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Communication financière et extra-financière: les enjeux du rapport intégré

Communication financière et extra-financière: les enjeux du rapport intégré

(Easybourse.com) A l'occasion de la publication par la Commission européenne de son projet de « Directive sur la transparence de l'information non financière de l'entreprise », l'Institut français des administrateurs (IFA) dresse un état des lieux de la communication extra-financière et explique pourquoi celle-ci est au coeur des enjeux de bonne gouvernance.

La Commission européenne vient de publier son projet de « Directive sur la transparence de l’information non financière de l’entreprise » (voir infra), qu’elle considère comme un facteur d’efficience des entreprises et des marchés. Objectif : impliquer dans cette pratique 18.000 entreprises européennes (au lieu des 2.500 seulement concernées aujourd’hui).

En liaison avec cette actualité, un débat sur la « communication financière et extra financière » a été organisé à l’occasion d’une Matinale de l’IFA.

L’intérêt d’aller vers un rapport intégré (« integrated reporting ») a été évoqué, ainsi que les enjeux de gouvernance comme le lien de ces évolutions avec la stratégie même des entreprises.

« La communication financière s’est considérablement enrichie au cours de la dernière décennie - comme le prouve l’évolution du contenu des rapports annuels - et la communication extra financière a pris le même chemin.
Point positif : face à une complexité accrue des affaires et une accélération des risques, cet approfondissement de l’information a œuvré pour une meilleure transparence au sein et à l’extérieur de l’entreprise ; Une transparence devenue le point focal relationnel entre l’entreprise et ses parties prenantes, dont le cercle comme les exigences d’information se sont élargis ; Une transparence reconnue comme un atout de taille pour restaurer, le cas échéant, la confiance, un levier clé de gouvernance, incontournable en période de tensions économiques et financières.

L’extra financier, un mouvement de fond vers une croissance plus durable ?

L’extra financier est beaucoup lié à la montée en puissance du développement durable. Point n’est besoin de rappeler le rôle pionnier et l’avancement de la France en ce domaine (Loi NRE, grenelle I et II). Une part croissante d’entreprises adopte la posture positive d’une opportunité stratégique plutôt qu’une contrainte de reporting. Car il y a une signification profonde dans l’attente des parties prenantes internes ou externes de l’entreprise sur l’élargissement de ses objectifs stratégiques aux trois dimensions symbolisées par le PPP « Profit, People, Planet ». Dans ce modèle de croissance, la performance financière doit s’accompagner de performance sociale et environnementale, laquelle constitue l’objectif clé de la communication extra financière.

La crise a, par ailleurs, renforcé cette conviction des limites court termistes d’une gouvernance actionnariale visant à maximiser la « shareholders’value » et mis en avant l’intérêt de la « stakeholders value », d’une valeur co créée et partagée, pour des entreprises confrontées à la nécessité d’une croissance plus durable et inclusive des parties prenantes.

On s’interroge désormais sur la pertinence d’un rapport intégré (voir le framework de l’IIRC, qui s’en est fait le champion), qui expliciterait de façon synthétique et claire comment les différents capitaux matériels et immatériels contribuent aux flux financiers de l’entreprise et à sa valorisation.
Cette question, a priori technique, soulève également des réflexions sur les fondamentaux de la stratégie et du modèle de développement de l’entreprise, ainsi que sur ses modes de management.

Cette évolution est en résonnance avec une mutation des fondamentaux de la valeur économique des entreprises où se fait sentir la nécessité de business models équilibrant mieux objectifs de rentabilité financière court terme et nécessité d’investissement long terme, compétitivité quantitative par les coûts et compétitivité plus qualitative par les actifs immatériels : innovation, capital humain, marques, réputation, relationnel avec l’écosystème des parties prenantes...
On le voit : au-delà de la communication à l’extérieur de l’entreprise sous forme de reporting intégré, partie émergée de l’iceberg, ce serait la mutation du management et de la culture d’entreprise qui serait en question. Mais, là encore, quelle va être la réalité des pratiques pour un reporting intégré qui reste encore au stade du lancement ? Quelles sont les limites liées au secret des affaires, au contrôle interne et externe de ces informations, à l’harmonisation de toutes les initiatives de reporting dans le domaine extra financier (cf. encadré) ? Quels seraient le rôle et les responsabilités du Conseil d’Administration face à ces enjeux, notamment quand, comme dans le reporting intégré, des informations de nature prévisionnelle seraient concernées ? Quelle est l’analyse coûts/avantages pour l’entreprise ?

Enfin, parce que c’est un jeu subtil d’interdépendances pour la réussite, coté entreprises, d’une bonne « corporate governance », il faut aussi une bonne « market governance » où jouent pleinement leur rôle :
- les investisseurs, notamment au travers de la manière d’intégrer l’extra financier et son lien avec le financier dans leurs postures de vote et d’engagement actionnarial (en AG, mais aussi dans leur dialogue avec les entreprises hors AG) ;
- les agences de rating financières et extra financières, les proxys ;
- les institutions de marché (autorité de marché ou institutions boursières), par leur fonction de veille et de recommandations dans ces domaines. Rappelons, à cet égard, l’engagement de la place de Paris dans la Charte Investissement Responsable autour de l’ISR, la finance durable, le reporting extra financier.

L’enjeu est d’importance : il s’agit finalement de mieux réconcilier le temps de l’entreprise (et son besoin de long terme) avec le temps de la finance. Voilà pourquoi le sujet de la finance durable occupe une place croissante et ce n’est pas un hasard si la Commission européenne a récemment adopté un Green Paper sur la finance long terme, et lancé une consultation de trois mois (clôturée fin juin) sur les sources de financement long terme et les modalités de favoriser l’investissement long terme. Gageons que la Banque Publique d’Investissement a un rôle majeur à jouer dans cette gouvernance de place nécessairement solidaire.

ENCADRE: L’Europe se mobilise sur l’extra-financier

Avec son projet de Directive sur la transparence de l’information non financière de l’entreprise, la Commission a le souci de :

harmoniser le reporting extra financier qui relève de cadres très différents (règles contraignantes, comme la loi en France, ou « soft law » sous forme de recommandations de bonnes pratiques,). Quelle que soit sa forme, une demi-dizaine de pays sont bien équipés dans ce domaine en Europe.

accroître le nombre d’entreprises concernées : actuellement 2.500 entreprises sur les 42.000 grandes entreprises européennes pratiquent le « non financial reporting ». Avec sa Directive, la Commission souhaite toucher 18.000 entreprises ;

améliorer la qualité du reporting extra financier : actuellement, selon la Commission, la majorité des informations communiquées ne satisferaient pas les utilisateurs ;

favoriser la comparabilité des informations pour les utilisateurs, notamment les investisseurs.

La Commission européenne souhaite que cette information non financière soit publiée dans le rapport annuel avec la nécessité de faire référence à des standards nationaux ou internationaux, assortie du principe Comply or Explain.
Le contenu de cette partie du rapport annuel consacrée à l’extra-financier doit concerner les politiques stratégiques de l’entreprise, ses résultats et les risques dans 5 domaines : environnement, social, droits de l’homme, anti-corruption et blanchiment, diversité.
Par ailleurs, la Commission préconise des rapports d’audit contenant une opinion sur la consistance de l’extra financier.
Les entreprises concernées par cette Directive sont celles employant plus de 500 personnes et présentant un bilan au moins égal à 20 millions € et un CA au moins égal à 40 millions €.
A noter : parallèlement à cette Directive européenne, la mobilisation internationale se perçoit aussi par les référentiels internationaux (Global compact, OCDE, ISO 26000, GRI) qui se sont développés et sont régulièrement mis à jour. La 4ième version du GRI devrait ainsi sortir ce mois-ci.



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Publié le 28 Avril 2013

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