Avec plus de 190 millions d’habitants, le Brésil constitue un immense potentiel de consommateurs, avec une classe moyenne qui s’accroît et un niveau de vie qui augmente. Toutefois, ce marché présente d’importantes inégalités de revenus entre le nord et le sud du pays et au sein même de la population. Le Brésil reste un pays où, dans des villes comme Sao Paulo, les favelas jouxtent les buildings avec piscine. La grande distribution y bénéficie d’une assez bonne implantation. En moyenne, les supermarchés représentent plus de 50% des ventes sur l’ensemble du territoire.

Les grands distributeurs internationaux, comme l’américain Wal-Mart ou les français Carrefour et Casino, entendent bien occuper le terrain autant que possible. A l’heure actuelle, les deux français sont au coude à coude dans ce pays. Grupo Pão de Açúcar (ex-CBD), dont Casino détient 35%, représente une part de marché de plus de 14% dans l’alimentaire, Carrefour une part de 14%, et Wal-Mart une part d’environ 11%, indique un analyste spécialiste du secteur. A fin 2010, GPA disposait de 1 647 points de vente sur le territoire brésilien, contre 654 magasins pour le groupe Carrefour. Les activités brésiliennes de Casino ont représenté près de 16% de son chiffre d’affaires en 2010, alors que le Brésil a compté pour plus de 12% du chiffre d’affaires total de Carrefour.

Ces dernières années, les deux distributeurs français ont mené une lutte d’influence acharnée sur ce marché, procédant notamment à des acquisitions locales stratégiques. Ainsi, en 2007, Carrefour avait racheté Atacadão et avait alors pris la place de numéro un de la distribution alimentaire au Brésil. La même année, GPA fait l’acquisition de l’enseigne Assai. Pour renforcer sa position, la filiale de Casino s’est lancée dans le non-alimentaire en rachetant l’enseigne de distribution de produits électroniques et électroménagers Ponto Frio.

GPA et Casino, un pacte en danger ?

Casino semble bien décidé à ne pas lâcher sa position au Brésil et a réagi vivement aux rumeurs de presse selon lesquelles Abilio Diniz, président de GPA, discuterait d’un éventuellement rapprochement avec Carrefour Brésil. Le français a publié cette semaine un communiqué indiquant qu’il «a saisi le 30 mai 2011 la Chambre de Commerce Internationale d’une procédure d’arbitrage à l’encontre du groupe Diniz sollicitant notamment le respect et la bonne exécution du pacte entre actionnaires du 27 novembre 2006 relatif à leur société commune Wilkes, laquelle contrôle la société brésilienne CBD». Selon cet accord, Casino dispose d'une option pour acquérir le contrôle de Wilkes (50% plus une action) à compter de juin 2012. De plus, aucune des parties ne peut négocier un projet structurant avec un tiers sans l'accord de l'autre.

Rapidement, GPA a pourtant démenti être en négociations en vue d'une éventuelle fusion avec la filiale locale de Carrefour, précisant que les éventuelles discussions seraient du fait d’Abilio Diniz et indépendantes du groupe. De son côté, le groupe dirigé par Jean-Charles Naouri a indiqué ne pas avoir été informé de l'ouverture de discussions concernant GPA.

GPA et Carrefour : l’improbable alliance

En tout état de cause, un rapprochement entre les actifs brésiliens de Carrefour et ceux de Casino reste une opération difficilement envisageable. Elle pourrait notamment poser un problème de concurrence, représentant virtuellement une part de marché très importante de près de 30%, rappelle l’analyste. Les activités brésiliennes de Carrefour seraient valorisées entre 7 et 8 milliards d’euros, tandis que celles de GPA représenteraient une valorisation boursière de plus de 8 milliards d’euros, estime-t-il.

Certains émettent l’hypothèse selon laquelle ces éventuelles discussions pourraient être une manoeuvre de la part d’Abilio Diniz destinée à renégocier les termes de l'accord avec Casino. Selon d’autres, comme le Wall Street Journal, le dirigeant brésilien aurait contacté Carrefour pour devancer le géant américain Wal-Mart qui pourrait envisager de lancer une offre de rachat sur les actifs brésiliens de Carrefour.

Pourtant, l’intérêt d’un tel rapprochement est bien réel pour Carrefour. Le groupe dirigé par Lars Olofsson a connu des difficultés avec ses activités brésiliennes ces dernières années. Dans ses comptes 2010, le distributeur a dû faire passer 550 millions d’euros de charges exceptionnelles composées essentiellement de dépréciations et ajustements de stocks, de provisions pour litiges, risques fiscaux et prudhommaux, de ristournes fournisseurs non récupérables et de dépréciations d’actifs corporels. En juillet 2010, le groupe avait remplacé Jean-Marc Pueyo par Luiz Fazzio à la tête de Carrefour Brésil. Depuis, le groupe a vu ses activités brésiliennes se redresser légèrement, mais cela reste à confirmer, note l’analyste. Un rapprochement avec GPA pourrait lui permettre des économies de coûts et des achats, mais aussi d'améliorer la performance de ses hypermarchés brésiliens.