Le premier trimestre qui s’achève a été plutôt morose pour les producteurs d’électricité français. Outre la douceur de l’hiver qui risque d’avoir des conséquences sur les dépenses de chauffage, EDF et GDF doivent affronter un environnement national et international compliqué. EDF a suspendu la semaine dernière les travaux de la centrale nucléaire de Hinkley Point, en Grande-Bretagne, en attendant une décision définitive d’investissement de la part du gouvernement britannique. Celle-ci n’interviendra pas avant les élections législatives du 7 mai. Même si le groupe français se montre confiant il va devoir patienter peut-être encore plusieurs mois.

Pendant ce temps, en France, sur le chantier EPR de Flamanville, les anomalies se multiplient. La dernière en date, signalée par l’Autorité de sûreté nucléaire mardi, pourrait signer l’arrêt du chantier selon Yannick Rousselet, chargé des questions nucléaires à Greenpeace France. «Si les tests en cours confirment l'anomalie --et il y a de fortes probabilités qu'ils la confirment-- ces EPR sont condamnés à ne pas démarrer» car les cuves, dont l'acier fait l'objet de doutes, « sont a priori irremplaçables» une fois posées, a-t-il déclaré à l’AFP. EDF n’a pas fait de commentaire. Il faut dire que dirigeants du groupe planchent actuellement sur un projet de rapprochement avec Areva, dont les pertes ont atteint 4,8 milliards d’euros en 2014. Ce rapprochement, souhaité par l’Etat pour renforcer la filière nucléaire française, est vu d’un mauvais œil par les analystes qui craignent qu’EDF ne soit contraint d'éponger les dettes de son partenaire et de faire face au dérapage de ses différents chantiers (à Flamanville mais aussi en Finlande).

Baisse de la consommation

De son côté GDF Suez a publié un chiffre d’affaires en baisse de 6,6% en 2014, conséquence de la chute des prix du gaz (-40%). Celle-ci aura un impact négatif d'environ 900 millions d'euros sur le résultat d’exploitation cette années selon le groupe qui vient d’annoncer une nouvelle organisation et vise 250 millions d’économies. D’une manière générale GDF et EDF souffrent de la baisse de la consommation d’électricité et de gaz en Europe ainsi que de pressions tarifaires sur leurs principaux marchés. C’est ce qui a conduit GDF Suez à déprécier pour près de 15 milliards d’euros d’actifs en 2013 (essentiellement des centrales européennes) et à envisager un recentrage sur la « transition énergétique ». Sa stratégie consiste à augmenter la part des services dans le chiffre d’affaires du groupe et à réduire celle de la vente de gaz ou d'électricité mais cela prendra du temps. L’autre relais de croissance réside dans les pays émergents où la demande a cependant fortement ralenti depuis un an, notamment en Chine.

Les performances boursières d’EDF et GDF illustrent les incertitudes qui pèsent sur le secteur. Alors que le CAC 40 a gagné 22% depuis le début de l’année, les deux titres font du surplace. L’indice européen du secteur (StoxxUtilities) affiche quant à lui une hausse de 6,5%.