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Interview de Louis Bert : Directeur général délégué en charge des gestions chez Dorval Finance

Louis Bert

Directeur général délégué en charge des gestions chez Dorval Finance

Le principal risque aujourd'hui pour la poursuite de la hausse des actions de la zone euro me semble résider dans une correction du marché des actions américaines

Publié le 16 Octobre 2015

Quel regard portez-vous sur l’évolution récente du marché des actions de la zone euro ? Quelle lecture faites-vous de la correction qui a été enregistrée à l’issue du troisième trimestre ?
Nous avons davantage assisté à des prises de bénéfices qu’à une véritable inversion de tendance. Trois facteurs négatifs ont été à l’origine de ces prises de bénéfices. En premier lieu le dégonflement de la bulle boursière qui s’était constituée en Chine et qui a cristallisé les craintes des investisseurs sur ce dernier pays. La formation ainsi que l’éclatement de cette bulle ont été mal maitrisées par les autorités nationales. De là, les inquiétudes des opérateurs de marché sur le ralentissement de la croissance en Chine ont été renforcées par la soudaine intervention de la Banque centrale de Chine début aout sur la bande de fluctuation de la devise domestique. L’élargissement de la bande de fluctuation du yuan a laissé penser le marché que le gouvernement chinois laissait filer sa devise pour stimuler les exportations chinoises à l’étranger.
Le deuxième facteur défavorable a réside dans le statu quo de la Fed par rapport à la remontée de ses taux directeurs. Le non agissement de la Fed a été interprété par le marché comme un manque de confiance dans la solidité de la reprise américaine et la perception d’une accentuation du risque de déflation.
Le troisième et dernier élément qui a pesé sur le marché est relatif au scandale Volkswagen. La tricherie opérée par le Constructeur a remis la zone euro au cœur des préoccupations.

Ces éléments défavorables poussent à tabler sur une révision des perspectives bénéficiaires pour les sociétés de la zone euro ?

Il n’est pas exclu que le consensus de hausse des bénéfices des sociétés de la zone euro descende de 15% aujourd’hui à 10% en raison notamment du ralentissement plus prononcé des pays émergents. Ces derniers représentent environ 9% des exportations européennes. L’impact négatif du ralentissement de la Chine est concentré géographiquement (Allemagne) ou sectoriellement (les sociétés européennes les plus exportatrices vers l’Asie).
Nous devrions avoir plus de dispersion au niveau des anticipations. Les secteurs les plus concernés par une révision baissière devraient être les secteurs liés aux matières premières et aux exportations internationales. En revanche, des surprises positives devraient être relevées pour les sociétés liées à la consommation au sein de la zone euro (comme Dia, Fnac, Darty), les sociétés qui tirent avantage de la baisse du cours du baril (comme les sociétés de raffinerie comme Saras en Italie) et les valeurs moyennes.
Ceci devrait donner lieu à un marché à deux vitesses.

A quelle suite des évènements vous attendez-vous pour le marché des actions de la zone euro ?

Nous pensons que le quatrième trimestre se terminera plutôt sur une note plus positive que le troisième trimestre. Cependant la persistance d’une volatilité élevée sera réelle en raison de la dispersion des performances des résultats des entreprises et de l’incertitude qui continue de peser sur l’évolution de la croissance chinoise. La stabilisation devrait mettre du temps à s’installer. Nous pourrions être confrontés pour cette économie à l’alternance de chiffres contradictoires avant de voir une amélioration clairement se dessiner.

Comment voyez-vous évoluer les trois facteurs négatifs précités ?

Nous avons pu voir une reprise en main de la communication de la Fed. Les malentendus semblent avoir été dissipés. Le marché attend cependant que la Fed soit plus claire sur la direction qu’elle souhaite prendre concernant ses taux directeurs.

Les craintes me paraissent exagérées au sujet d’un atterrissage brutal de l’économie chinoise. Le ralentissement de la Chine n’est pas récent. Il s’explique avant tout par le changement de modèle économique souhaité par Pékin axé sur la stimulation de la demande intérieure et la montée en gamme des biens destinés à l’exportation. C’est en cela que l’essoufflement est surtout observé dans le secteur manufacturier chinois.
Je ne pense absolument pas que le gouvernement chinois ait pour ambition de laisser filer à la baisse le yuan. Le devise chinoise s’était fortement appréciée par rapport à de nombreuses devises émergentes en raison de son indexation au dollar. La Banque centrale de Chine a simplement procédé à un ajustement partiel. Par ailleurs, le FMI avait demandé à la Chine d’avoir un régime de change un peu plus flexible dans l’optique d’une entrée du yuan dans le panier des monnaies qui définissent le DTS. La BoC en en cela répondu à l’appel de l’organisation internationale.
Les mesures de soutien adoptées devraient déployer des effets positifs et entrainer une stabilisation de la croissance en Chine. Concrètement, ces mesures portent notamment sur l’allégement de la fiscalité des achats de véhicules avec un moteur de 1,6l maximum, et la réduction des apports financiers obligatoires pour l’acquisition d’un bien immobilier.

La correction qui devait avoir lieu sur le secteur automobile en rapport avec l’affaire Volkswagen a eu largement lieu. Même les équipementiers qui procurent des solutions propres pour les moteurs diesel ont été affectés.

D’aucuns tablent sur un Cac 40 autour des 5000 points en fin d’année ?

Il n’est pas impossible que le Cac 40 remonte à un tel niveau.

Quel principal risque identifiez-vous ?
Le principal risque pour la poursuite du mouvement de hausse des actions de la zone euro me semble résider dans une correction du marché des actions américaines. La valorisation sur ce dernier marché est assez tendue. De nombreuses sociétés sont déjà bien évaluées alors que des menaces significatives existent dans l’appréciation du dollar, ou encore la mise à mal du secteur de pétrole de schiste. En outre, la croissance des Etats-Unis reste modérée autour de 2% du fait du stock de dette considérable existant.
Un nouveau statu quo de la Fed en décembre pourrait il chahuter le marché ?
Dans le contexte que nous connaissons, il faut s’attendre dans tous les cas à une remontée très lente des taux directeurs par la Fed. Que cette dernière opère un relèvement de 25 points de base en décembre ou en janvier ne devrait pas changer la face du monde. La réaction du marché des actions de la zone euro dépendra aussi de la communication de la Fed plus que du relèvement ou non de ses taux directeurs. Si celle-ci justifie son statu quo, les répercussions devraient être contenues.

Qu’en a-t-il été de votre allocation d’actifs sur ce segment ?

Le repli qui s’est dessiné a été l’occasion de saisir de nouvelles opportunités crées.

Propos recueillis par Imen Hazgui

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