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Interview de Alexandre Andlauer : Analyste financier, spécialiste du pétrole et du gaz, chez AlphaValue

Alexandre Andlauer

Analyste financier, spécialiste du pétrole et du gaz, chez AlphaValue

La production pourrait reprendre dans quelques semaines d'après les pétroliers tandis que les experts du pays parient sur un retour à la normale sur 12-18 mois

Publié le 25 Août 2011

Comment pourraient évoluer les cours de pétrole à moyen terme (d'ici la fin de l'année) ?
Avec une offre plus abondante (que ces derniers mois) du pétrole, et une demande plus faible que prévue (révision baissière du PIB) nous optons plutôt pour une baisse modérée du Brent ces prochains mois. Modérée, car la demande chinoise continue d’être robuste sur le pétrole, et l’offre peut encore être affectée comme c’est le cas actuellement au Nigeria (Royal Dutch Shell déclare la « force majeure » sur ses exportations), et l’Arabie Saoudite produit avec une très forte capacité aujourd’hui. Nous privilégions donc une baisse de $5-10 d’ici la fin de l’année, contre un cours actuel de $110 à ce jour.

A noter que l’écart entre le WTI et le Brent s’explique principalement par les stocks important à Cushing, c’est bel et bien sur le Brent que nous nous basons, en estimant que les prix convergeront d’ici 18 mois (sur le Brent).

Comment expliquez-vous la volatilité des cours ?
On vend tout, aucun secteur n’a été épargné. Le cours Brent étant l’indicateur clé pour les bénéfices des majeurs pétroliers, la volatilité des cours (perte de $15 en quelques jours) a un impact direct sur les Total, Shell, BP... Ceci étant dit, nous estimons que c’est un excès du marché à ce stade, dans la mesure où les bilans des sociétés sont très solides, le gearing du secteur (pétroliers intégrés) est de 27%, et le cash disponible autour de €50milliards. D’après nos calculs le marché price un baril autour de $70-$80, mais peut être également une taxation plus forte des bénéficies. Les raffineurs restent très dépendants de la conjoncture économique avec des coûts fixes très élevés, des surcapacités en Europe… Nous estimons que ce secteur enregistrera des pertes cette année (chute des cours de 40-50%). Les services pétroliers pourraient pâtir d’une baisse des dépenses d’exploration si le baril venait à corriger plus vigoureusement. Pas d’indication à ce stade.

Quel pourrait être l'impact du retour probable, même progressif, des exportations de pétrole libyen sur le secteur ? Le marché mondial va-t-il connaître une restructuration ?

Lors du début de la crise, l’impact était de $10-15 pour la Libye. Nous ne pensons pas à une transformation majeure du marché au niveau mondial, la Libye ne compte que pour 2% de la production. C’est un sujet politique, il est trop tôt pour parier sur un scenario.

Quelles sont les pétroliers les mieux armés pour profiter du retour à une certaine stabilité en Libye?

Ceux qui ont été le plus impactés lors de la crise, peut être la France également avec Total, mais c’est une fois de plus trop tôt et trop politique pour parier sur quoi que ce soit. Par ordre, ENI a 13% de sa production dans le pays, OMV 10%, 4% pour Repsol, autour de 3% pour Total. Les raffineurs devraient également bénéficier de ce retour, notamment Saras qui dépend fortement du pétrole de bonne qualité en Libye (plus facile à raffiner, moins de traitement) avec 40% de ses approvisionnements. Malheureusement la baisse de la demande des produits distillés ne permettra pas aux raffineurs de bénéficier pleinement de cet impact.

A quand selon vous, un retour à un niveau d'exportation et de production "normal" en Libye?
Très difficile à dire dans la mesure où les sociétés elle-même ne sont pas au courant de la situation de leurs infrastructures. Repsol faisait état hier de son incapacité à contrôler l’état des infrastructures. Lors de la dernière conférence avec les analystes, elles étaient encore en bon état. De manière générale, les majeurs pétroliers sont plus optimistes sur le calendrier que le sont les experts indépendants du secteur. La production pourrait reprendre dans quelques semaines d’après les pétroliers tandis que les experts du pays parient sur un retour à la normale sur 12-18 mois (et un délai moins long pour le gaz). A ce jour, les combats continuent.

NS