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Interview de Christian Jimenez : Président de Diamant Bleu Gestion

Christian Jimenez

Président de Diamant Bleu Gestion

Marché actions : parmi nos principales convictions pour le second semestre 2014 figurent Banco Santander, Volkswagen, Duerr, Moleskine, CGG et ArcelorMittal

Publié le 23 Juin 2014

Quel regard portez-vous sur la performance des actions de la zone euro depuis le début de l’année ?
Le parcours suivi par les actions de la zone euro est conforme à notre anticipation de fin d’année dernière pour l’année 2014. Nous envisagions une performance pour l’Eurostoxx et le Cac 40 d’environ 10%. Ces indices ont progressé de 5% à l’issue des six premiers mois de l’année et devraient récupérer 5% supplémentaires d’ici fin décembre.

La hausse du second semestre ne se fera cependant vraisemblablement pas en ligne droite. Nous nous attendons à une intensification de la volatilité au cours des prochains mois. Des risques importants demeurent. Il y a tout d’abord le risque de nature géopolitique lié aux perturbations observées en Ukraine et en Irak. Par ailleurs, la menace de la déflation est persistante dans la zone euro. La Banque centrale européenne a récemment pris des mesures en vue d’écarter ce danger. Toutefois celles-ci prendront du temps à déployer leurs effets. A court terme, nous ne devrions pas assister à une grande évolution sur le terrain de l’inflation au sein de l’union monétaire.
Ensuite, les bénéfices des sociétés européennes doivent impérativement progresser afin de soutenir la poursuite du rallye des actions de la zone euro. Or la croissance à certains endroits du globe pourrait s’avérer plus atone que prévu et empêcher une remontée des profits à la hauteur des estimations établies.
En raison de l’ensemble de ces zones d’ombre, et d’autres, nous devrions faire face à des soubresauts sur le marché des actions de la zone euro au cours de la seconde partie de l’année.

Pour autant les trous d’air seront l’occasion de saisir des opportunités à des points d’entrée plus intéressants.

Quelle appréciation faites-vous de la faible volatilité qui a régné dans le marché toute la première partie de l’année ?
Il est vrai que malgré les gesticulations liées à l’Ukraine, des baisses d’à peine 2% à 3% ont été relevées sur le marché. Celles-ci ont par ailleurs été de courte durée dès lors que les reculs des cours de bourse ont été le plus souvent un signal d’achat.
Cette situation s’explique principalement par l’abondante liquidité injectée par les banques centrales. Par leur politique ultra accommodante, ces banques centrales ont su maintenir un sentiment de confiance chez les investisseurs et un appétit pour les actifs risqués.

Selon vous, le potentiel de gain que renferment les pays du sud de la zone euro reste plus fort vis-à-vis des pays du nord de la zone euro...
Les bourses des pays d’Europe du Sud affichent la performance la plus élevée depuis janvier. La bourse espagnole a engrangé plus de 12% et la bourse italienne plus de 14%. Un rattrapage a clairement été en œuvre par rapport aux pays du nord de l’Europe. En cela le Dax allemand ne s’est relevé que de 4% sur la même période. Ce processus de réajustement devrait se poursuivre.

Est-ce à dire que votre répartition géographique sera davantage favorable aux pays du sud au détriment des pays du nord ?
Nous avons déjà procédé à ce mouvement depuis quelques temps. Nous devrions le renforcer au fil des mois à venir dans certains segments spécifiques comme la téléphonie ou les services aux collectivités (eau, électricité, autoroute).

Sur le plan sectoriel, vous continuez à jouer significativement les secteurs cycliques, en particulier le secteur bancaire et le secteur automobile...

Même si les banques ont beaucoup monté depuis 2013, le parcours n’est pas terminé. Nous devrions encore avoir un bon second semestre pour le secteur bancaire de la zone euro. Parmi nos principales convictions figurent Banco Santander même si le titre a bondi de 18% depuis janvier. Avec un dividende de 8% par an, le rendement de l’action est très appréciable. Nous préférons Banco Santander à Intesa qui a connu une trajectoire encore plus spectaculaire et qui aujourd’hui est moins en mesure de délivrer.
Du côté de l’automobile, Volkswagen continue à être un pari fort. Le cours de l’action pourrait bien grimper jusqu’à 230-240 euros. Parmi les équipementiers nous avons un engouement pour Duerr. L’activité de la société portée par la Chine pourrait conduire le cours de l’action à croitre de 20% supplémentaires.

Dans un autre registre, nous aimons bien le secteur du luxe, avec par exemple la société italienne Moleskine, dont l’action a beaucoup souffert depuis janvier et qui nous semble être opéable.

Valeurs domestiques versus valeurs internationales, avez-vous une préférence ?
Nous préférons nettement les valeurs dont la croissance est davantage tournée sur le marché domestique, à savoir le marché européen. La ligne de démarcation n’est cependant pas systématique. Il arrivera que certaines valeurs sur lesquelles nous sommes positionnés aient une part prépondérante de leur activité dans les émergents ou un portefeuille d’activité aussi bien axé à l’intérieur de l’Europe qu’en dehors.

Pourriez-vous nous livrer parmi vos convictions des noms de sociétés françaises ?
Nous avons récemment renforcé notre exposition à CGG et à ArcelorMittal, une valeur française de nature cyclique qui devrait être soutenue par le raffermissement de la conjoncture mondiale.

Y a-t-il des valeurs françaises que vous avez retirées ou allégées dernièrement ?
Nous avons retiré Orange et allégé Alcatel Lucent. Ces décisions ont été motivée par la performance notable des titres. Nous avons pris nos bénéfices.

La hausse de la volatilité doit-elle selon vous s’accompagner de l’utilisation d’instruments de couverture ?
Si l’on table sur le fait que le marché devrait encore performer au second semestre, l’utilisation d’instruments de couverture n’a pas lieu d’être, à moins de vouloir passer des vacances tranquilles. Dans cette optique ces instruments trouveraient du sens, mais pour une courte durée.

Avez-vous opté pour ce choix ?
Pas encore. Nous nous interrogeons à ce sujet régulièrement. Nous devrions finir par prendre une position claire d’ici le début du mois de juillet.

Propos recueillis par Imen Hazgui