Les actionnaires d'Exxon ne veulent pas d'un retour en arrière sur l'accord de Paris. Ils l'ont fait savoir mercredi 31 mai lors de l'assemblée générale, en adoptant une résolution réclamant davantage de transparence sur l'impact des objectifs climatiques sur les activités de la société.

La résolution présentée par le fonds de retraite de l'État de New York a été adoptée avec 62,3 % des voix, alors qu'un texte similaire n'avait recueilli que 38,2 % l'année dernière. La direction du groupe avait appelé à voter contre, estimant fournir déjà assez d'informations à ce sujet. Mais de gros actionnaires comme le fonds Blackrock ont au contraire appuyé la demande.

Au moment où le président américain vient d'annoncer le retrait de son pays du traité de Paris, cette décision a valeur de symbole. "Ce vote symbolise le changement de paradigme en cours dans le monde financier, analyse Anne-Catherine Husson Traore, membre de l’initiative européenne High-Level Expert Group on Sustainable Finance, citée par le site Novethic. "Les investisseurs de long terme sont de plus en plus nombreux à comprendre que le risque climatique est devenu un risque financier, tangible et mesurable". Ils veulent également savoir dans quelle mesure les entreprises, notamment pétrolières, adaptent leurs business models aux contraintes réglementaires.

Pour mémoire l'accord de Paris a été conclu par 195 pays en décembre 2015. Il a été ratifié par les Etats-Unis un an plus tard. Il vise à accroître les efforts de chaque Etat en matière de lutte contre le réchauffement climatique, via la réduction des émissions de CO2 et le développement des énergies renouvelables, afin d'atteindre l'objectif global d'un réchauffement inférieur à 2°C.

La semaine dernière, c'est le directeur d'Exxon lui-même qui, dans une lettre adressée au président américain, s'était fait le défenseur de cet accord. L'essentiel est de "garder un siège à la table des négotiations" et d'exploiter les solutions "compétitives" de l'industrie américaine, notamment le gaz naturel, plaidait-il. De son côté, le groupe Chevron "continue de soutenir l'accord de Paris parce qu'il constitue un premier pas vers un cadre international", selon une porte-parole citée par l'AFP. Aussi surprenante soit-elle, la position des pétroliers reflète celle de la plupart des grandes entreprises américaines, de Coca-Cola à General Electric en passant par les géants de la tech californiens. Tous ont réaffirmé leurs objectifs de réduction des émissions de CO2 malgré la décision prise par Donald Trump. Une façon de rassurer les investisseurs sur leur stratégie de développement à long terme.