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Energie : quelles alternatives au pétrole ?

Energie : quelles alternatives au pétrole ?

(Easybourse.com) Un an après la catastrophe de Fukushima, les marchés de l'énergie sont en pleine ébullition. Hausse des cours du pétrole, baisse de la demande européenne, sortie de certains pays du nucléaire...? autant d'évolutions qui remettent en question les équilibres établis. L'heure des choix approche, dans un contexte d'offre globalement insuffisante et de hausse généralisée des prix.

En dépit de la crise économique et financière qui sévit depuis quatre ans, les besoins énergétiques de la planète ne cessent d'augmenter. Selon l'Agence Internationale de l'Energie (AIE), la consommation d’électricité dans le monde devrait progresser de 75 % entre 2007 et 2030. Cela entraînera d’énormes investissements d’infrastructures, estimés à 38 000 milliards de dollars au cours des vingt-cinq prochaines années. Quelles sont les sources d’énergie à privilégier ? Comment financer ces investissements ? Partout, la réflexion est engagée mais pour l'heure, aucun consensus ne se dégage sur le "mix énergétique". Au Japon, frappé par une catastrophe naturelle sans précédent il y a un an, la demande d'électricité est telle qu’une partie des réacteurs nucléaires du pays pourrait être réactivée. En attendant, l’Archipel augmente massivement ses importations de pétrole et de gaz naturel liquéfié (GNL) pour faire tourner ses centrales thermiques. En Allemagne, ce sont le charbon et les énergies renouvelables qui devraient prendre le relais des centrales nucléaires, jugées trop dangereuses. En France, la question du nucléaire et la hausse des prix de l'essence sont au coeur de la campagne présidentielle.

Un nouveau choc pétrolier
«Le monde a été confronté en 2011 à un véritable choc pétrolier rampant, et en 2012 le marché devrait rester tendu», estimait en janvier Olivier Appert, président de l'IFP Energies Nouvelles, un organisme public de recherche sur l'énergie. A 111 dollars le baril en moyenne l'an dernier, le prix du Brent était supérieur de 30 dollars à la moyenne annuelle de 2008, lorsque le brut avait culminé en cours d'année à plus de 147 dollars. De plus, il a dépassé en monnaie constante le record annuel historique atteint en 1980, lors du deuxième choc pétrolier, qui était de 98 dollars le baril.

La consommation d’électricité dans le monde devrait augmenter de 75% entre 2007 et 2030



Pour 2012, l’IFP Energies Nouvelles voit deux tendances contradictoires. D'un côté, l'affaiblissement de la croissance dans les pays de l’OCDE devrait peser sur la demande, mais de l'autre, les incertitudes géopolitiques (et notamment l'embargo européen sur le pétrole iranien) vont tirer les cours à la hausse. Au final, le prix du baril devrait demeurer élevé : entre 100 et 120 dollars, selon l’IFP. D’autres experts vont même jusqu’à prédire un baril à 150 dollar cette année (voir notre dossier), ce qui devrait accélérer la recherche d’autres sources d’énergie par les pays non producteurs.

Le gaz en plein essor

Le gaz, bien qu’étant également un hydrocarbure, bénéficie actuellement d’une forte demande, en particulier dans les pays émergents. «La demande de gaz est portée par de nombreux éléments : les débats autour de l’évolution du nucléaire dans certains pays, les capacités sur charbon pénalisées par les réglementations nouvelles ou encore la politique chinoise de développement forcé du gaz», indique le cabinet Deloitte dans son rapport annuel sur les marchés de l’énergie (« Energy Predictions 2012 »). «Cette demande croissante est satisfaite par une offre surabondante, liée à la découverte de gisements majeurs (Mozambique…) et à l’arrivée sur le marché de nouvelles capacités de gaz naturel liquéfié (Angola…)». Malgré tout, les cours ont tendance à augmenter eux aussi, sauf aux Etats-Unis en raison de l’exploitation des gaz de schiste. Résultat, «les distorsions de prix n’ont jamais été aussi fortes au niveau mondial entre les marchés gaziers indexés sur le pétrole (UE, Asie) et les marchés concurrentiels (US, UK)», souligne Deloitte.

Nucléaire : pas de remise en cause globale

Malgré l’émotion suscitée par l’accident de Fukushima, le nucléaire reste un élément important de la stratégie énergétique de nombreux pays. La Chine a ainsi confirmé la construction d’une trentaine de centrales tandis que les Etats-Unis viennent de relancer leur programme de nouveaux réacteurs. A contrario, l’Allemagne, le Japon, l’Italie ou encore la Belgique ont annoncé leur intention de sortir progressivement de l’atome. Tout compte fait, l’Agence internationale de l’énergie prévoit une croissance de 70% des capacités nucléaires civiles au cours des vingt-cinq prochaines années, ainsi qu’une progression de l’atome au sein du « mix énergétique » mondial, en dépit du renchérissement lié aux nouvelles normes de sécurité des centrales.

Solaire, éolien : les grands projets se multiplient
Les énergies renouvelables (solaire, éolien, biomasse, etc) ont poursuivi leur développement en 2011, à un rythme soutenu malgré les restrictions budgétaires dans un certain nombre de pays industrialisés. Les capacités de production d’énergie solaire ont ainsi bondi de 70% dans le monde l’année dernière, tandis que l’éolien a progressé de 22%. Cette tendance devrait se poursuivre grâce aux politiques de soutien actif dans un certain nombre de pays, notamment l’Allemagne, les Etats-Unis, le Japon et la Chine. En France, le gouvernement a réduit ses aides à la filière photovoltaïque en 2011 tout en lançant un appel d’offres de dix milliards d’euros en faveur de l’éolien en mer. Cependant, la chute du prix du carbone sur le marché européen des quotas de CO2 freine l’émergence des énergies renouvelables en tant qu’alternative aux énergies fossiles.

Lire aussi: La course à l'éolien offshore mobilise les fleurons industriels français


François Schott

Publié le 24 Avril 2012