînes historiques gardent la haute-main sur les animateurs à succès, la production de contenus repose sur des années d’expertise et de méthodes éprouvées… Pour les deux groupes, il aurait fallu soit débaucher à des prix exorbitants, soit s’assurer plusieurs années de pertes avant de trouver leurs marques. Pour les actionnaires, il était difficile d’accepter de tels foyers de pertes sur des activités qui ne constituent pas le cœur de métier de l’entreprise.

D’où la plus grande facilitée des groupes radiophoniques qui se sont lancés dans l’aventure TNT. Que ce soit NRJ, ou NextRadioTV (BFM), ces deux groupes ont une forte culture dans la production de contenus, et dans le choix des programmes. Ils ont également un cœur de cible bien précis qu’ils ont reporté du support radio à la télé. NRJ vise ainsi les jeunes, tandis que NextRadioTV continue à cibler les cadres. Ce genre de synergies commerciales ne fait pas sens ni dans les télécoms, ni dans la production papetière ou portuaire (Bolloré)…
Nabil Bourassi

Publié le 11 Octobre 2011