Espace Energie - News, articles, interviews et dossiers

Electricité, gaz : pourquoi l'énergie devient de plus en plus chère en France

Electricité, gaz : pourquoi l'énergie devient de plus en plus chère en France

(Easybourse.com) Depuis un an les factures EDF et GDF subissent des hausses à répétition. Explications sur ce renchérissement qui pourrait ne pas s'arrêter là.

C’est un poisson d’avril qui risque de ne pas faire rire grand monde. Le 1er avril prochain, la facture des quelque 10 millions de ménages français se chauffant au gaz pourrait augmenter de 5%, d’après le Figaro. Une information confirmée à demi-mot par le ministre de l’Industrie, Eric Besson, qui a indiqué qu’une revalorisation des tarifs était bien à l’étude. Si l’information du Figaro est bonne, la hausse des tarifs du gaz aura atteint 20% en un an… et près de 50% depuis 2005. S’agissant de l’électricité, le tarif réglementé des particuliers a subi une hausse de 3% au 1er janvier dernier, après un mouvement similaire en août. En six mois, le tarif bleu d’EDF s’est ainsi renchéri de 6%, soit l'une des plus fortes progressions de ces trente dernières années.

Gaz : une hausse calquée sur celle du pétrole

Plusieurs facteurs expliquent ces hausses. D’abord le gaz, en tant qu’énergie fossile, est indexé sur les cours du pétrole qui ont progressé d’environ 15% en 2010, malgré des fluctuations. Ce n’est là qu’un prélude de ce qui attend les consommateurs: compte-tenu des risques de pénurie à partir de 2015, le prix du pétrole pourrait doubler voire tripler dans les années à venir. En outre, en l’absence de production nationale de gaz, la France est dépendante de quelques fournisseurs (Russie, Algérie, Qatar) qui concentrent l’essentiel des réserves mondiales et sont d’autant mieux placés pour imposer leurs prix.

Une hausse de 30% des prix de l'électricité d'ici 2015

«D'après nos modèles d'estimations des coûts d'approvisionnement de GDF Suez, la hausse de 5% des tarifs réglementés (prévue au 1er avril) semble constituer un niveau minimum pour correctement intégrer l'évolution des coûts de GDF Suez. Nous pensons que cette hausse pourrait être suivie de nouvelles hausses dans les prochains trimestres»
, soulignent ainsi les analystes d’Aurel BGC. Cependant, la découverte des gaz de schiste, notamment aux Etats-Unis, pourrait changer la donne et freiner la hausse des prix. D’après l’Agence internationale de l’énergie, cette source d’énergie pourrait même redevenir très bientôt «meilleur marché et abondante», ce qui serait une «une bonne nouvelle pour les consommateurs». A ceci près que l’exploitation des gaz de schiste s’avère plus coûteuse économiquement et surtout d’un point de vue environnemental que celle du gaz classique. A l’image des sables bitumineux pour le pétrole, elle n’est rentable qu’en période de renchérissement du prix du gaz naturel.

Electricité : des charges de plus en plus lourdes


La situation est différente s’agissant de l’électricité. En tant que pionnière du nucléaire, mais aussi grâce à l’apport de l’hydraulique, la France bénéficie d’une production à faible coût qui permet, tant bien que mal, de couvrir les besoins nationaux. Les tarifs aux particuliers sont parmi les moins chers en Europe et ils ont même baissé de près de moitié depuis les années 1960.

Cependant, cette baisse cache des coûts en hausse pour EDF qui doit consentir de lourds investissements pour l’entretien et l’allongement de la durée de vie de son parc de centrales. En 2009, son PDG Pierre Gadonneix avait ainsi jugé nécessaire une hausse de 20% sur trois ans des tarifs de l’électricité, afin de couvrir ces investissements. Une demande politiquement inacceptable, qui pourtant est en passe de se réaliser. Non seulement les tarifs ont augmenté de 6% en 2010, mais ils devraient encore se renchérir au cours des prochaines années. C'est l'une des conséquences de la loi Nome (voir L’ouverture du marché de l’électricité, une fausse bonne idée ?) qui oblige EDF à vendre un quart de son électricité à ses concurrents à un prix reflétant les investissements nécessaires dans le réseau. Le prix proposé par le rapport Champsaur, dont les conclusions ont « fuité » dans la presse cette semaine, serait de 39 euros le mégawatheure, contre 35 euros aujourd’hui. L’impact sur la facture des particuliers serait une hausse de 5% chaque année jusqu’en 2015, soit une progression de 30% des prix de l’électricité ! Et encore, il s’agit là d’une hypothèse médiane alors qu’EDF réclame un prix de cession à 42 euros le mégawatheure…

«La situation des prix réglementés de l'électricité, auxquels nous sommes tous attachés, qui augmentent moins que l'inflation depuis les années 1990, ne peut plus durer. Ils ne peuvent qu'augmenter dans le futur, loi Nome ou pas», avait prévenu Daniel Merville, le médiateur de l’énergie, cet été dans une interview au Figaro. Un avertissement repris ce mois par Philippe de Ladoucette, le président de la Commission de régulation de l’énergie, devant la caméra d’Easybourse :


 

A l’heure où les salaires stagnent et où l’inflation menace le pouvoir d’achat, la hausse de l’électricité et du gaz pourrait s’avérer un terrain glissant pour le gouvernement. Lui qui voulait en 2010 lutter contre la « fracture énergétique » n’a eu d’autre choix que d’augmenter la facture des particuliers, même si les plus modestes continuent à bénéficier d’aides et de tarifs avantageux. D’après l’Insee, au moins 2 millions de ménages habitent des logements peu ou mal chauffés et 3,4 millions (13% des Français) consacrent plus d’un dixième de leurs revenus aux dépenses d’énergie.

François Schott

Publié le 23 Février 2011