Les hasards du calendrier sont parfois cruels. Au lendemain de la décision du tribunal de commerce de liquider son ex principal concurrent Virgin, la Fnac s’apprête à entrer en bourse. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’opération s’annonce délicate.

Il s’agit non pas d’un appel au marché, comme c’est le cas de la plupart des introductions en bourse, mais d’un « spin-off », autrement dit d’une séparation avec le groupe PPR. Ce dernier a en effet annoncé il y a plusieurs mois sa volonté de poursuivre son recentrage sur le luxe et le sportswear. Après avoir tenté en vain de trouver un repreneur pour la Fnac, il a finalement opté pour l’introduction en bourse. Celle-ci « prendra la forme d’une distribution d’un dividende exceptionnel en nature aux actionnaires » : chaque action PPR donne lieu à un droit d’attribution d’action Groupe FNAC, sachant qu’il faut huit droits d’attribution pour obtenir, in fine, une action du distributeur de produits culturels.

D’après les analystes, qui estiment la valeur de l’entreprise entre 450 et 500 millions d’euros, le cours de l’action devrait se situer autour de 25 euros. La première cotation est prévue jeudi 20 juin sur le compartiment B de la Bourse de Paris. Mais le cours risque d’être soumis à de fortes pressions du fait de la sortie programmée d’un certain nombre d’actionnaires, en particulier les fonds d’investissement actuellement au capital de PPR qui ne peuvent pas tenir de positions en-dehors du CAC 40. Seul Artemis, le holding de la famille Pinault qui détient 40,9 % de PPR, s'est engagé à conserver 38,88 % du capital de la Fnac jusqu'au 18 avril 2015, et 25 % pendant un an de plus.

Un groupe en pleine adaptation

Malgré cette garantie d’un minimum de stabilité au capital, le succès en bourse de la Fnac est loin d’être assuré. En effet, les revenus du groupe sont en baisse depuis plusieurs années, en raison de la chute des ventes de CD/DVD et de l’essor du commerce en ligne. En 2012, le chiffre d’affaires a ainsi reculé de 2,5% à 4,06 milliards d’euros pour un résultat opérationnel en chute libre, à 79 millions. Malgré les efforts entrepris pour diversifier l’offre et réduire les coûts, la rentabilité reste en berne. Le groupe veut néanmoins croire à ses atouts dans un secteur où distributeurs traditionnels et acteurs du e-commerce se livrent une concurrence acharnée. Contrairement à Virgin, la Fnac assure avoir su prendre le virage de l’internet. « Nous réalisons 15 % de nos ventes et enregistrons 8,5 millions de visiteurs uniques mensuels sur Fnac.com, tout en étant rentables », rappelle le PDG, Alexandre Bompard pour qui « le magasin reste le cœur de l’activité » (Les Echos, interview du 2/06/2013).

«D’ailleurs, quand nous ouvrons un point de vente physique, le trafic de Fnac.com explose dans la même zone. Et nous voyons les grands industriels tels que Samsung ou Microsoft prendre conscience de l’importance du magasin pour démontrer la force de leurs innovations. » Avec l'introduction en bourse, «mon objectif est de progressivement convaincre des investisseurs de nous accompagner pour la durée du plan de transformation, qui s'achèvera fin 2015», ajoute-t-il. Pour les investisseurs potentiels, il faudra donc se montrer patient. Le groupe prévoit une stabilisation de ses revenus et de sa marge opérationnelle à l’horizon 2016.