En tant que matière première, l’or est la seule à ne pas avoir battu son plus haut historique ajusté de l’inflation. Toutes les autres matières premières, le pétrole, le cuivre ont dépassé leurs plus hauts points.
Il y a donc  encore de la marge.

Une bulle spéculative ?
C’est une problématique qui est à garder à l’esprit et qui est à surveiller de près.  Mais aucune bulle n’est actée pour le moment. «Si nous comparons à la bulle qui s’est formée sur le Nasdaq dans les années 90, nous n’avons en aucune manière une accélération des amplitudes telle que ce que l’on avait pu observer à l’époque. Nous avons une progression régulière du prix du métal» indique Emmanuel Painchault, gérant matières premières et infrastructures au sein d'Edmond de Rothschild AM.
Si nous regardons ensuite qui investit dans l’or, on s’aperçoit que la capitalisation boursière des sociétés aurifères s’estime à 350 milliards de dollars. «Comparé à Microsoft, ce n’est pas grand-chose» remarque le gérant d’EDRAM.
Par ailleurs, les encours des ETF investis dans l’or sont évalués à 80 milliards de dollars. Il est certes plus difficile d’apprécier le total des actifs sous gestion entre monétaires, obligations, actions… selon certaines estimations nous serions à 60 trillions de dollars. «Nous sommes très loin d’une bulle».

Un phénomène de vase communiquant au niveau de la demande
70% de la demande de l’or est de la demande de fabrication. Le reste représente de la demande d’investissement. «Quand le prix augmente trop fort, la demande du coté de la bijouterie baisse et celle du coté de l’investissement augmente. Et lorsque le prix baisse de manière exagérée, nous avons des flux vendeurs de la part des investisseurs et une reprise de la demande en bijouterie» observe Emmanuel Painchault.
En pleine crise économique, la demande en bijouterie a régressé de 25% en 2009. La demande en investissement en pièce, lingots et ETF a doublé et a plus que compensé cette baisse.
Au-delà des facteurs fondamentaux offre-demande, d’autres éléments interviennent dans la formation du prix de l’or, des éléments souvent de nature psychologique (la perception du niveau de l’inflation et de l’évolution des devises).
«Aujourd’hui  le paramètre le plus influent sur le cours de l’or réside dans la variation des taux réels. Typiquement, lorsque les taux réels sont inférieurs à 2%, nous avons une appréciation des cours de l’or. Les taux réels sont à leurs plus bas historiques et les anticipations ne tablent pas sur une remontée de ces taux au dessus des 2% avant longtemps» signale l’expert d’EDRAM.

Perte de la relation avec le dollar
«Même si nous avons une corrélation inverse très forte, nous n’avons pas forcément besoin d’un dollar faible pour constater une hausse du cours du métal jaune» assure Emmanuel Painchault.
Si nous faisons un parallèle entre la parité eurodollar et le cours de l’or, entre 2001 et 2005, lorsque l’eurodollar  était à 1,20, l’once était à environ 400 dollars. Entre 2005 et 2008, toujours sur une parité à 1,20, l’once était à environ 600 dollars. Plus récemment entre mars 2009 et septembre 2009,  à 1,20 nous aurions été à 750 dollars l’once. Ainsi nous avons eu une multiplication du cours de l’or par trois avec de fortes fluctuations, des phases de dollar faible et des phases de dollar fort.
«Sur les six derniers mois, nous pouvons carrément noter une perte de la relation. Le dollar est passé de 1,50 à 1,22, alors que l’or a continué à augmenté au dessus de 10% en dollar» fait noter  Emmanuel Painchault.
Ces  dernières semaines, nous avons pu voir une légère remontée de l’euro, cela n’a pas entrainé de changement de tendance pour autant.

L’or, comme deuxième devise de référence
Une étude a récemment été réalisée par UBS pour analyser quelle serait selon les investisseurs la plus importante monnaie de réserve dans les 25 années à venir. Malgré toutes les interrogations soulevées, mais sans grande surprise pour autant, le dollar demeure en tête du classement comme devise de référence.
L’étude rend compte cependant d’un changement de statut de l’or qui apparait alors comme deuxième devise de référence.
«C’est ce que l’on a pu constater dans le comportement des banques centrales». Depuis deux ans, les banques centrales européennes vendent de moins en moins le métal précieux, et plus du tout depuis six mois alors qu’elles peuvent vendre dans le cadre de leurs accords jusqu’à 400 tonnes par an.
«La seule autorité à vendre en ce moment est le FMI qui a annoncé son intention de mettre sur le marché 400 tonnes. 200 tonnes ont déjà été acquises par l’Inde».
Face à cela d’autres banques centrales, comme l’Arabie Saoudite ou la Russie continue à acheter de l’or sur le marché.

Pronostics
«En tant que gérant dans cette classe d’actifs, je fonctionne avec un prix qui progresse de 10% par an» avance le gérant.
Et d’ajouter néanmoins «je ne serais pas étonné si nous avions encore quelques corrections jusqu’à 1100 dollars, 1050 car nous sommes en termes de saisonnalité dans une période où la demande  est faible».
Mais toute baisse sera très limitée. L’Inde, qui est le plus grand pays consommateur d’or en bijoux affiche des stocks relativement limités et sera amenés à revenir à l’achat.
Qui plus est, les inquiétudes continuent à peser  sur l’importance des dettes souveraines et leurs répercussions négatives éventuelles sur la croissance et la solidité des devises en général. L’or est la seule quasi devise à ne pas pouvoir être manipulée par un gouvernement.
A noter, que sur les deux dernières années matières premières et marchés actions sont totalement corrélés. L’or est la seule matière première qui reste complètement décorrélée.

Imen Hazgui