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Création d'un pôle minier hors d'Areva : une folie, selon Anne Lauvergeon

Création d'un pôle minier hors d'Areva : une folie, selon Anne Lauvergeon

(Easybourse.com) Les conclusions du rapport Roussely sur la filière nucléaire française préconise, entre autres, la création d'une société cotée qui récupèrerait les actifs miniers d'Areva, évalués à 6 milliards d'euros. Pour Anne Lauvergeon, la patronne du groupe, "ce serait une folie!"

Pour François Roussely, ancien PDG d'EDF mandaté par l'Elysée pour repenser l'ensemble de la filière nucléaire française, le modèle intégré d'Areva, qui va de l'extraction de l'uranium à la gestion des déchets des centrales nucléaires, en passant par la construction des îlots nucléaires, a fait la preuve de sa réussite. A ceci près que son activité minière est considérée comme hautement capitalistique et cyclique, et nécessiterait de ce fait des conditions financières solides. Or Areva, qui vient d'achever une nouvelle augmentation de capital à hauteur de 900 millions d'euros, a de gros besoins en financement pour la réalisation de ses différents projets de construction d'EPR. Le rapport Roussely estime donc qu'«Areva pourrait apporter ses actifs miniers d'uranium à une société ad hoc, dont elle conserverait la majorité et assurerait la gestion. [...] Les autres actionnaires pourraient être des clients.» Autrement dit, la porte serait enfin grande ouverte à EDF...

Le modèle intégré d'Areva en question

Une erreur stratégique monstrueuse

Depuis une bonne dizaine d'années maintenant, la consolidation du secteur minier mondial a permis l'émergence de grands acteurs tels que Rio Tinto, Xstrata, Vale ou encore BHP Billiton. Mais en France, on dénombre à ce jour seulement deux principales sociétés liées à l'activité minière: Eramet et Areva.
Il s'avère toutefois que depuis 2009, le groupe nucléaire français a réussi à se hisser au rang de premier producteur mondial d'uranium avec 8 623 tonnes extraites. Comme Anne Lauvergeon l'a indiqué aux députés, cela signifie que son groupe "est allé partout où il y a de l'uranium", donc au Canada, au Niger, au Gabon, en Centre Afrique, au Kazakhstan, en Mongolie, en Namibie, en Afrique du Sud et en Australie.
Areva est par ailleurs détenteur d'environ 26% du capital du second groupe minier français, Eramet, mais comme le souligne la patronne d'Areva, "cela est trop ou pas assez!"
Devant les membres de la Commission des affaires économiques, Anne Lauvergeon a donc prôné la constitution d'un pôle minier significatif, sous un contrôle étatique lui aussi significatif, mais qui demeurerait dans le giron d'Areva. Et pourquoi pas une fusion avec Eramet dans ce cas ?
La patronne du leader nucléaire français n'a eu de cesse de le marteler, la cession des activités minières d'Areva "serait une folie!", "une erreur stratégique monstrueuse" impliquant le démantèlement de son modèle intégré qui a pourtant fait ses preuves.
Si la présidence de la République semble avoir tranché, il reste encore difficile d'imaginer que la création d'une telle société ad hoc puisse se concrétiser rapidement, car malgré la fin de mandat d'Anne Lauvergeon en juin prochain, obtenir l'accord de la famille Duval, principal actionnaire d'Eramet avec 36% du capital, ne sera pas chose facile. Patrick Buffet, le PDG d'Eramet, ayant laissé entendre récemment à propos de ce projet de fusion que son groupe n'avait pas «les mêmes clients ni les mêmes débouchés» qu'Areva...

Anne Lauvergeon devant la Commission des Affaires Economiques, sur le pôle minier
Sources:http://www.assemblee-nationale.tv
 
 


Nicolas Sandanassamy

Publié le 30 Décembre 2010