Le nucléaire, stop ou encore ? Parmi les cinq candidats invités à débattre hier soir sur le plateau de TF1, les avis sont partagés. Si Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon souhaitent sortir du nucléaire en fermant progressivement les centrales qui atteignent la limite d'âge, Marine le Pen et François Fillon entendent au contraire réinvestir dans la prolongation des centrales et dans leur modernisation. Quant à Emmanuel Macron, il affiche sur ce sujet comme sur d'autres une position médiane, reprenant l'objectif d'une baisse de la part du nucléaire à 50% du mix énergétique d'ici 2025.

Voici des extraits de leurs interventions:

Benoît Hamon: "Je souhaite que nous fermions les réacteurs qui arrivent en fin de vie (et) que nous développions les énergies renouvelables. Investir dans les énergies renouvelables nous offrira la souveraineté, l'indépendance énergétique et davantage de sécurité".

François Fillon : "Pour respecter les engagements de la COP 21 il ne faut pas de positions idéologiques. Nous avons une énergie nucléaire moderne, sûre, il faut continuer à la moderniser. Le nucléaire a été et est encore une force pour notre pays".

Emmanuel Macron:
"Il faut réduire notre dépendance au nucléaire mais le faire de manière économiquement sensée."

Jean-Luc Mélenchon :
"On n'a jamais dit qu'on allait appuyer sur un bouton et arrêter le nucléaire, c'est impossible. Ce qui est irrationnel c'est de croire que l'on peut continuer comme ça. Nous arriverons à 100% de renouvelables. C'est un beau défi technique, pas un retour à la bougie."

Marine le Pen ne s'est pas exprimée hier sur ce sujet mais elle avait pris position auparavant contre la fermeture de Fessenheim et déclaré vouloir "maintenir, moderniser et sécuriser la filière nucléaire française" au nom de "l'indépendance énergétique" de la France.

Ces dernières années le débat s'est surtout cristallisé autour du coût du nucléaire ou de son abandon.  Selon une étude de l’Institut Montaigne publié début mars, une sortie progressive du nucléaire, telle que souhaitée par Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon, pourrait coûter 217 milliards d’euros d'ici à 2035. Le think tank libéral intègre dans ce montant 179 milliards d’investissements dans les nouvelles unités de production remplaçant les centrales nucléaires et 25 milliards d’euros d’indemnisation pour l’exploitant du parc nucléaire EDF.

De son côté la Cour des comptes avait chiffré en 2014 à 100 milliards les coûts de maintenance et de modernisation des 58 réacteurs français d'ici 2030. Il faut ajouter à ce montant les coûts de démantèlement des centrales arrêtées ou en passe de l'être (Fessenheim) ainsi que les coûts d'enfouissement des déchets, qui représentent plusieurs dizaines de milliards d'euros.

Au-delà des querelles de chiffres le baromètre le plus pertinent pour des candidats en campagne reste l'opinion publique. Or les Français semblent tout aussi partagés sur la question. Selon un sondage réalisé à l'occasion du trentième anniversaire de la catastrophe de Technobyl, en avril 2016, près d'un Français sur deux (47%) se déclare en faveur de la sortie du nucléaire, principalement en raison des questions autour de la gestion des déchets. Les 53% qui soutiennent la poursuite du programme nucléaire mettent en avant l'indépendance énergétique.