EDF souhaite participer activement à l'élaboration de la politique énergétique du nouveau gouvernement, a déclaré jeudi son PDG, Jean-Bernard Lévy. Ces déclarations interviennent au lendemain de l'annonce de la composition du gouvernement, marquée par la nomination de Nicolas Hulot au poste de ministre de la Transition écologique et solidaire, qui a entraîné une chute de 6,5% de l'action EDF en Bourse de Paris.

"EDF est désireux, dans le cadre de la politique que le nouveau gouvernement va déployer, de jouer tout son rôle pour être un acteur engagé dans la transition énergétique", a dit Jean-Bernard Lévy lors de l'assemblée générale des actionnaires d'EDF, dont l'Etat détient 83,1% du capital. "Notre rôle, je l'espère, sera actif. Il nous paraît important que nous participions à la construction de ce que va être la politique énergétique du gouvernement, et tout particulièrement de M. Hulot en tant que ministre de l'énergie, pendant le prochain quinquennat", a-t-il ajouté.

Invité surprise du gouvernement d'Edouard Philippe, Nicolas Hulot prône une
sortie progressive du nucléaire depuis la catastrophe de Fukushima. Sur Europe 1, il y a un an, il avait déclaré : "le nucléaire appartient au monde d'hier". De quoi susciter quelques inquiétudes du côté d'EDF qui prévoit d'investir au cours des dix prochaines années 50 milliards d'euros dans la mise à niveau et l'allongement de la durée de vie de ses centrales.

Positions antagonistes

Même si le Premier ministre Edouard Philippe a promis ce matin sur France Inter une approche "pragmatique" en matière de politique énergétique – il a travaillé un temps pour Areva -, il va devoir réconcilier deux conceptions a priori antagonistes de la transition énergétique. D'un côté, EDF pour qui l'atome reste un élément central du respect des objectifs de baisse des émissions de CO2 et qui rêve même d'un nouvel âge d'or de la filière nucléaire française avec le chantier EPR d'Hinkley Point, en Grande-Bretagne. De l'autre, les défenseurs de la loi sur la transition énergétique de 2015, qui prévoit une réduction de la part du nucléaire dans le mix énergétique français de 75% aujourd'hui à 50% en 2025 et le développement parallèle des énergies renouvelables.

Dans son programme Emmanuel Macron a repris les objectifs de cette loi à son compte. Nicolas Hulot sera donc chargé de les mettre en oeuvre ce qui n'est pas une mince affaire. Selon la Cour des comptes, l'atteinte des objectifs passe par la fermeture d'environ un tiers du parc de réacteurs nucléaire français. Ce qu'EDF semble totalement exclure : «Nous n’avons pas prévu, en liaison avec l’Etat, compte tenu des besoins en électricité des Français, de fermer d’autres centrales que les deux qui seront fermées [les deux réacteurs de Fessenheim, ndlr]», avait indiqué Jean-Bernard Lévy début 2016. «Il n’y a pas d’autre fermeture prévue dans les dix ans à venir». Reste à savoir s'il réussira à convaincre Nicolas Hulot de changer de position sur le sujet, comme ce dernier l'a déjà fait.