Prévoir précisément à quel niveau pourrait descendre le cours du baril du pétrole à brève échéance n'est pas chose aisée, les aléas géopolitiques étant extrêmement compliqués à appréhender dans le contexte actuel. Tel n'est pas un exercice auquel prétend se livrer Philippe Delienne. Cependant sur la base des considérations purement fondamentales sous jacentes au marché de l'or noir, il ne parait pas irraisonnable de penser que le cours du baril pourrait encore baisser au cours des prochains mois avant de se stabiliser au cours du second semestre de l'année 2016.

Le prix du pétrole a fortement baissé entre 2014 et 2015, en raison tout particulièrement de l’excès de l’offre par rapport à la demande. Ce déséquilibre pourrait se creuser au début de l’année prochaine avec l’arrivée de l’Iran sur le marché, indique Philippe Delienne.  Compte tenue de l'importance de ses stocks, l’Iran devrait être en mesure d'exporter assez rapidement l’équivalent de 500 000 barils par jour supplémentaires après l'accord portant sur son programme nucléaire. Actuellement les exportations pétrolières iraniennes s'élèvent à 1,1 million de barils par jour.  Téhéran espère pouvoir revenir à un niveau de 2,2 millions de barils par jour, atteint dernièrement en 2012. 
L'Iran devrait par ailleurs être en capacité d’atteindre en moins d’un an sa production maximale, à 4 millions de barils par jour (contre 2,7 millions de barils par jour en octobre dernier) avance Philippe Delienne.

Malgré cela, l’OPEP (l’Organisation des pays exportateurs de pétrole) dont l'Iran fait partie mais dont la ligne directrice est surtout influencée par l’Arabie Saoudite devrait conserver sa position de statu quo sur son niveau de production, à 30 millions de barils par jour. Il est même vivement envisageable que la production du cartel soit de facto bien plus élevée que le quota fixé, comme cela a été le cas au cours de ces mois passés, en raison de la volonté d'autres Etats membres que l'Iran, comme le Niger ou la Russie de garder le pied sur la « pédale d’accélérateur » au niveau de la production en vue d’éviter une contraction trop prononcée de leurs ressources.

Enfin, la mise sur le marché de barils par les Etats-Unis devrait continuer à se montrer relativement robuste en dépit des fortes diminutions des dépenses d’investissement dans le secteur. De nombreux puits de pétrole ont été fermés. Cependant, alors qu’un effondrement des extractions est acté dans le Dakota, tel n’est pas le cas du Texas où les acteurs du secteur pétrolier ont su substantiellement infléchir leur cout de production du fait de significatifs progrès technologiques. Les forts gains de productivité  découlant des ajustements opérés ont alors pour conséquence un ralentissement de la production globale américaine moindre qu’anticipé.

Dans ces conditions, l'hypothèse avancée par certains analystes d'un baril à 32 dollars au cours du premier semestre 2016 n'est pas improbable.
Une stabilisation devrait cependant prendre la relève au cours de la deuxième partie de l’année prochaine. « L’Arabie Saoudite a besoin d’un baril à 100 dollars pour parvenir à équilibrer ses comptes » rappelle Philippe Delienne. Le recul des investissements outre Atlantique devrait, en outre, finir par se faire ressentir au niveau de l’offre.

Une Réserve fédérale américaine très prudente

La baisse supplémentaire du cours du baril devrait contribuer à maintenir une inflation ténue un peu partout dans le monde et notamment aux Etats-Unis. Ainsi si la Fed devrait commencer à remonter ses taux directeurs en décembre 2015, selon le scénario central de l’équipe de Convictions AM, la banque centrale américaine devrait pour autant faire preuve d’une grande prudence dans le rythme de hausse des taux au cours de l’année prochaine.