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Interview de Toussaint Roze : PDG de Notrefamille.com

Toussaint Roze

PDG de Notrefamille.com

Nous envisageons tout à fait de faire une ou des acquisitions en 2008 qui n’impactent pas la rentabilité

Publié le 13 Février 2008

Qui est Notrefamille.com ? Comment vous est-venue l’idée de créer ce site Internet ?
Alors l’histoire commence en 1992, j’étais alors lycéen en classe de seconde dans le Maine-et-Loire et pour les besoins de mon père j’ai crée le premier logiciel de généalogie pour Windows.

Une fois ce logiciel achevé j’ai décidé de le diffuser en logiciel dit shareware ou libre essai, je l’ai copié sur des disquettes et puis je l’ai envoyé à des éditeurs de presse parisiens qui diffusaient beaucoup de magazines d’informatique à l’époque avec des disquettes et des logiciels gratuits.

Nous avons commencé à recevoir des chèques à la maison et rapidement les revenus sont devenus trop importants pour mon livret A et nous avons monté la première société en 1994 pour encaisser les revenus de ce logiciel de généalogie.

En parallèle j’ai suivi une formation d’ingénieur avec des stages en France et aux Etats-Unis et on nous avons continué à développer le logiciel. Mon père faisait le support pour les clients après son boulot et je faisais les mises à jour du logiciel le soir et le week-end. Donc, il y avait une société mais sans salarié.

Comment êtes-vous passé d’un service rendu à votre père à un début de commercialisation ?
Une fois ce logiciel achevé pour les besoins de mon père je me suis dit que ce n’était pas si mal et qu’il était peut-être possible d’en faire profiter d’autres utilisateurs et d’en tirer des revenus.

Nous l’avons un petit peu packagé, nous avons proposé un prix pour un logiciel qui a évolué régulièrement depuis 1992, et qui n’avait plus rien à voir avec la première version.

Parallèlement, j’ai suivi une formation d’ingénieur et j’ai fait des stages en France et aux Etats-Unis. Aux Etats-Unis je me suis rendu compte de tout le potentiel d’Internet et je me suis dit qu’il y avait quel que chose à faire d’important sur la généalogie sur internet et par extension pour la famille.

Notre logiciel de généalogie avait très bien fonctionné parce que c’était le premier logiciel conçu pour Windows, nous avions donc un avantage compétitif très important. Nous avons décidé de recommencer sur Internet, d’être les premiers sur ce nouveau média qui était le prolongement naturel du logiciel de généalogie. Cela devait permettre aux généalogistes de publier leur généalogie sur Internet, de la partager avec les membres de leur famille et de croiser les informations.

Quand est-ce que votre société a pris de l’ampleur ? Avec le boom de l’Internet ?La société a pris de l’ampleur en 2000. J’ai achevé ma formation et ensuite nous avons trouvé des investisseurs qui ont accepté de nous rejoindre et qui ont investi 8 millions de francs au cours de l’année 2000 pour lancer le portail Notrefamille.com.

Notre portail est devenu le portail de la famille permettant aux familles de se retrouver, de partager des photos et des nouvelles sur Internet. C’était conçu sur un business plan publicitaire, dans lequel nous devions générer des revenus à partir de la vente de publicité sur Internet. Il s’est avéré que c’était beaucoup plus difficile que prévu.

Nous avons dû changer totalement de business model, nous restructurer et licencier une partie de l’équipe en 2001. C’est à ce moment-là que nous avons développé un certain nombre d’applicatifs ludiques et interactifs et que nous avons commencé à vendre des produits dérivés.

Très rapidement, nous avons eu sur notre site les photos de la France en 1900 dont on pouvait commander des reproductions puis un dossier payant moyennant 10 euros sur la popularité de votre nom de famille avec le téléchargement d’un fichier numérique format PDF avec toutes les villes de France où votre nom est présent à travers le siècle etc.

A partir de ce moment-là, nous avons commencé à générer des revenus d’e-commerce et nous nous sommes dit qu’il fallait être présent au moment où les utilisateurs avaient l’intention de faire des achats sur internet et en particulier d’offrir des cadeaux.

En plus, nous avions des idées de cadeaux particulièrement originales et sympathiques à partir d’un nom de famille, d’un prénom, d’une date, d’ un lieu pour toute une frange de personnes qui n’ont pas d’idées de cadeaux. C’est ainsi que nous avons monté la boutique Notrefamille.com et que nous avons racheté la marque Cadeaux.com en 2001-2002.

A partir de 2001 tout s’est accéléré puisque nous avons levé de l’argent, recruté une équipe et développé des services payants autour de la généalogie d’une part et d’autre part toute une offre d’e-commerce lié aux contenus.

L’originalité et la spécificité de la rubrique Généalogie.com du point de vue de l’histoire de la société sont très présentes ? Mais qu’est-ce qui fait la spécificité de la rubrique Cadeaux.com par rapport à d’autres sites commerciaux de ventes de produits en ligne ?
C’est la personnalisation des produits contrairement à de nombreux de sites marchands car cela suppose une gestion assez complexe. Ce sont des produits qui sont fabriqués à la demande des clients avec un élément de personnalisation qui peut être un nom, une date, un lieu comme une bouteille de vin de Bordeaux avec l’étiquette personnalisée de votre nom de famille, une plaque de rue au nom de votre enfant, l’armagnac de votre année de naissance.

Ce qui fait la spécificité de notre site, au-delà de la personnalisation, c’est l’idée de procurer des idées à des gens qui n’en ont pas pour qu’ils fassent des cadeaux qui soient originaux. Nous travaillons pour cela avec 150 fournisseurs qui fabriquent et expédient les produits pour notre compte ce qui fait que nous n’avons pas de stocks et que nous ne faisons pas de logistique. De plus la moitié de ces fournisseurs travaillent en exclusivité pour nous ce qui fait qu’on trouve ces produits nulle part ailleurs.

Votre société a connu un fort développement depuis l’année 2000 jusqu’à votre introduction en bourse en 2007 et non pas avec l'IPO.
Oui, tout à fait. Le chiffre d’affaires au cours des quatre années qui ont précédé à l’IPO a augmenté en moyenne de 60% par an donc nous avons connu une croissance très forte depuis l’an 2000 et nous avons été rentables très rapidement dès 2002.

Ce qui explique le succès de notre site c’est la recherche d’identité, de racines, c’est-à-dire une tendance sociologique assez lourde, et puis la possibilité de trouver des idées de cadeaux originaux.

A l’occasion de votre IPO, vous aviez parlé de croissance externe et de croissance à l’international, ce dont vous parlez moins aujourd’hui ? Où en êtes-vous aujourd’hui sur ces deux plans ?
En termes de croissance externe? nous avons fait une première acquisition en juillet qui était l’acquisition de SWIC qui est le premier éditeur de données historiques et généalogiques en France. Ce qui va nous permettre de renforcer notre offre de contenus autour de la généalogie et de mieux monétiser ces services et nous allons donc essayer de faire une autre acquisition au cours de l’année 2008.

Nous étudions beaucoup de dossiers qui vont nous permettre de compléter le contenu du portail. Sur l’internationalisation nous avons lancé une version beta de notre site de généalogie en anglais, qui s’appelle Genealogia.com qui débute tranquillement. L’idée en fait c’est de permettre aux anglophones de retrouver leurs racines en France quand ils en ont.

Nous savons que la généalogie est très populaire aux Etats-Unis, que 20% des Américains s’adonnent à la généalogie au moins une fois par mois, que certains sites rencontrent un succès fulgurant aux Etats-Unis sur cette thématique et nous savons qu’ils n’ont pas accès à des données françaises.

Donc nous pensons que la demande est là, mais qu’il faut du temps pour se faire connaître et pour rendre le site attractif. Nous nous donnons le temps de développer cela de manière empirique. Aujourd’hui c’est un site qui ne donne pas de résultats très significatifs mais nous allons continuer à le développer.

Le chiffre d'affaires 2007 est en forte hausse par rapport à 2006. Est-il satisfaisant ?
Le chiffre d’affaires a crû fortement, le résultat d’exploitation a progressé moins vite que le chiffre d’affaires puisque 2007 a été une année forte d’investissement et de structuration de l’équipe.

Le résultat net a, par contre, baissé puisqu’il a été impacté par l’impôt sur les sociétés que nous payons pour la première fois et par des charges exceptionnelles qui sont liées à l’introduction en bourse pour moitié et pour une autre moitié à la restructuration de la société SWIC.

Les moteurs de la croissance ont-ils été les mêmes en 2007 que les années précédentes ou les différentes rubriques ont-elles contribué différemment à la croissance du chiffre d’affaires ?
Non, c’est globalement toujours la même contribution des rubriques. Ce que nous allons essayer de développer c’est la contribution de la publicité et les revenus publicitaires puisque nous commençons à avoir un trafic extrêmement important d’autant plus recherché par les publicitaires qu’il est un public féminin.

Notre stratégie est relativement comparable à celle des années écoulées : nous investissons toujours énormément dans tout ce qui est mots-clés, dans des moteurs de shopping comme Kelkoo, LeGuide.com, Shopping.com, qui drainent un public important.

Et puis nous faisons un travail très important sur le référencement naturel où nous essayons de faire référencer l’intégralité de nos contenus pour que les Internautes tombent sur nous quand ils tapent le nom de leur village.

Nous nous concentrons sur le média Internet car les internautes sont toujours à un clic de souris de notre site. C’est le média le plus rentable qui soit.

Quelles sont les perspectives pour 2008 ? Vous avez parlé d’une «augmentation de la rentabilité» ? Envisagez-vous parallèlement de nouvelles acquisitions ?
Nous envisageons tout à fait de faire une ou des acquisitions en 2008. En tout cas, nous étudions plusieurs possibilités, mais nous essaierons de faire des acquisitions qui n’impactent pas la rentabilité.

Nos acquisitions seront des acquisitions de contenu et de trafic qui vont compléter le contenu du portail en particulier dans la sphère féminine. Dans la rubrique généalogie on n’a pas identifié d’acquisition à court terme même si cela n’est pas exclu.

Pour 2008 notre objectif est d’avoir une croissance du résultat d’exploitation supérieure à la croissance du chiffre d’affaires. Sinon nous ne faisons pas de prévisions mais nous sommes confiants sur le fait de faire mieux que la moyenne du marché.

C’est-à-dire ?
En 2007, les 80 premiers sites français d’e-commerce ont crû entre 22 et 25%, selon les sources. Nous nous attendons également à progresser en termes d’audience dans le classement des meilleurs sites français.

Le mot de la fin pour vos actionnaires ?
L’introduction en bourse a permis de nous faire connaître. Notre ambition est désormais de devenir le premier portail dédié à la famille. Nous sommes en position de challenger et nous faisons tout pour développer ces nouveaux services et ces nouveaux contenus en particulier à destination des femmes.

L’avenir s’avère très prometteur en termes de trafic et d’audience et nous pensons que nous avons un rôle-clé à jouer dans l’Internet et en particulier dans l’Internet féminin.

Propos recueillis par Laure Gaillard

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