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Interview de Cyril Zimmermann : PDG de Hi-Media

Cyril Zimmermann

PDG de Hi-Media

Nous maintenons notre objectif de CA de 140 millions d’euros

Publié le 13 Juin 2008

Maintenez-vous les objectifs financiers définis par la société dans ce contexte de ralentissement de la conjoncture économique généralisé ?
Nous n’avons pas d’inquiétudes concernant l’atteinte de nos objectifs pour cette année 2008, soit un chiffre d’affaires de 140 millions d’euros. Le marché de la publicité continue à croître même si le rythme de progression est moins rapide que celui de l’année dernière.
Le marché du micro paiement connaît un essor encore plus significatif.

De quelle manière appréhendez-vous la morosité actuelle des annonceurs dans le marché de l’e-publicité?
Nous ne pouvons pas réellement parler de morosité. La croissance du marché de l’e-publicité s'élève tout de même de 15 à 20%.
La seule différence est que l’année dernière, pratiquement l’ensemble des opérateurs avait une croissance élevée située entre 30 et 40%. Actuellement, certains acteurs font face à une croissance quasi nulle.

Vous avez admis avoir été approchés dans le cadre de la consolidation du secteur. Pouvez-vous être plus précis sur le sujet. Avez-vous déjà rejeté une offre concrète ? Avez-vous fixé un prix plancher sous lequel toute proposition serait nécessairement rejetée ?
A l’occasion d’une question posée par un journaliste de Bloomberg, il m’a été demandé si la société avait été approchée dans les deux dernières années par des sociétés du secteur.
J’avais alors répondu par l’affirmative. Il y a eu des prises de contact par l’intermédiaire de banques d’affaires, mais rien de véritablement concret.
La société n’est pas à vendre actuellement.

Il est toujours possible qu’une offre soit lancée sur le marché pour acquérir la société. Ce sera à l’ensemble des actionnaires de décider quoi faire, sachant que 70% de notre actionnariat est flottant. 

De quelle manière appréhendez-vous la faiblesse du cours ?
Une note d’analyse de l’un des premiers courtiers français, Exane BNP Paribas, est sortie la semaine dernière mettant en doute la capacité de la société à délivrer un chiffre d’affaires de 140 millions d’euros dans un contexte de marché publicitaire plus dur que celui des années précédentes.  
Cette note a eu un effet massif sur le titre qui a décroché de près de 15%.

N’ayant pas de problèmes à maintenir nos guidances pour cette année, je suis assez serein sur l’évolution à venir de ce cours qui dès lors finira par refléter les véritables fondamentaux économiques, le business model et les activités de la société.

Pour quelles raisons avez-vous décidé d’acquérir Fotolog ?
Hi-Media est une régie publicitaire créée en 1996 sur Internet, qui s’est progressivement diversifiée en devenant parallèlement prestataire de services rendus aux sites Internet souhaitant facturer à leurs internautes des contenus à valeur ajoutée (archives de magazine, consultations de documents d’analyse professionnels, jeux en réseau...).

Depuis deux ans, nous avons décidé de remonter la chaîne de valeur afin de nous développer en un groupe de média intégré. Nous sommes alors devenus éditeur nous mêmes et propriétaires d’une partie de l’audience dont on assurait la monétisation. Nous avons de ce fait racheté et créé des sites sur trois thématiques principales : l’actualité et le sport, la presse féminine, les loisirs pour une population se situant entre 15-35 ans (jeux vidéos, cinéma). C’est dans cette dernière catégorie que s’inscrit l’acquisition de Fotolog.                                                                

Cette opération nous a donc permis de créer une dynamique et une progression accélérée de notre audience sur ce pôle qui est actuellement de 28 millions de visiteurs uniques.

Fotolog est en quelques sortes le vaisseau amiral de notre stratégie de publisher.

Pourquoi avoir décidé d’opter pour un réseau social ?
Les réseaux sociaux ont fait l’objet d’un fort engouement de la part des utilisateurs, qui a depuis décru.
Les acquisitions de Facebook (150 millions de dollars CA, 80 millions de membres) par Microsoft et de Bebo par AOL se sont faites à des montants considérables.

La bulle a commencé à se dégonfler lorsque My Space (400 millions de dollars de CA, environ 110 millions de membres) a commencé à communiquer sur le fait que les revenus tirés de leur accord avec Google n’étaient pas aussi importants qu’escomptés.

Certains ont pensé que les réseaux sociaux étaient simplement une mode qui allait passer.

Nous ne pensons pas du tout que ce soit le cas.
Fotolog réunit à ce jour 18 millions de membres (contre 10 000 000 membres en août 2007), a chaque jour 28 000 nouveaux inscrits (contre 14 000 il y a un an), et gagne environ 1 million de nouveaux membres tous les mois.
Cette audience a de la valeur qui ne justifie sans doute pas une valorisation de 15 mds de dollars à l’instar de Facebook, mais qui est relativement significative. 

Par ailleurs, à l’intérieur d’Internet qui constitue entre 6 et 12% de l’investissement marketing des marques en Europe, le segment des réseaux sociaux croit rapidement.

Au Royaume-Uni, l'audience des réseaux sociaux a représenté près de 50% du trafic total enregistré sur Internet dans ce pays. Ces réseaux sociaux ont parallèlement représenté 5% des recettes publicitaires on line.
Il y a clairement un effet de rattrapage. Les annonceurs ont augmenté leur budget sur les réseaux sociaux entre 2007 et 2008 de 77%, soit un total de 200 millions d’euros. 

Vous n’envisagez pas de faire de marketing sur le lancement de cette opération ?
Nous n’envisageons pas d’achat d’espace publicitaire pour faire du marketing à destination des internautes pour aller sur le site Fotolog.
Nous pensons que dédier un budget marketing de plusieurs millions d’euros pour ce faire n’aura pas d’impact.

Nous utiliserons seulement des mécanismes à l’intérieur du site permettant aux lecteurs de parler du site et d’informer leurs amis sur l’existence de ce site.
Les internautes ne s’approprient un service et une plateforme qu’à condition que ce soit une démarche spontanée et recommandée par une de leurs connaissances.

De quelle manière gérez-vous la concurrence des autres réseaux sociaux ?
L’implantation des réseaux sociaux dans les pays européens ne constitue pas une préoccupation. L’exemple type est celui de l’Espagne où en un an Fotolog est passé de 900 milles membres à 3,5 millions de visiteurs uniques.
Nous avons une marge et un rythme de progression plus importants que les autres réseaux sociaux à un moment où le marché de la publicité sur les réseaux sociaux commence à se développer.

A coté de l’Europe, vous mettez l’accent sur l’Amérique latine ?
Il s’agit pour nous d’un investissement sur le long terme. Dans les prochaines années, nous nous attendons clairement à avoir davantage de croissance de la part des pays d’Amérique latine que des pays européens matures.

Vous avez décidé d’offrir sur le site des services payants ?
Facebook a développé toute une industrie de vente de produits virtuels qui vont des petits émoticones à la possibilité pour un utilisateur de faire la publicité de son service ou de son facebook auprès d’une autre communauté d’internautes.

C’est typiquement ce que nous désirons faire sur Fotolog : avoir pour quelques cents par mois la possibilité d’accéder à une meilleure personnalisation de sa page, de ne pas avoir de publicité sur sa page, d’envoyer des messages singuliers à ses amis.

Au mois de mai, les services payants ont représenté environ 20% des revenus du site. Les autres 80% sont répartis de manière équitable entre la publicité graphique vendue par Hi-Media, ou sous traitée, et la publicité générée par les liens sponsorisés par Hi-Media .

Propos recueillis par Imen Hazgui

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