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Le gaz naturel, principal bénéficiaire de l'ère post-Fukushima

Le gaz naturel, principal bénéficiaire de l'ère post-Fukushima

(Easybourse.com) Alors que l'image du nucléaire a été durablement ternie par la catastrophe de Fukushima, les choix énergétiques des gouvernements s'orientent vers le gaz naturel, dont la demande pourrait grimper ces prochaines années. Plusieurs valeurs du secteur pourraient tirer leur épingle du jeu.

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Depuis le début de l’année 2011, une conjonction d’événements géopolitiques et climatiques a entraîné de profonds bouleversements sur les marchés de l’énergie. Les révolutions arabes ont fait flamber les cours du pétrole, tandis que la catastrophe de Fukushima a remis en cause l’énergie nucléaire, qui devait pourtant prospérer au cours des vingt prochaines années.

L’Agence internationale de l’énergie (AIE), qui prévoyait avant le cataclysme japonais l’installation de 360 GW (gigawatts) nucléaires dans le monde d’ici 2030, a réduit cette estimation de moitié. La recherche d’alternatives au nucléaire est désormais perçue comme un enjeu prioritaire dans les pays industrialisés et émergents. Dans ce contexte, le gaz naturel pourrait connaître un fort développement à très court terme.

Demande en hausse


«Le gaz sera le principal bénéficiaire de la remise en cause actuelle du nucléaire», estime Luciano Diana, gérant du fonds Pictet Clean Energy. «La réduction effective de la capacité nucléaire de pays comme le Japon ou l’Allemagne, qui vient de fermer sept centrales, aura un impact sur leur approvisionnement en gaz naturel liquéfié. Premier importateur mondial de gaz naturel liquéfié (40% de la demande globale), le Japon devra accroître sa demande de 3 à 8 % dans les prochains mois. De plus, les tensions politiques actuelles au Moyen-Orient amènent les pays importateurs européens à diversifier leurs sources, en privilégiant notamment la Russie», ajoute Richard E. Robinson, gérant chez Nordea.

  Une situation de pénurie, pourrait intervenir d’ici 2013 ou 2014



Les atouts du gaz naturel sont multiples : c’est une énergie compétitive, surtout depuis la chute des cours observée en 2010, elle est immédiatement disponible et pollue moins que le charbon ou l’extraction pétrolière (sauf pour les gaz non-conventionnels comme le gaz de schiste dont l’impact reste à déterminer...voir notre article Gaz de schiste : Total fait son trou). En outre, il répond déjà à une part importante des besoins énergétiques de la planète : environ 20% de la demande mondiale d’énergie et 25% de la production d’électricité, contrairement aux énergies renouvelables qui restent marginales, faute d'investissements.

Miser sur Air Liquide plutôt que sur GDF Suez

Ces éléments plaident aujourd’hui pour un dégonflement rapide de la « bulle gazière » apparue avec la crise, qui a conduit à une chute de près de 70% des cours entre juin 2008 et la fin 2010 (la baisse de la production industrielle ayant entraîné une baisse de la consommation et fait apparaître des surcapacités). «La découverte des dépôts de gaz de schiste aux Etats-Unis a provoqué une baisse des prix spot. Mais la demande pour le gaz augmente, notamment en Asie, ce qui, à mon avis, devrait se traduire par une remontée des prix en début d'année prochaine», a récemment indiqué Gérard Mestrallet, le PDG de GDF Suez, dans une interview au journal italien La Repubblica.

Les investisseurs s’intéressent à nouveau de près à cette énergie, d’autant plus que, selon Richard E. Robinson, «la forte croissance attendue de la demande, combinée à une capacité de production et de réserve déjà limitée, va provoquer une tension sur le marché mondial du GNL. Une situation de pénurie, pourrait intervenir d’ici 2013 ou 2014». Ainsi, le gérant a récemment renforcé ses positions sur trois types d’acteurs du secteur : les compagnies internationales directement productrices de gaz enrichi, telles que Shell, Gazprom ou BG Group ainsi que les sociétés de services pétroliers Amec technip ou Subsea ; les entreprises industrielles capables de répondre aux besoins en infrastructures gazières, comme Siemens (production de turbines à gaz) ou Aggreko (location de groupes électrogènes) ; enfin les entreprises spécialisées dans la transformation et le stockage du GNL, comme Air Liquide.

Premier acheteur de gaz naturel en Europe, GDF Suez devrait amortir la hausse des coûts grâce à des contrats d’approvisionnement à long terme. Néanmoins le groupe verra ses revenus impactés par le gel des tarifs imposé par le gouvernement français jusqu’en 2012.

François Schott

Publié le 19 Mai 2011