La campagne anti-nucléaire de Greenpeace en France se durcit. L'ONG environnementale a porté plainte mercredi contre l'électricien et son PDG, Jean-Bernard Lévy, qu'elle accuse de présenter un bilan "inexact" et de tromper ses actionnaires (le groupe est détenu à 85% par l'Etat).  En cause, le coût du démantèlement des centrales et de la gestion des déchets nucléaires, largement sous-estimé par le groupe, selon l'ONG.

D'après une étude commandée par Greenpeace au cabinet d'analyse indépendant AlphaValue, EDF devrait inscrire 50 à 70 milliards d'euros de provisions supplémentaires dans ses comptes au regard des pratiques de ses concurrents étrangers et de son manque d'expérience en matière de démantèlement. Mais une telle provision, en l'état actuel des comptes, conduirait le groupe a la faillite, reconnaît ce rapport. "Par ailleurs, EDF prétend, dans son rapport semestriel de juin 2016, pouvoir exploiter ses réacteurs jusqu’à 50 ans au lieu de 40 ; une hypothèse que l’Autorité de sureté nucléaire ne considère pas comme acquise", souligne Greenpeace. Autrement dit, l'électricien serait trop optimiste sur sa capacité à exploiter pendant encore plusieurs décennies ses centrales vieillissantes et n'assumerait pas le coût de leur fin de vie.

Greenpeace demande au Parquet national financier d’ouvrir une enquête préliminaire ou que soit désigné un juge d’instruction "sur ce sujet d’intérêt général où les actionnaires, les investisseurs mais également les citoyens français sont induits en erreur par EDF et son PDG". Cette plainte s’inscrit dans la continuité de plusieurs alertes lancées par la Cour des comptes sur les coûts de production de l'électricité nucléaire, précise l'ONG.

L'AMF enquête déjà

Or l'Autorité des marchés financiers (AMF) a déjà ouvert une enquête sur EDF, fin juillet. Le gendarme de la bourse cherche à savoir si l'ensemble des informations financières ont bien été communiquées aux marchés ces dernières années, notamment au sujet de la rénovation des centrales nucléaires françaises ("grand carénage") et du projet controversé de construction d'une centrale nucléaire à Hinkley Point (Angleterre). Ses conclusions ne sont pas attendues avant l'été prochain.

De son côté EDF a réagi aux accusations de Greenpeace la semaine dernière en contestant "vigoureusement les prétendues analyses comptables" d'AlphaValue. "Les coûts de démantèlement du parc nucléaire en exploitation d’EDF ont fait l’objet d’un audit du Ministère de l’Environnement, de l’Energie et de la Mer, dont la synthèse, rendue publique le 15 janvier 2016, conforte les estimations d’EDF" a-t-il précisé.

A la bourse de Paris, le titre EDF gagnait 0,3% mercredi vers 14h. Il a perdu 25% depuis le début de l'année en raison de la baisse des résultats et du manque de visibilité sur les bénéfices futurs du groupe.