« Le secteur du raffinage pétrolier est en souffrance non seulement en France mais dans l’ensemble de l’Europe. Et les considérations macroéconomiques ne militent pas pour un rétablissement, bien au contraire » alerte Francis Duseux.

Selon ce dernier, quatre piliers sont nécessaires à réunir pour avoir une industrie de raffinage prospère. Le marché local doit être en croissance. L’approvisionnement en pétrole brut doit être compétitif. Le cout énergétique qui représente 40% du cout total des raffineries doit être concurrentiel. Enfin le contexte réglementaire doit être peu contraignant. « L’Europe est la seule zone au monde qui est pénalisée sur ces quatre points » déplore Francis Duseux. « Nous devons certainement battre le record de la réglementation pénalisante pour les outils de raffinage en Europe et singulièrement en France avec les plans de prévention des risques technologiques, la règlementation des équipements sous pression, ou encore l’obligation de pavillon qui induisent des dépenses allant de 5 à 50 millions d’euros» ajoute le président de l’UFIP.

La demande de produits pétroliers au niveau européen a baissé entre 2007 et 2013 de 100 millions de tonnes, soit de 15%. « Nous sommes passés d’une consommation de 709 millions de tonnes en 2007 à 605 millions de tonnes en 2013 ». Un premier ajustement a du être effectué par les raffineries européennes en conséquence. Le taux d’utilisation de ces dernières s’est amoindri à 79% en 2013 et la capacité excédentaire a de ce fait augmenté. «Un raffineur comme toute autre opérateur industriel doit fonctionner pleinement pour être profitable. Le taux d’utilisation doit en principe avoisiner les 90% ».

Cette baisse de la rentabilité des raffineurs européens, y compris français, a été d’autant plus accentuée par la montée en puissance de raffineries ailleurs dans le monde-au Moyen Orient, en Inde, aux Etats-Unis-qui non seulement a amoindri les exportations des raffineries européennes vers l'étranger, mais qui de plus a rétréci leur champ d’approvisionnement de ces dernières au sein même des frontières européennes.
Les exportations de distillats de la Russie vers l'Europe sont passées de 29 à 33 millions de barils par jours. Celles des Etats-Unis de 9 à 22 millions de barils par jour. Celles du Moyen Orient de 8 à 13 millions de barils par jour. Celles de l’Inde de 9 à 15 millions de barils par jour. « Ce dernier pays a su développer une raffinerie ultra moderne qui a été en mesure d’exporter 1 million de barils par jour » précise Francis Duseux en guise d’illustration.
Parallèlement les exportations de distillats depuis l’Europe ont décliné de 10 millions de barils par jour.

Résultat des courses, la marge brute en euros par tonne des raffineries européennes et françaises est en perte de vitesse. « Le point d’équilibre des raffineries françaises est normalement de 30 euros la tonne. Sur les cinq dernières années, excepté en 2012, le niveau de marge a été inférieur à ce seuil (de 15 euros la tonne en 2009, de 21 euros la tonne en 2010, de 14 euros la tonne en 2011, de 18 euros la tonne en 2013 et de 22 euros la tonne en 2014). Sur ces cinq années, les raffineries françaises ont du essuyer en moyenne environ 700 millions d’euros de pertes par an, soit 3,5 milliards d’euros au total » développe Francis Duseux.
Les deux premiers mois de l’année 2015 rendent compte d’une marge brute par tonne de 45 euros. Toutefois, « il y a tout lieu de penser que ce niveau difficilement explicable à partir de facteurs strictement fondamentaux ne sera pas tenu sur le reste de l’année » s’empresse de signaler le responsable de l’UFIP.

Pour Francis Duseux, indéniablement, tant que les marges resteront faibles et tant que persistera l’handicap lié à l’obligation de se conformer à une multitude de réglementations pénalisantes, d’autres fermetures seront à envisager en France et en Europe...sauf changement majeur de l’approche des pouvoirs publics.

« Sont recensées actuellement 79 raffineries en Europe. D’ici 2035, nous pouvons tabler sur une diminution de ce chiffre de 25% à 30%. Concrètement, entre 20 et 30 raffineries pourraient cesser leur activité ».
Ces fermetures concerneront bien entendu également la France où 8 raffineries en fonctionnement sont comptabilisées à ce jour produisant 69 millions de tonnes par an. Il semble déjà qu’une nouvelle raffinerie doive fermer ses portes chez Total. Le responsable de la major française a fait savoir que son activité de raffinage en France était en perte de 200 millions d’euros dont 150 millions d’euros émanant d’une seule raffinerie.

Avoir des raffineries solides est vu comme stratégiquement important tant par Bercy que par la Commission européenne pour sécuriser l’approvisionnement de pétrole. Une totale dépendance aux importations étrangères étant susceptible d’entrainer une paralysie de l’industrie française et européenne. Toutefois si les produits raffinés importés sont moins chers que les produits raffinés localement, l’indépendance énergétique de l’Europe pourrait être compromise, souligne Francis Duseux. « Il est crucial de trouver le bon équilibre. Nous avons besoin de l’aide des pouvoirs publics ».