Interview de Pierre Milet : secrétaire général de Clarins

Pierre Milet

secrétaire général de Clarins

Rien ne s’oppose à ce que nous fassions une acquisition dans un domaine différent du prestige

Publié le 13 Septembre 2006

Quels enseignements tirez-vous de l’évolution de vos résultats semestriels ?
Nos résultats sont très satisfaisants et conformes à nos prévisions. Notre marge d'exploitation a progressé de 0,7 point pour atteindre 11%, en dépit des dépenses commerciales engagées pour la promotion des nouvelles offres beauté et le soutien des parfums lancés en 2005. Il nous a suffit d’investir un peu plus pour voir le potentiel de notre division beauté augmenter. Côté parfum, nous avons eu la confirmation que la ligne « Angel » de Thierry Mugler était un très grand classique. Il y a tout de même eu quelques déceptions, notamment avec « Par amour » et « Par amour toujours ». Mais au final nous restons largement bénéficiaires.

Votre nouvelle gamme solaire a-t-elle reçu un bon accueil durant la période estivale ?
Oui, elle a reçu un excellent accueil. Ce n’est pas une nouvelle gamme à proprement parler, nous avons reformulé de nouveaux produits avec de nouveaux principes actifs. Cette gamme solaire a représenté 8% de notre chiffre d’affaires soin. Tout a été vendu au 15 août, c’est un succès.

Comment s’est comportée votre ligne de soin pour les hommes ? Avez-vous conforté votre position de numéro deux en France ?
Notre ligne de soin pour hommes marche bien, c’est un petit marché mais il enregistre une forte croissance et il est très compétitif. Il a tout pour s’agrandir. En France, selon NPD, nous restons numéro 2 avec 27% de parts de marché derrière Biotherm (31%). Les autres acteurs sont loin derrière, le troisième ayant seulement un peu plus de 9% de parts de marché.

A quoi attribuez-vous l’évolution contrastée de la branche Parfum ?
Nous enregistrons une croissance de 5,5% du chiffre d’affaires pour la division parfum à données comparables. Nous avons aussi gagné un point de marge d’exploitation. Cette progression a été favorisée par l’engouement que rencontrent « Alien » et « Silver Black ». Lancée en septembre dernier, Alien dépasse les objectifs du groupe. Il se classe déjà au 14ème rang des parfums les plus vendus en France. Thierry Mugler bénéficie d’une forte notoriété et nous constatons que ses parfums suscitent la fascination des femmes. Quant aux ventes des parfums Azzaro, elles progressent de 13,6%.
Notre activité de parfums s'inscrit néanmoins en retrait de 11,3% du fait de l'arrêt de la distribution des lignes de Procter&Gamble aux Etats-Unis et de la performance mitigée de par Amour et par Amour toujours. Mais d’autres grandes marques de soins et de cosmétiques qui figurent aujourd’hui parmi les ténors du parfum ont également connu des difficultés à leurs débuts avant de conquérir la légitimité. Nous réussirons aussi.

Votre modèle de distribution sélective a-t-il vocation à s’élargir à d’autres canaux de distribution ? Dans l’affirmative, quelles sont les options explorées et le calendrier associé ?
La concentration des détaillants, grands magasins comme parfumeries, s’affirme de plus en plus. En même temps, de nouvelles opportunités se créent. Au Canada, par exemple, de vrais rayons de parfumeries ouvrent dans les pharmacies. De nouveaux détaillants émergent aux Etats-Unis. Nous sommes ouverts à l'idée d'aller sur un circuit autre que la distribution sélective actuelle, comme la pharmacie, mais en restant aux côtés de marques similaires aux nôtres en termes de prestige et en assurant à nos consommateurs le conseil et le service qu’ils sont en droit de recevoir. Nous pourrions aussi pénétrer un autre circuit en créant une nouvelle marque ou en acquérant une marque. Par ailleurs, rien ne s’oppose à ce que nous fassions une acquisition dans un domaine différent du prestige. Mais nous n’avons encore fixé aucun calendrier.

Envisagez-vous de vous renforcer au capital de la société L’Occitane ?
Non. Son actionnaire principal veut rester majoritaire, et il souhaite racheter les actionnaires minoritaires qui partiraient.

Sur le plan géographique, quels sont vos axes de développement prioritaires ? Quelle part représente la France dans vos revenus et vos résultats ?
Nous réalisons 62% de notre chiffre d’affaires en Europe, dont 16% en France, 18% en Amérique du Nord et 12% en Asie. Nous ne communiquons pas sur la part que représente la France dans nos résultats. En termes de zones géographiques, nous souhaitons nous renforcer aux Etats-Unis et au Canada.  Nous pourrions également procéder à des acquisitions en Asie dans le secteur de la beauté. Le Japon offre notamment des opportunités.

Au regard de vos projections annuelles, vous tablez sur un ralentissement de votre rythme de croissance au second semestre, à données comparables. A quoi l’attribuez-vous ?
Nous tablons sur un maintien du rythme de croissance sur les produits de beauté. Mais dans les parfums, nous sommes confrontés aux fortes ventes réalisées en 2005 par les lancements d’Alien et de Silverblack qu’il nous sera difficile d’égaler.

Votre prochain RDV est fixé au 12 octobre avec la publication de votre CA au 3T06. A quoi doit-t-on s’attendre ?
Depuis le début de l’année, nous avons prévu 6% de croissance sur l’ensemble de l’année, et nous maintenons cette prévision ambitieuse, malgré une légère baisse du taux de croissance et du chiffre d’affaires par rapport à fin juin.

Sur le plan capitalistique, votre société est valorisée 2,3 milliards d’euros, en progression de 22% depuis le début de l’année. Etes-vous satisfait de cette évolution ?
Effectivement, nous sommes satisfaits, d’abord pour nos actionnaires, mais aussi pour nous-mêmes parce que cette valorisation reflète la confiance que la communauté financière accorde à notre gestion.

Vous constituez une cible de premier choix. Etes-vous toujours autant attaché à l’indépendance de votre groupe ? Quels seraient les éléments susceptibles d’infléchir votre position ?
La famille Courtin, très attachée à la société qu’elle a créée, est majoritaire et elle souhaite le rester. Mais il y a un prix pour tout.

Le mot de la fin pour vos actionnaires.
Je voudrais les remercier de l’intérêt qu’ils portent à notre groupe et de leur fidélité. Qu’ils soient assurés que nous faisons notre mieux pour continuer de les satisfaire.

laetitia