Deux ans après l'arrêt de l'exploitation commerciale du gisement de Lacq, la France va-t-elle se remettre à produire du gaz ? C'est l'ambition de la Française de l'Energie, une jeune société qui vient de lancer son introduction en bourse. Implantée à Forbach, FDE a identifié un potentiel encore inexploité à ce jour : l'extraction du gaz contenu dans le charbon des anciens bassins houillers du nord et de l'est de la France.

Ce" gaz de houille", qui n'est autre que du grisou, fait déjà l'objet d'une exploitation à grande échelle dans d'autres pays, notamment aux Etats-Unis, au Canada, en Chine et en Australie. C'est d'ailleurs une société américaine, Conoco, qui avait obtenu les premiers permis d'exploitation en France, à la fin des années 1990. "Mais à l'époque la technique de forage vertical aurait rendu l'exploitation trop coûteuse", indique Julien Moulin, fondateur et PDG de la Française de l'Energie.

La société utilise aujourd'hui une technique de forage horizontal permettant de capter, à travers le réseau de fissures naturelles du charbon, le gaz présent dans celui-ci. Mais elle n'a pas recours à la fracturation hydraulique, très décriée dans l'exploitation du gaz de schiste et qui fait l'objet d'une interdiction en France depuis 2011. "Nous n'injectons rien dans le sol. Nous utilisons les fissures naturelles du charbon pour pomper le gaz, par simple différentiel de pression", précise Julien Moulin.

Pour l'heure le groupe n'a qu'un puits de pompage en activité, à Avion, dans le Nord-Pas-de-Calais. Mais il prévoit d'en ouvrir deux autres d'ici 2017 ainsi qu'une quinzaine en Lorraine. Ses permis, qui s'étendent également à la Belgique, lui permettent d'exploiter un gisement d'au moins 10 milliards de mètres cubes, soit 6 fois la consommation annuelle française. "Notre objectif à long terme est de produire 5% de la consommation française de gaz, alors qu'aujourd'hui 99% de cette consommation est importée", indique le PDG.

Circuits courts

Pour être compétitif face au gaz russe ou norvégien, la FDE mise sur les circuits courts. "Nous avons la chance d'avoir dans ces régions de nombreux débouchés dans la chimie, la métallurgie et l'automobile. Nous n'allons donc pas exporter notre gaz en Espagne ou en Italie", assure Julien Moulin. Ce gaz étant de "très bonne qualité", il ne nécessite pas de retraitement et peut être acheminé facilement via les infrastructures locales. C'est pourquoi la société l'affirme: son gaz est rentable "quelles que soient les conditions de marché". Sa filiale Gazonor a d'ailleurs un contrat d'approvisionnement avec Total qui a généré un revenu d'environ 4,5 millions d’euros sur l’exercice 2014-2015. Avec la mise en service de nouveaux puits, d'autre contrats de ce type seront noués notamment avec les régies locales de distribution. En outre une partie du gaz extrait sera transformée en électricité et revendue à EDF. La société table ainsi sur des revenus récurrents issus de la vente de gaz et d'électricité qui pourraient atteindre 180 millions d'euros sur la période 2016-2018. Compte tenu des investissements importants prévus au cours des trois prochaines années, elle vise un résultat brut d'exploitation (Ebitda) de 5 millions d'euros en 2017.

L'introduction en bourse doit permettre à la Française de l'Energie de lever entre 50 et 66 millions d'euros qui serviront au financement de la mise en production de nouveaux puits en Lorraine ainsi qu'à la mise en place d'unités de cogénération (gaz/électricité) dans le Nord-Pas-de-Calais. La société a par ailleurs obtenu une ligne de crédit de 60 millions d'euros de la part du fonds RGreen Invest destinée à couvrir ses besoins d'investissement sur les trois prochaines années. "Ce financement et le soutien fort des pouvoirs publics nous rendent très confiants dans notre capacité à produire une énergie 100% française et compétitive, et ce, pendant plusieurs décennies", conclut Julien Moulin.