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Areva: l'avenir incertain du nucléaire made in France

Areva: l'avenir incertain du nucléaire made in France

(Easybourse.com) Qu'il s'agisse des troubles politiques en Afrique du Nord ou de la catastrophe nucléaire au Japon, les autorités ont de plus en plus de mal à rassurer. Les sources de production d'énergies actuelles ne sont en effet pas aussi sûres qu'on l'a laissé entendre jusqu'ici. Pour les investisseurs, il est temps de prendre la pleine mesure des défis énergétiques qui se dessinent pour opérer les bons choix d'investissement…

Pour Marie de Mestier, gérante du fonds IT Funds Clean World, «on ne peut bien évidemment pas se passer de l’énergie nucléaire, surtout en France». Et pour cause, avec 16% de la production d’électricité provenant du nucléaire dans le monde, il semble difficile d’envisager un futur proche sans énergie issue de cette filière.

Un nucléaire pas si compétitif mais indispensable

Les raisons sont multiples, qu’il s’agisse des risques pesant sur les approvisionnements en pétrole, du fait des troubles géopolitiques dans les pays producteurs en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, ou du simple constat que l’énergie nucléaire demeure compétitive en termes de prix.
Comme le souligne néanmoins Marie de Mestier, «l’inconvénient majeur de cette énergie reste celui des déchets qui ne sont toujours pas traités».

Le prix du kwh nucléaire se situe entre 3 et 6 centimes de dollar contre 4 à 7 centimes de dollar pour l’éolien

A quoi il convient de rappeler depuis le sinistre drame que vit encore le Japon, qu’aujourd’hui, «il parait évident que l’on va devoir renforcer la sécurité des centrales nucléaires». Or cela risque de prendre du temps et coûter des centaines de millions d’euros…
La gérante du fonds IT Funds Clean World en est donc convaincue, «l’éolien apparaît plutôt compétitif par rapport au nucléaire». «Le prix du kwh nucléaire se situe en effet entre 4 et 6 centimes de dollar contre 5 à 8 centimes de dollar pour l’éolien».

L’écart n’est donc pas énorme, et l’est d’autant moins selon la gérante, que «si vous rajouter aux 3-6 centimes de dollar le kwh nucléaire le coût de traitement des déchets, celui du démantèlement et celui des intérêts résultant des retards inhérents lors de l’ouverture d’une nouvelle centrale, il apparaît au final que le nucléaire n’est pas si performant financièrement.»

«Le problème, estime-t-elle, c’est que les centrales nucléaires sont déjà en place et qu’il faut de l’espace pour construire de nouveaux parcs éoliens». Mais les acteurs de la filière éolienne sont là, «non pas pour remplacer le nucléaire mais pour améliorer la diversification de nos sources d’énergie électrique.»


JM Ayrault, député PS, exige la transparence de la filière nucléaire français

Les incertitudes planent au-dessus de l’avenir atomique


L’avenir de la filière nucléaire reste assombri par la catastrophe au Japon. Pour les analystes spécialistes du secteur, ce genre d’accident peut en effet remettre en cause l’évolution de toute la filière et impacter lourdement le futur d’Areva.

Le groupe nucléaire français, leader mondial du secteur, s’est en effet clairement positionné en faveur du renouveau de la filière. De ce fait, jugent les experts, tout évènement décalant dans le temps ce renouveau aura un impact encore plus important sur un titre comme Areva qui prend en compte les espoirs de participation dans ce renouveau du nucléaire. L’impact est donc tout de suite amplifié sur l’action. Ainsi, rien d’étonnant à ce que l’action Areva ait perdu plus de 12% sur un mois.

Dans le détail toutefois, les nouvelles constructions de centrales représentent seulement 11% des revenus du groupe. Dans la mesure où ces nouveaux projets représentent 30% de la division réacteurs et services, cette dernière est actuellement la partie la plus exposée.

Anne Lauvergeon, PDG d'Areva, jubile...
L’impact n’apparaît donc pas très important, mais pour les analystes de la valeur, l’effet pourrait être plus large. Il s’agit en effet de la partie du business d’Areva sensée être en forte croissance dans les prochaines années. Or s’il y a moins de nouvelles constructions, c’est toute la filière qui risque d’avoir des potentiels de croissance plus faibles qu’attendus, impactant de cette manière tout le business d’Areva, et pas seulement la partie nouveaux projets.

Or un arrêt des nouveaux projets nucléaires dans le monde semble particulièrement inévitable. C’est déjà le cas de l’Allemagne qui a annoncé un moratoire sur l’allongement de la durée de vie de 17 réacteurs et la fermeture provisoire de 7 centrales anciennes. Le gouvernement allemand a par ailleurs lancé un vaste plan de soutien au secteur des énergies vertes de 1 milliard d’euros contre 300 millions l’an dernier.

C’est triste de le dire, mais cette catastrophe au Japon va profiter aux énergies renouvelables

L’électricien français EDF pourrait également pâtir de ce gel mondial sur le nucléaire. Hormis les EPR en construction en Finlande, à Flamanville et en Chine, les appels d’offres en cours, surtout en Europe (en Angleterre et en Italie notamment) sont d’ores et déjà hypothéqués.

Dans le reste du monde, la poursuite des projets nucléaires ne sera pas une sinécure. Le projet de 4 EPR envisagés aux Etats-Unis, déjà mal parti depuis 2010, ne devrait pas voir le jour avant un bon moment. Quant à la Chine, malgré les 2 EPR mis en service à partir de 2014, elle a suspendu toute nouvelle approbation. Seule l’Inde, où Areva est en négociation avancée pour deux EPR, n’a pas encore indiqué mettre fin à ses ambitions nucléaires.

Au total, note Marie de Mestier, «c’est triste de le dire, mais cette catastrophe au Japon va profiter aux énergies renouvelables, en particulier parce que les Etats vont revoir complètement leur mix énergétique voire freiner leurs ambitions dans le nucléaire.»

Avec ou sans énergies renouvelables, la facture énergétique du consommateur final va de toute façon augmenter de 15 à 20% pour prendre en compte les questions nucléaires. Les valeurs vertes devraient donc en profiter, à l’instar de Solarworld (solaire en Allemagne) ou Nordex (éolien) qui ont pris 40% en deux jours. Effet opportuniste ou signe d’une nouvelle ère ? L’avenir seul nous le dira.
Nicolas Sandanassamy

Publié le 22 Mars 2011