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Interview de Jerôme Contamine : Directeur général exécutif - Veolia Environnement

Jerôme Contamine

Directeur général exécutif - Veolia Environnement

Nous sommes clairement dans un secteur très solide

Publié le 11 Août 2008

Le groupe a dégagé un bénéfice net de 500,5 millions d'euros au premier semestre, en petite hausse de 1,5%. Son résultat opérationnel a connu une croissance supérieure de 5,2% à 1,3 milliard d'euros sur la même période. Son chiffre d'affaires a progressé de 17% à 18,09 milliards d'euros. Comment expliquez-vous de tels résultats ?
Nous sommes clairement dans un secteur très solide. La demande est très forte partout dans le monde, notamment dans les nouvelles zones en émergence comme l’Asie Pacifique et le Moyen Orient. Nous avons atteint des croissances supérieures à 20/30% dans ces deux dernières zones.
Par ailleurs, les acquisitions que nous avons réalisées l’année dernière ont également permis de stimuler notre croissance.
Nous avons ainsi eu une croissance organique de 11% et une croissance externe de 8,4%. 

Le groupe avait averti en juin qu'il dépasserait sans doute son objectif de croissance annuelle (+10%) mais avait remis en cause l'objectif de croissance de 10% du bénéfice net, ce qui avait fait plonger le titre en bourse.  Qu’en est-il à présent ?
Nous avons été amenés au mois de juin à annoncer que la croissance du résultat opérationnel serait plutôt de l’ordre de 6% au lieu de 10%. Nous avons été affectés de manière négative par l’effet de change, compte tenu essentiellement de nos activités aux Etats-Unis et au Royaume Uni et la facture pétrolière a pesé plus particulièrement sur la rentabilité de nos activités Transport et Propreté  même si les résultats de ces deux divisions ont progressé.

Nous pouvons ajouter le fait que l’acquisition que nous avons réalisée en 2007 en Allemagne dans le secteur des déchets n’a pas porté tous  les fruits escomptés. Nous avons en effet été défavorablement surpris au début de l’année par deux éléments. Tout d’abord le métier du recyclage des emballages ménagers qui est entré dans une phase de forte compétitivité entre les opérateurs de ce pays. Nous avons perdu certains contrats au profit de concurrents qui sont aujourd’hui dans une situation défavorable eu égard aux marges réalisées dans cette activité.
Par ailleurs, nous avons observé une tendance à la baisse des marges par rapport à nos anticipations dans le traitement des déchets industriels classiques.

Nous avons donc entamé dans ces deux domaines des réductions de coûts de manière à améliorer la profitabilité immédiate de la société acquise. Nous envisageons aussi d’élargir notre offre de services. Nous pensons d’ici deux ans retrouver le business plan initial de l’opération réalisée.

Quelles sont vos craintes liées à la hausse de la facture pétrolière et sur l'impact de change ?
Nous sommes fondamentalement un opérateur local. Nos recettes et nos coûts sont dans la même monnaie. Nous subissons donc le problème de conversion en euro des résultats dégagés à l’étranger. Nous nous efforçons de couvrir le risque en nous endettant dans la même monnaie que celle dans laquelle nous opérons.
Ceci étant, nous pouvons penser que l’euro se situe actuellement à un niveau élevé et que la problématique du change sera beaucoup moins lourde dans le futur.

Nous sommes évidemment sensibles à la forte augmentation du prix du baril du pétrole, en particulier du fait du décalage qui existe (6 à 12 mois) entre l’indexation qu’il y a dans la plupart de nos contrats sur l’évolution de nos coûts, notamment du coût du carburant et le constat dans les comptes.
Ainsi la forte progression du prix du baril a coûté au groupe 40 millions d’euros sur ce premier semestre. Mais cet impact est à relativiser par rapport à l’ensemble du résultat du groupe et par le fait qu’il a vocation à s’amoindrir par le mécanisme de l’indexation.

Dans un contexte économique général contraignant et incertain, Veolia Environnement engage un effort d'adaptation supplémentaire associant, en particulier, réduction des coûts (portant un montant total de 400 ME sur 2 ans (2009-2010) et la rotation d'actifs ( cession d'au moins 1,5 Milliard d'Euros à échéance 2009 dont 1 MdE réalisé ou engagé avant fin 2008) afin d'améliorer le niveau de rentabilité des activités et d'atteindre un objectif de rendement des capitaux après impôts, supérieur à 10% à horizon 2010.
Quels segments de vos activités, quelles filiales seront le plus impactés ?
Concernant la réduction des coûts, l’axe essentiel est d’accroître la mutualisation, c'est-à-dire la mise en place de services communs afin de renforcer l’efficacité des fonctions de supports et les fonctions administratives.
Ce sont des actions qui sont transverses à l’ensemble du groupe. Il n’y aura pas une division plus affectée qu’une autre.
Tout ceci se passe dans un cadre de croissance forte. La stabilité de nos frais généraux et de nos frais d’achats se fera alors même que le chiffre d’affaires continuera de croître.

Vous allez procéder à une sélectivité renforcée des investissements (de l'ordre de 5 MdsE en 2008 et 4,5 MdsE en 2009). Quelles zones géographiques, quels pôles seront privilégiés ?
Nous allons poursuivre nos investissements dans nos zones privilégiées que sont l’Europe de l’Ouest, principalement France, Royaume Uni, Allemagne et les Etats-Unis.
Par ailleurs, nous souhaitons poursuivre notre positionnement en Asie et au Moyen Orient, essentiellement par le biais de contrat de services, autrement dit par des activités à faible intensité capitalistique qui donc nécessitent peu d’investissements.

Qu’en est-il de la rentabilité et de la sécurité de vos activités dans ces grandes zones en expansion ?
Nos activités dans les pays émergents ne représentent que 9% de l’ensemble de nos activités.
C’est de ce fait un enjeu relatif.
La demande au Moyen Orient correspond à la dynamique de cette zone. Nous avons des contrats de construction et d’exploitation, notamment des usines de dessalement, sur lesquels nos risques sont limités et où nos marges sont en forte progression.
Nous sommes en Chine en partenariat avec les villes ce qui nous permet de réduire notre exposition financière. Ensuite nous sommes en pleine phase de développement à travers des investissements dans des concessions, dans des opérations qui ont vocation à voir leur profitabilité augmenter dans le temps.

Quel regard portez vous sur l’arrivée en bourse de Suez Environnement, et sur la série de recommandations favorables sur la nouvelle entité ? Pour certains, Suez Environnement constitue pour vous un challenger, plus petit mais potentiellement plus mobile ?
Nous sommes concurrents avec Suez depuis plus de 100 ans. Cette entrée en bourse a le mérite d’apporter une clarification au niveau des acteurs du marché. Cela permettra de mieux comparer l’évolution de l’un et l’autre.
Bien que leader, Veolia Environnement ne représente que quelques dizaines de  pourcentage sur les secteurs d’activités dans lesquels le groupe s’inscrit à l’échelle mondiale.
Il y a par conséquent de la place pour d’autres opérateurs.
Nous continuerons pour notre part à poursuivre notre croissance de manière sélective et l’amélioration de notre rentabilité.

Un dernier mot pour vos actionnaires ?
Nos actionnaires ont souffert de la baisse de notre cours de bourse. Cette évolution négative nous parait quelque peu excessive même si nous pouvons partiellement la justifier par des performances financières légèrement en dessous des anticipations.
Nous prenons entièrement en compte cette préoccupatio , ainsi nous avons décidé de proposer au Conseil d’administration une nouvelle augmentation du dividende par action de 10%  qui sera soumise à la prochaine assemblée générale.

Propos recueillis par Imen Hazgui