Espace Distribution - News, articles, interviews et dossiers

Le luxe, valeurs en hausse

Le luxe, valeurs en hausse

(Easybourse.com) Dans un marché boursier encore convalescent, la performance des valeurs du luxe n'en finit pas de surprendre. Depuis le début de l'année, le secteur affiche une hausse de 36% sur le CAC 40, avec pour certaines valeurs des pics à +60%. Pourquoi un tel engouement? Va-t-on vers une correction en 2011 ? Eléments de réponse.

Voir aussi l'interview vidéo de Philippe Dehennin, président du directoire de BMW France

Alors que de nombreux secteurs guettent encore les signes d’une reprise plus solide, le luxe, lui, en est au stade des certitudes. «La baisse des ventes mondiales de produits de luxe a pris fin au quatrième trimestre 2009 qui a clos une année de déclin exceptionnel (-8%) ; en 2010 les ventes vont rebondir d’environ 10% et atteindre 168 milliards d’euros, proches du record de 2007 (170 milliards)», estime le cabinet Bain & Company dans une étude publiée fin octobre. En bourse, le secteur a connu une année plus faste encore. Le numéro un mondial LVMH a ainsi vu son titre progresser de 55% depuis le début de l’année, derrière le suisse Richemont (Cartier, Montblanc, …) qui a pris 72%. De plus, les petites valeurs ont également flambé : c’est le cas des Français Inter Parfums (+48%) et Hermès (+60%).

Chine : un gisement de millionnaires à exploiter


Pour Yves Carcelle, le PDG de Louis Vuitton (groupe LVMH), plusieurs facteurs soutiennent le rebond du secteur : «Les politiques de rigueur ont finalement une influence minime sur l’industrie du luxe. A l’inverse, la baisse de l’euro a très largement dopé les ventes à l’étranger. Par ailleurs, les consommateurs se « lâchent » après la frustration de la crise et se tournent vers les véritables marques de luxe qui sont des valeurs refuges», a-t-il expliqué lors des 2èmes Rencontres économiques de Saint-Germain, un colloque organisé début décembre par la Ville de Saint-Germain-en-Laye. La marque vient de prolonger pour tout le mois de décembre la fermeture une heure plus tôt de ses magasins en France afin d’éviter la rupture de stock.

L'un des rares secteurs à profiter de l'essor de la Chine sans avoir à en subir la concurrenc


Autre motif d’optimisme, la Chine tire littéralement le marché. Les ventes de produits de luxe devraient y progresser de 30% cette année, à 9,2 milliards d’euros, estime Bain & Company. Le pays est en passe de devenir le troisième marché mondial du luxe derrière les Etats-Unis et le Japon, et de loin le plus dynamique. «70% de la croissance attendue (du marché du luxe) au cours des prochaines années sera issue des pays émergents, dont 45% en Chine», estiment les analystes de Deutsche Bank. Si les grandes marques multiplient les ouvertures de magasins dans l’Empire du Milieu, le marché reste «sous-pénétré», selon la banque.

Plus c’est chic, plus ça marche

Et il n’y a pas que la Chine: «Après le Japon, puis l’ensemble de l’Asie, c’est aujourd’hui au tour du Brésil, du Kazakhstan et même de la Mongolie» de révéler leur potentiel, indique Yves Carcelle. Contrairement au marché de la grande consommation, le revenu moyen par habitant n’a que peu d’influence sur le développement du luxe, qui ne nécessite qu’un pourcentage de population fortunée. Au vu de ces fondamentaux, on comprend pourquoi le secteur du luxe attire tant les investisseurs.

Même si la croissance des ventes devrait ralentir autour de 5% l’année prochaine, selon Bain & Company, les valeurs du luxe disposent d’une forte visibilité, estime Isabelle Ardon, gérante de fonds spécialiste du secteur. «C’est l’un des rares secteurs à profiter de l’essor de la Chine sans avoir à en subir la concurrence. Les barrières à l’entrée sont fortes et bénéficient aux marques européennes, en particulier françaises. C’est pourquoi j’attends encore de très belles choses pour le secteur à moyen terme». Cependant, certaines valorisations ont de quoi donner le vertige : Hermès se traite à 34 fois les bénéfices attendus pour 2011, Bulgari à 28 fois et LVMH à 18 fois. D’où la prudence de certains analystes qui commencent à se montrer plus sélectifs parmi les valeurs. CA Cheuvreux vient ainsi de sortir LVMH de son portefeuille de valeurs préférées au profit de Richemont et de L’Oréal. A l’inverse, Société Générale et Morgan Stanley continuent à miser sur le numéro un mondial en raison de sa forte présence en Chine et de la croissance à deux chiffres de sa marque Louis Vuitton. De l’avis général, ce sont les marques les plus « chic » qui devraient encore tirer leur épingle du jeu l'année prochaine.


François Schott

Publié le 14 Décembre 2010