Bruxelles ambitionne de lever son son propre impôt pour remplacer les contributions nationales. La piste envisagée est celle d’une taxe sur les transactions financières.

Cette taxe européenne permettrait à la Commission de collecter jusqu’à 50 milliards d’euros par an.

La Parlement européenne a apporté son soutien à cette idée. La France semble ouverte à la question. Ce n'est pas du tout le cas du Royaume-Uni. Ce dernier pays ne voulant pas risquer de pénaliser son secteur financier.

Permettre à la Commission européenne de collecter son propre impôt pour alimenter son budget et faire face à ses dépenses parait être une très bonne chose, considère Philippe Waechter, responsable des études économiques au sein de Natixis AM. «Bruxelles prendrait de l’autonomie par rapport aux gouvernements. Progressivement on s’acheminerait vers l’instauration d’un gouvernement européen dans la mesure où l’existence d’un gouvernement tient à sa capacité à lever de l’impôt. Ce serait un immense pas en avant qui donnerait à l’Europe la construction politique qu’elle attend».

Certes, une telle habilitation supposerait des transferts de souveraineté et donc pourrait être confrontée à certaines oppositions. Il n'est pas illusoire d'espérer cependant que la crise de la dette qui sévit depuis plus d’un an et demi dans la zone euro aide à convaincre les plus réticents. «On a pu voir, à travers le dossier grec, les inconvénients liés à l' absence de gouvernance centralisée, de coopération, de règles définies de fonctionnement. Avoir une amorce de gouvernance par le biais de cette collecte en propre conduirait à réduire l’aléa moral et affaiblirait les risques associés à la construction européenne» souligne Philippe Waechter.

Les consommateurs européens ne se portant pas bien, taxer les transactions financières pourrait être une solution.

Se pose néanmoins la question de l’applicabilité de cette taxe. «Il faut que tout le monde y participe ne serait-ce qu’au sein de l’Union européenne. Si les anglais n’y vont pas, la localisation des opérations changera» met en garde M Waechter.

Or la dynamique de l’économie britannique est très dépendante de ce qui se passe à la City. «En ne jouant pas le même jeu, les anglais pourraient espérer attirer une partie des transactions. Les capitaux pouvant bouger rapidement».

Les négociations s'annoncent ardues et les modalités d’application de cette taxe compliquées à fixer. D’autant plus que la problématique du "level playing field", autrement dit d'un terrain de jeu équitable pour tous avec les mêmes règles, ne se pose pas uniquement vis-à-vis des britanniques. Il intéresse aussi les autres régions du monde, les Etats-Unis, les pays émergents...

«La matière taxable est totalement dématérialisée. Elle peut facilement s’évader. La solution ne serait envisageable qu’au niveau mondial. Est-ce qu’à l’heure actuelle l’on peut sérieusement escompter une mise en œuvre au niveau mondial. La réponse est somme toute négative» conclut Dominique Barbet, responsable de la recherche économique de marché chez BNP Paribas.