Selon les gérants de Generali Investments, plusieurs facteurs militeraient aujourd’hui pour se porter acquéreurs des actions sur les marchés financiers, malgré le fort rallye qui s’est dessiné depuis le début de l’année.

Le premier élément réside dans les opérations de refinancement de long terme lancées par la Banque centrale européenne en décembre 2011 et en février 2012. Ces opérations auront permis de prêter plus de 1000 milliards d’euros aux banques européennes. «Par un tel agissement, la BCE a eu un impact décisif sur la perception du risque dans la zone euro. Les investisseurs ont été notamment rassurés sur le fait qu’aucune grande institution ne ferait défaut dans les trois années à venir. Le scénario à la Lehman Brothers est éloigné. Du temps en cela a été acheté pour permettre aux gouvernements de mener les politiques budgétaires adéquates» avance Alexandre Lepère, responsable de la Multigestion chez Generali Investments France.

L’atténuation du risque de liquidité pour les établissements bancaires aura eu pour conséquences, la baisse des taux des obligations souveraines de certains grands pays de la zone euro, l’Espagne, l’Italie et la France, et la réouverture du marché interbancaire. Autant de manifestations d’une accalmie retrouvée qui militent pour le retour d’un appétit pour le risque.

Un autre facteur à l’appui d’un investissement dans les actions européennes est lié à l’amélioration observée sur le front macroéconomique. «Il y a six mois, nous craignions que le schéma de 2009, autrement dit celui d’une récession prononcée de l’économie globale se répète en 2012. Aujourd’hui, ce n’est plus l’impression qui domine, notamment grâce à la dynamique affichée par les Etats-Unis et certains grands pays émergents» avance Eric Biassette, gérant actions small et mid caps chez Generali Investments.

Outre Atlantique, le marché de l’emploi semble se redresser et le marché de l’immobilier connaît quelques frémissements. «Dans cette période pré électorale, le gouvernement américain fera tout son possible pour stabiliser la situation économique dans le pays et éviter un dérapage, en particulier lié au prix du carburant. C’est la raison pour laquelle, il a été décidé de puiser dans les réserves stratégiques de pétrole».

Cette configuration macroéconomique d’un essoufflement de la conjoncture mais qui n’aboutit pas à une paralysie totale amène à rester serein sur le plan microéconomique. La croissance des volumes de certaines entreprises continuent à être au rendez-vous, les prix tiennent, le processus de désendettement se poursuit, la structure des coûts de production a été modifiée. Des opérations d’acquisition sont même envisagées pour servir d’accélérateur de développement à l’instar des opérations de rachat d’Autonomy par HP, de Bulgari par LVMH, de Solvay par Rhodia.
«A l’instar d’animaux vivants, les entreprises ont su s’adapter à l’environnement dans lequel ils évoluent. Tel a été par exemple le cas de la société Imerys, leader mondial des minéraux industriels. La part de l’activité de la société dans les pays émergents était de 6% en 2001. Aujourd’hui, cette part s’élève à 30% et la direction prévoit une remontée à 50% d’ici quelques années. De même en est-il d’une société comme Legrand. Ainsi quand bien même la croissance en Europe se veut mollassonne, pour autant elle ne remet pas en cause forcément le potentiel de croissance de certaines sociétés européennes, et a fortiori françaises» soutient Eric Biassette.

«Il y a lieu de effectivement de dissocier croissance des sociétés européennes et croissance en Europe. L’un ne va pas forcément de paire avec l’autre. La vigueur du commerce avec ou à l’international est tout aussi importante, voir plus importante à considérer» dans ses choix d’allocation d’actifs met en garde Benoit Trioux, gérant actions grandes capitalisations au sein de Generali Investments.

Dernier argument qui vient appuyer l’aspect attractif des actions européennes, leur faible valorisation. «Le PE de ces actions était à 8 fois les bénéfices en octobre 2011. Il est à 10 fois les bénéfices aujourd’hui» remarque Benoît Trioux. «La décote par rapport aux marchés actions américaines est de près de 20%. Il y a de toute évidence un potentiel d’appréciation non négligeable».

«Si des actions de qualité présentent à ce jour un cours de bourse à un plus haut historique- c’est le cas de Bureau Veritas, de Gemalto, de Remy Cointreau, d’Iliad- d’autres actions d’une qualité toute aussi bonne avec des perspectives positives sont à des niveaux de valorisations plus que raisonnables» affirme M Biassette.
L’investissement dans les actions apparaitrait d’autant plus incontournable que l’on procède à une comparaison avec les autres actifs financiers. «Les taux sans risque, le taux allemand et le taux américain, offrent des rendements insignifiants. Les taux offrant des rendements plus importants, (taux italien, taux espagnol, taux français) affichent un risque élevé par rapport au retour sur investissement. Les prix sur le marché de l’immobilier suivent une tendance baissière. Pour ce qui est des matières premières, l’or et le pétrole ont déjà connu un fort mouvement haussier. Restent alors les actions européennes qui offrent environ 5% de rendement pour des entreprises ont su procéder à un travail d’assainissement important et qui dès lors reposent sur des fondamentaux solides» explique Benoît Trioux.

Les thématiques porteuses et les thématiques à éviter


Pour les petites et moyennes valeurs, quatre thématiques seront à privilégier : l’exposition aux pays émergents avec des sociétés comme Jeronimo Martins (une société de hard discount très active en Pologne) ; les concepts gagnants avec des sociétés comme Iliad, Ryanair, Carglass, l’outsourcing et les technologies.
«Le meilleur moyen de sécuriser ses achats et de s’assurer que les valeurs acquises ne soient pas emportées avec le reste dans la lessiveuse en cas d’intempérie sur les marchés sera d’éviter les toutes petites valeurs, et de se contenir à une durée d’expérience du management entre 10 et 15 ans» conseille Eric Biassette.
Pour les grandes valeurs, les thématiques préconisées sont la brasserie avec Inbev, le vieillissement de la population avec Essilor, «à acheter les yeux fermés», la bipolarisation de la consommation, autrement dit l’hard discount avec Dia et l’ultra luxe avec Christian Dior.
«Il ne faudra pas avoir peur des évidences» suggère M Trioux. «Ainsi un titre comme Air Liquide sera un titre qu’il sera opportun d’avoir en portefeuille dans une logique d’efficience industrielle».
Pour ce qui est des secteurs à éviter, compte tenu de la politique d’austérité menée par les gouvernements, il semble approprié d’éviter les entreprises européennes trop exposées au marché domestique, et des entreprises européennes qui exercent leur activité dans un marché régulé (énergies renouvelables, certaines matières premières).

Il sera également adéquat d’éviter les valeurs financières. A priori, toutes les banques ne sont pas chères. Unicrédit vaut 0,4 fois ses bénéfices, Société Générale 0,5 fois. Néanmoins, la dynamique des valeurs financières est corrélée aux taux longs des marchés domestiques. Ainsi la remontée du taux à dix ans espagnol a eu pour effet une baisse des cours des grandes banques espagnoles.
«Je préfère avoir plus de visibilité avant de m’aventurer sur ce compartiment. Une fois que les politiques d’austérité auront été mise en œuvre, que l’accalmie sera retrouvée, que le resserrement des taux des obligations aura été effectué, nous serons plus à même de faire des choix en connaissance de cause. Pour le moment, personne n’est en mesure de dire combien coûte exactement une banque européenne» recommande Benoît Trioux.
Pour ce dernier, la stratégie d’investissement pourra être bâtie une fois la consolidation du marché terminée. «Ce n’est pas dans un marché euphorique que l’on va gagner de l’argent. C’est quand on est contrariant. Une baisse des marchés sera alors l’occasion de faire son entrée de manière salutaire. Il faudra se montrer constructifs, mettre ses billes dans le marché avec une optique de moyen terme».