Interview de Jean-François Boucher : PDG de Mr Bricolage

Jean-François Boucher

PDG de Mr Bricolage

Nous devons avoir une politique de prix plus agressive

Publié le 09 Mars 2009

Le chiffre d'affaires consolidé de Mr Bricolage SA, groupe animant un réseau de magasins spécialisés dans la distribution de matériel de bricolage, a progressé de 5,3% en 2008, à 515,3 millions d'euros. Le résultat opérationnel a progressé de 5,4 %. Le résultat net part du groupe s'établit à 33,4 millions d'euros (+ 98,6 %), intégrant la plus value de cession immobilière déjà annoncée. Hors activités cédées, la rentabilité nette est passée de 3,1% à 3,7% du chiffre d'affaires, avec un résultat net part du groupe de 18,9 millions d'euros en hausse de 24,6 %.

Mr Bricolage a publié des résultats au titre de l’année 2008 en progression, le groupe démontrant une bonne capacité de résistance dans un marché du bricolage en France métropolitaine en baisse de 1,1 % en valeur sur l’année. Pouvez-vous nous faire rapidement un tour d’horizon des différents éléments qui ont contribué à cette croissance ?
Nous avons une vraie satisfaction parce que notre résultat a quasiment doublé par rapport à l’année dernière. Certes, ce quasiment doublement s’explique surtout par une plus value exceptionnelle par la cession de notre immobilier. Mais là où réside essentiellement notre satisfaction c’est que hors éléments exceptionnels, note résultat net a progressé de près de 25%. Pourquoi ? Simplement parce que nos réseaux ont continué de se développer et que, parallèlement à ce développement, nous avons eu une bonne maîtrise de nos charges et de nos frais financiers.

Avez-vous ressenti une baisse d’activité au quatrième trimestre, pendant à la crise ?
Le quatrième trimestre a effectivement été un peu plus sous tension, parce que le pouvoir d’achat est l’objet de toutes les attentions. Pour autant, le marché du bricolage se montre bien plus résistant que bien d’autres marchés. Et, sur son marché, Mr Bricolage s’est mieux comporté et a mieux résisté que ses concurrents.

Votre rentabilité progresse, passant de 3,1% à 3,7% du CA. Quand votre CA a augmenté de 5,3%, votre RN hors activités cédées a crû de 24,6%. Pour quelles raisons le RN a progressé plus vite que le CA ?
Nous avons réussi à être très vigilants sur notre gestion des charges.

C’est-à-dire ? Un exemple ?
Sur notre masse salariale, nous n’avons pas eu une augmentation aussi importante que sur les années passées. Notre taux de masse salariale sur nos services aux réseaux est passé de 12,1% à 12%. Il a également été contenu pour nos magasins intégrés.

Le résultat opérationnel a augmenté de 5,4%, tiré par les services aux réseaux. Par contre, les magasins intégrés ont reculé notamment du fait d’une fermeture de magasin. D’autres fermetures sont-elles envisagées ?
Nous avons effectivement souhaité provisionné l’intégralité des coûts de fermeture d’un magasin (1,4 million d’euros) qui fermera durant le premier semestre 2009 et nous n’envisageons pas d’autres fermetures.

Ce sont bien ces provisions ainsi que d’autres problèmes que nous avons rencontrés sur deux de nos magasins (les transferts/agrandissements de Saint-Junien et Balaruc qui engendrent une perte opérationnelle de 2,2 millions d’euros en 2008 contre 0,9 million d’euros en 2007) qui ont représenté l’essentiel du décalage.

Quelles sont les perspectives 2009 de Mr Bricolage ? Comment se comporte ce début d’année ?
Ce début d’année a vu le marché du bricolage en régression de 1,9%. Mais, nous ne pouvons pas tirer des conclusions sur ce chiffre parce que le mois de janvier est un mois un peu particulier, c’est celui des soldes. En outre, c’est un mois où le secteur automobile a été privilégié avec la prime à la casse. Cela dit, Mr Bricolage a surperformé son marché.

Pour 2009, nous accélérons la mise en œuvre des chantiers commencés en 2008  nous avons également un nouveau patron des magasins intégrés. Sans avoir une vision très précise de l’évolution de notre marché, nous considérons être en mesure d’améliorer de manière sensible le résultat opérationnel des magasins intégrés et de maintenir un ratio de 15% de notre résultat opérationnel sur nos services aux réseaux.

Comment voyez-vous évoluer les ventes 2009 ? L’américain Home Depot qui vient de publier son T4 voit des ventes en baisse de 9% en 2009…
Nous sommes très différents de Home Depot : c’est une enseigne américaine d’abord et qui, en outre, est très tournée vers la construction, le gros bricoleur, l’artisan, le professionnel. Mr Bricolage n’est pas du tout sur ce positionnement là, ce qui nous permet d’avoir une meilleure résistance puisque notre client c’est le particulier.

Comme vous l’avez souligné, les Français sont très regardants sur les questions de pouvoir d’achat, surtout maintenant avec la crise. Pensez-vous baisser vos prix afin de soutenir la consommation de bricolage ?
Dans un contexte comme celui-ci de tension du pouvoir d’achat les clients vont préférer faire eux-mêmes les travaux que de les faire faire. Nous devons pouvoir leur proposer une offre compétitive sur 400 produits dits «sensibles» en particulier grâce à notre sourcing et à une meilleure négociation des prix d’achat.

Mais il est vrai que pour préserver la fréquentation de nos magasins, nous devons avoir une politique de prix plus agressive. Et nous avons prévu de renforcer notre plan de communication par trois nouvelles opérations «prix» pour créer des opérations ponctuelles de dynamique commerciale. 

A horizon 2011, vous affichez l’objectif de devenir le n°3 du secteur. Cela suppose des investissements, voire des acquisitions… Quelle est votre stratégie pour parvenir à vos fins ?
Nous allons réformer en profondeur l’organisation de notre centrale pour la tourner plus vers les attentes de nos magasins. L’idée, c’est d’être plus en phase avec les attentes  de nos clients.

Notre objectif passe par une croissance soutenue à l’international. Parallèlement, nous avons une forte volonté de continuer à développer des mètres carrés sur le territoire français par transfert, agrandissement, rachat de concurrents par l’intermédiaire de nos adhérents indépendants et Mr Bricolage ne s’interdit évidemment pas de regarder une petite ou moyenne acquisition qui pourrait se présenter sur le marché.

Les investissements nécessaires, vous les chiffrez à combien ?
Nos investissements en 2009 s’élèveront à 45 millions d’euros.

Et par la suite ? Jusqu’à horizon 2011 ?
Nous serons toujours dans cette même enveloppe annuelle.

Au chapitre des acquisitions, regardez-vous déjà des dossiers ?
C’est un peu trop tôt pour vous en parler, mais nous restons attentifs à ce qui se passe puisque les périodes de crises peuvent être propices à des opportunités sur un marché.

Propos recueillis par Marjorie Encelot