Interview de Alain Dinin : Président directeur général de Nexity

Alain Dinin

Président directeur général de Nexity

Tout dossier qui arrive sur le marché de l'immobilier est un dossier que nous étudions

Publié le 12 Novembre 2007

Quelques commentaires sur vos résultats ?
Nexity a réalisé un chiffre d'affaires de 1,62 milliard d'euros sur les neuf premiers mois de l'année 2007, en hausse de 27,3%.

Le carnet de commandes s'est étoffé de 28% sur un an, à 3,2 milliards d'euros, soit 19,3 mois de chiffre d'affaires.

Cette progression résulte notamment (à hauteur de 8%) de la consolidation, au 1er juillet 2007, des activités de service du pôle immobilier du groupe Caisse d'épargne (GCE).  A périmètre constant, le chiffre d'affaires progresse de 18%.

Nexity et le groupe Caisse d'épargne ont signé un partenariat en 2007 au terme duquel l'Ecureuil détient 40% du capital du premier groupe immobilier intégré français. Pourriez-vous nous en parler ?
Ce partenariat permet au groupe de mieux répondre encore aux besoins immobiliers de ses clients, en constituant le premier groupe immobilier intégré français.

Plus simplement, nous poursuivons la stratégie engagée depuis 2004, de rassembler l’ensemble des métiers de l’immobilier avec une présence renforcée dans les services et le financement des projets de chacun de nos clients : les collectivités locales, les entreprises et les particuliers.

Comment expliquez-vous la priorité donnée à la primo accession ?
57 % des Français sont propriétaires, 70 % est l'objectif fixé par le président de la République.

Les 23 % qui ne sont pas propriétaires sont ceux qui n'ont pas pu l'être. Ce sont des primo-accédants qui n'avaient pas les moyens de rentrer sur le marché parce que les produits ne correspondaient pas à leur capacité de financement.

C'est la raison pour laquelle nous avons décidé d'aller sur ce segment de marché en adaptant notre offre.

Quels sont vos projets en matière d’OPCI ?
Notre filiale Ciloger a été une des premières sociétés obtenant l'agrément. Nous avons obtenu l’autorisation de commercialiser deux OPCI pour les investisseurs et nous avons en cours deux produits pour les particuliers.

Cette société a accès à deux grands réseaux de distribution : la Caisse d'épargne et la Banque postale.

Nous pensons que ces produits vont véritablement permettre de dynamiser le marché de l’immobilier.

Pour autant, ces OPCI ne signifient pas la  disparition des SCPI logement parce que les modalités fiscales ont vocation à perdurer. La logique est davantage celle d’une complémentarité.

Quelles sont vos ambitions pour l’international ?
Nous avons décidé de renforcer notre position, essentiellement en Europe. Nous souhaitons travailler sur la base de partenariats en fonction des opportunités. Nous avons une première joint-venture en Italie et nous regardons la République tchèque.

Tout dossier qui arrive sur le marché de l'immobilier est un dossier que nous étudions. Nous devons avoir une quinzaine de dossiers actuellement dans tous les métiers tels que la croissance des services, la croissance des réseaux de distribution.

Nous regardons ce qui est pertinent en termes de stratégie et d'ouverture supplémentaire sur le marché et de prix.

Nos objectifs à moyen terme,  pour 2010-2012 est d'avoir au moins 15 % de notre activité à l’international.

Quelles sont vos perspectives de croissance ?
Nexity maintient ses objectifs d'un résultat net supérieur ou égal à 220 millions d'euros pour 2007 et affiche, à l'horizon 2010, une croissance de résultat de 8 à 10% en moyenne, et de 11% pour le chiffre d'affaires.

Quelle évolution est à prévoir s’agissant des coûts de construction et des prix de ventes ?
Globalement, les prix de construction devraient augmenter de 5 %, et les prix de vente de 2 ou 3 %. Nous sommes dans une tendance haussière dans tous les cas. En termes d'augmentation des prix moyens, nous devrions connaître l'année prochaine une hausse de l’ordre de 4 à 5 % au mètre carré, sachant que les marchés sont extrêmement différenciés par zone.

Quel ralentissement du marché en termes de logements neufs avez-vous intégré dans vos comptes ?
2007 sera une année assez stable et 2008 une année au mieux stable.

Quel regard portez-vous sur l'investissement locatif qui s'effrite de manière générale ?
À terme, le Robien devrait disparaître. Actuellement nous orientons nos clients vers le Borloo qui répond à un besoin et qui correspond à un taux de rendement qui reste bon compte tenu de la fiscalité pour les investisseurs.

Il faudra bien trouver à terme un autre marché locatif. Pour des raisons de prix nous ne pourrons pas rendre tout le monde propriétaire. Il sera nécessaire soit de relancer l'investissement privé soit de relancer l'investissement institutionnel, ce que je préfèrerais.

Je vois mal pourquoi nous aurions des systèmes fiscaux pour les SIIC, les FCPR où on crée de la valeur au moment où on vend alors que nous pourrions créer de la valeur en exploitant et en gérant.

Nous sommes satisfait que le projet Attali ait repris l’idée de mettre en place des entreprises de construction et d’exploitation de logements.

Quel regard portez vous sur les critiques adressées aux agences immobilières à la fois par la DGCCRF et par la Commission Attali ?
Il ne s'agit pas d'une profession à mettre au pilori. C'est une profession qui a une approche client particulière. C'est une des raisons pour laquelle nous souhaitons la redynamiser  dans le but d'avoir une réponse supplémentaire à apporter aux clients.

Pour porter ce projet, j'ai pris la présidence du conseil de surveillance de la société Lamy. Je suis pleinement conscient que nous pouvons améliorer la qualité du service à nos clients.

Que pensez vous des objectifs fixés par le gouvernement en terme de développement durable, notamment la volonté d’avoir d’ici 2012 des logements neufs qui consomment 50 kWh par mètre carré par an, contre 260 en moyenne aujourd'hui?
Tout le monde est favorable au développement durable, la question est de savoir qui le finance. Faire du développement durable haut de gamme à 11 000 euros le mètre carré dans le 17ème  ne pose pas de problème, la difficulté c’est le développement durable pour l’habitat des français les plus modestes.

D’après l’enquête menée dans le cadre de l’observatoire du logement, les Français font un pronostic de plus en plus pessimiste sur l’évolution de la question du logement. Comment expliquez vous un tel pessimisme ?
Une des raisons principales est le pouvoir d'achat des Français. D'après toute une série d'indicateurs nous sommes à un niveau historique de perception négative de l'évolution du pouvoir d'achat.

Cette perception rejaillit sur le logement. Une difficulté est ressentie par rapport à la hausse des prix du logement et par rapport à l’augmentation des taux d'intérêt.

On remarquera d’ailleurs, que lorsque la commission Attali a ouvert son blog, près de 80% des premières questions ont porté sur la problématique du logement.

Même si pour une majorité des Français, le logement est une priorité du gouvernement, pour autant ils ont la conviction que ce dernier ne sera pas en mesure de modifier la situation en profondeur. C’est peut-être parce que le gouvernement n’est pas assez présent sur cette question.

Le marché du logement neuf est un marché stabilisé, et ne croîtra pas. La problématique du logement social est identique, et il faudrait construire 500 000 logements par an dans les 10 prochaines années pour absorber le retard. On ne pourra donc pas se contenter de la situation actuelle.

Je ne vois pas la situation s'améliorer à moins que le gouvernement ne prenne de nouvelles dispositions.

Un dernier mot pour vos actionnaires ?
Nous avons un carnet de commande de 3,2 milliards d’euros dont 621 millions d’euros pour le pôle tertiaire (soit une hausse de 70% sur un an). Le potentiel foncier résidentiel représente 2,6 ans de réservation ; et à cela s’ajoute un potentiel foncier non commercialisé de Nexity-Villes et Projets de 925 600 m².
La valeur du cours de bourse ne représente absolument pas ces éléments de potentiel.

La volatilité des marchés fait que les bonnes nouvelles sont gommées tout de suite par quelques inquiétudes. Il suffit qu’une banque aux Etats-Unis trébuche, le marché bancaire américain étant très fragilisé, pour que les marchés financiers pensent que ce qui se passe à l’autre bout du monde a un effet sur ce qui se passe ici.

Or la situation est relativement différente : il n’y a pas de stocks de produits achevés, il n’y a pas les mêmes règles de fonctionnement sur le crédit, il n’y a pas de mécanismes de subprimes en France et il y a une volonté politique : le gouvernement quoi qu’il se passe sera obligé de faire quelque chose pour le logement.

Propos recueillis par Imen Hazgui