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Le luxe s'enflamme pour les fusions-acquisitions

Le luxe s'enflamme pour les fusions-acquisitions

(Easybourse.com) A l'image du rachat de Bulgari par LVMH, ou plus récemment de celui de Jimmy Choo par Labelux, les fusions-acquisitions se multiplient depuis le début de l'année dans le secteur du luxe. Cette vague de rapprochements stratégiques s'explique par la volonté des marques de conquérir de nouveaux marchés en plein essor, comme la Chine.

Les actionnaires d’Hermès ont beau se débattre face à l’arrivée non désirée de LVMH dans la maison familiale, ils semblent bien isolés face à la consolidation en cours dans le secteur du luxe. Pour preuve, quelques mois seulement après ce premier coup d’éclat, LVMH annonçait l’acquisition de Bulgari, troisième joaillier mondial, avec l’appui des actionnaires familiaux de ce dernier. L’offre du français valorise la société italienne à 4,3 milliards d’euros, soit une prime de 60% par rapport au cours de bourse avant l’annonce du rachat.

«Le prix peut paraître élevé mais il est justifié», soulignent les analystes de Natixis. Bulgari est une denrée rare «dans un secteur très atomisé (l’horlogerie-joaillerie, ndlr) qui n’offre que peu de cibles ayant une image de marque et un réseau aussi bien établi.»

Capter le potentiel de croissance dans les pays émergents

A l’instar de LVMH, les grands groupes de luxe disposent à l’heure actuelle de fortes liquidités, et cherchent à compléter leurs portefeuilles de marques afin de profiter au maximum du boom de la demande. «Beaucoup de grands groupes sont sous pression. Ils se disent qu'ils peuvent faire en cinq ans ce qu'ils prévoyaient de faire en dix», a déclaré Shawn Kravetz, président de la société d’investissement Esplanade Capital, lors du sommet du luxe organisé par l’agence Reuters du 23 au 25 mai 2011. De leur côté, les marques indépendantes ont besoin de nouveaux moyens financiers afin de développer leur réseau de distribution, notamment dans les pays émergents (Chine, Inde, Russie, Brésil) où se trouve l’essentiel de la croissance.

De fait, on assiste à une accélération des rapprochements depuis le début de l’année : Jean-Paul Gaultier racheté par l'espagnol Puig, Cerruti par le chinois Trinity, dont la holding Li & Fung a également acquis le chausseur Robert Clergerie. Plus récemment la star de la chaussure made in London, Jimmy Choo, a cédé aux sirènes de l’allemand Labelux, qui aurait déboursé près de 600 millions d’euros pour une entreprise dont les ventes ne dépassent pas 200 millions. «Le secteur a toujours eu des valorisations élevées, avec un goodwill (nldr: écart entre les actifs matériels et immatériels d'une entreprise) important, surtout quand il s'agit d'accessoires ou d'horlogerie-joaillerie. C'est lié à la valeur des marques et, aujourd'hui, au potentiel de croissance sur les marchés émergents», explique François Arpels, directeur général de la banque d'affaires Bryan Garnier. Reste que pour l’ensemble du secteur, le montant total des fusions-acquisitions atteint déjà 6 milliards de dollars cette année, soit le double du montant réalisé sur l’ensemble de l’année 2010.

La consolidation devrait se poursuivre

«Nous pensons que la consolidation du secteur va continuer», indique Laurent Belloni, gérant du fonds Pictet Premium Brands. Ce dernier cite notamment Tiffany&Co, l’une des dernières cibles potentielles cotées dans le monde de la joaillerie depuis le rachat de Bulgari par LVMH. L’américain pourrait être racheté par le groupe Swatch avec lequel il a déjà noué une alliance stratégique dans les montres. En France, Rémy Cointreau, qui a récemment vendu ses champagnes Piper-Heidsieck, pourrait se faire avaler par l’un des deux groupes leaders des vins et spiriteux, Pernord Ricard et Diageo. Quant à L’Oréal, il fait régulièrement l’objet de rumeurs de rachat par Nestlé, qui détient une participation de 30% à son capital.

Confrontées à un besoin de capitaux frais, certaines marques indépendantes ont choisi l’introduction en bourse plutôt que le rachat par un grand groupe. C’est le cas notamment des griffes italiennes Prada et Ferragamo, qui espèrent lever plusieurs centaines de millions d’euros lors de leurs prochaines introductions à la Bourse de Hong Kong. Une façon de se rapprocher des consommateurs asiatiques tout en conservant leur identité propre.

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François Schott

Publié le 03 Juin 2011