Interview de Mathieu Lion : Président de Mastrad

Mathieu Lion

Président de Mastrad

Oui, nous surfons sur la crise en France

Publié le 14 Avril 2009

Vous nous avez exposé la semaine dernière des résultats en forte croissance, je pense notamment à un quintuplement du résultat net consolidé part du groupe. Peut-on revenir sur les moteurs de cette croissance ?
Nos produits dans les gammes cuisson/papillotes, vapeur et siphon ainsi que notre panel fourni de nouveaux produits ont tiré notre chiffre d’affaires. Notre gamme enfants est très prometteuse et va devenir un best-seller.

Les zones moteurs ont été principalement l’Europe centrale -je parle de la France, de l’Italie, de la Suisse, de la Belgique et de l’Allemagne- et, dans un second temps, le Canada.

D’ailleurs, vos comptes affichent une bonne résistance de l’Ebitda et du résultat d’exploitation. Cette résistance s’explique notamment par une bonne tenue des coûts, dont la masse salariale. A ce sujet, vous avez dit que la masse salariale à la fin de l’exercice pourrait être inférieure à celle de 2007/08. Vous confirmez ?
Elle pourrait être très légèrement inférieure, voire égale.

Malgré la crise, le marché français continue de croître. Vous avez parlé d’un effet cocooning. Est-ce que, à cet égard, on peut dire que Mastrad profite de la crise ?
Je déteste utiliser ce terme, mais je l’utilise tout de même de temps en temps… Oui, nous surfons sur la crise, nous surfons sur le cocooning.

Nous surfons également sur l’achat d’impulsion que nos petits prix rendent possibles. Le prix moyen de nos produits est de 17 euros.

Et si Mastrad France apparaît comme un moteur de la croissance du groupe, il n’en va pas de même pour des pays comme les Etats-Unis et l’Angleterre…
La crise a frappé très durement ces deux zones, mais nous espérons que ces deux pays se sortiront plus vite de la crise que nous. La crise se représente par l’attentisme des acteurs, c’est-à-dire que les acheteurs sont tétanisés, ils ne veulent prendre aucun risque, ils ne font pas d’achats parce qu’ils ont trop de stocks.

Dans les grands magasins de ces deux zones, c’est tout le budget achat qui est gelé, même si le département cuisine se porte plutôt bien.

Par contre, vos percevez des signaux d’embellies aux Etats-Unis. Quels sont-ils ?
Des grands comptes commencent à nous renvoyer des commandes. Je prends l’exemple du leader mondial du téléshopping : QWC avait gelé absolument toutes ses commandes pendant six mois et il vient de réouvrir le pipe. Nous recevons tous les jours des nouvelles commandes de leur part, ce qui gonfle notre carnet de commande sur mi/fin d’année.

N’est-ce pas plus un phénomène de restockage plus qu’un comportement de réachat chez les consommateurs ?
En effet, c’est plus du restockage pour le moment, même s’il y a des signes d’embellie macroéconomique comme la reprise des ventes en Californie.

Des signes d’embellie sont-ils également visibles en Angleterre ?
Non, pas pour le moment. Dans ce pays, nous sommes extrêmement prudents au niveau du risque client. Les entreprises anglaises souffrent énormément.

Ce que vous voulez dire, c’est que vous exigez des paiements avant livraison pour les entreprises qui n’ont pas/plus de garanties export…
Tout à fait, et ce n’est pas toujours facile de les obtenir.

Sur Kitchen Bazaar, vous affichez un chiffre d’affaires en baisse, cela dit vous nous avez dit lors de la présentation de vos résultats que celui-ci avait été en forte croissance jusqu’en octobre 2008. Que s’est-il passé ?
Nous avons subi la baisse de la consommation en France, la baisse de fréquentation, la baisse de l’envie d’acheter. Nous ne sommes évidemment pas les seuls à être touchés dans le détail.

Nous avons également subi la baisse du panier moyen. Le consommateur n’achète plus de gros biens d’équipement, qui sont chez nous les machines électriques.

L’Ebitda a beaucoup baissé. Peut-on rapidement revenir sur ces raisons ?
Il y a une partie qui s’explique par des frais de restructuration. Nous avons fermé les entrepôts de Kitchen Bazaar, chaque magasin ayant son propre stock.

Les coûts de licenciement ont grevé la marge.

Toujours pour Kitchen Bazaar, vous avez dit que les 11 magasins atteignaient au minimum le point mort. Le but du jeu, selon vous, étant d’atteindre la taille critique prochainement, autrement dit d’ouvrir d’autres magasins. Qu’est-ce que vous entendez par prochainement ?
C’est un sujet qui est à l’étude, donc je n’ai pas de calendrier à vous fournir aujourd’hui. En mai et juin, nous mettrons toutes nos stratégies sur Kitchen Bazaar à plat et c’est à ce moment-là que nous prendrons des décisions.

En tout état de cause, nous poussons la vente par Internet qui a un panier moyen très convenable, le double de celui que nous avons en boutique. C’est un axe fort de développement pour nous.

Comment expliquez-vous que l’Internet fonctionne mieux que les boutiques ?
D’abord par le cocooning : on n’a plus très envie de sortir donc on consomme de chez soi.

En outre, les CSP++ [catégories socioprofessionnelles supérieures, ndlr] n’ont pas toujours du temps pendant la journée. Et comme Kitchen Bazaar est une marque assez haut de gamme, nous atteignons cette clientèle le soir.

Vous envisagez une sortie de crise pour le dernier trimestre 2009, c’est bien ça n’est-ce pas ?
Nous ne sommes pas en crise chez Mastrad, du moins pas sur nos zones de core business. Par contre, aux Etats-Unis nous pouvons attendre une sortie de crise en fin 2009.

Combien de nouveaux produits seront sortis au total sur l’exercice ?
Nous en aurons sorti environ 45 sur l’exercice. Sur 2009 calendaire, nous en attendons 60. Certains de ces produits, nous les développons depuis deux ou trois ans, donc le développement est payé. Ce sont des produits qui nous donnent de très bons signes, nous avons déjà des retours extrêmement favorables de la part de nos grands comptes, je pense notamment aux couteaux avec lame de céramique de zircone pliables.

Quelles sont vos guidances 2008/2009 ?
Nous attendons au moins 20% de croissance à consolider et une multiplication de notre résultat net.

Comment se comportent les trois premiers mois du second semestre ?
Ils suivent la tendance du premier semestre.

Propos recueillis Marjorie Encelot