C’est aujourd’hui que la Banque centrale européenne (BCE) lance son opération de refinancement inédite des banques européennes à trois ans, au lieu d’un an, pour un taux de 1%. Cette opération de refinancement pour un montant illimité devrait connaître un large succès. Le consensus table sur 300 milliards d’euros empruntés. Pour certains analystes, le montant pourrait dépasser les 450 milliards d’euros. Mais quelle est la fin - poursuivie au juste par la BCE dans une telle opération ?

L’institution monétaire vise-t-elle à faire en sous-marin ce qu’elle ne peut pas faire de manière visible, autrement dit acheter de la dette des pays européens par l’intermédiaire des établissements bancaires ou entend-t-elle consolider le secteur bancaire européen qui est aujourd’hui encore très fragile pour éviter l’apparition d’un crédit crunch à même d’affecter davantage une économie européenne déjà mal en point ?

Les avis sont mitigés sur le sujet. Il semble qu’à ces deux questions, nous puissions, à des degrés divers répondre par l’affirmative.

Le risque de crédit crunch plane bel et bien à l’horizon, comparativement à ce qui s’est passé en automne 2008 à la suite de la déroute de Lehman Brothers. Les mises en garde à ce sujet sont multiples et proviennent de toute part : hommes politiques, autorités de régulation, entreprises, ménages, et les banques elles mêmes.
La mise en application de la nouvelle réglementation de Bâle impose aux institutions bancaires d’être plus prudentes quant à l’utilisation de leur liquidité. Ce d’autant plus que les tensions sont vives sur le marché du refinancement interbancaire. A cela s’ajoute le fait que la récession qui a débuté sur le Vieux continent devrait avoir pour conséquence une dégradation des actifs privés dans les bilans bancaires, consécutivement à une augmentation des défauts de paiement des agents privés.

D’un autre coté, la BCE pourrait bien se servir de cette opération de refinancement à des conditions très favorables pour injecter une liquidité abondante permettant aux banques d’au moins maintenir leurs positions actuelles sur les dettes souveraines, et de mettre fin ainsi à leur processus de désengagement ; au plus revenir sur le marché primaire ou sur le marché secondaire de ce compartiment.
L’idée poursuivie étant la suivante : parce que conformément aux statuts, la BCE ne peut pas prêter directement aux Etats souverains, elle prêterait aux banques, dans le vif espoir de les voir prêter à leur tour aux Etats. Ce serait une manière indirecte d’intervenir, à l’instar des différents scénarii envisagés avec le FESF ou encore le FMI.

Reste à savoir si les vœux de la BCE ne resteront pas des vœux pieux. Les banques ne rateront certainement pas l’occasion d’aller taper à la porte de l’institution pour bénéficier de ce prêt sur trois ans à un taux de 1%. Mais il n’y a aucune garantie sur ce qu’elles vont faire avec cet argent.

Absence de contrainte


En effet, il n’a été demandé aucun engagement aux banques en contrepartie des prêts accordés. Celles-ci pourront librement décider de la manière dont elles souhaitent utiliser l’argent emprunté. Une contrainte ne pourrait au demeurant être légitimement imposée que si la position des différents créanciers était clairement définie en termes de séniorité. Plus clairement, les banques ne seraient en mesure d’accepter une obligation de refinancer les Etats, que si elles étaient certaines d’avoir la primeur du remboursement dans le cas d’un défaut éventuel. Ce qui n’est pas le cas.

Absence d’appétit pour le risque


Les obligations souveraines européennes dont la maturité moyenne est relativement longue ne sont plus jugées sans risque, après la forte dépréciation de 50% qui a été appliquée à la dette grecque.
Par ailleurs, pour l’Autorité bancaire européenne, tous les actifs au bilan doivent être calculés en fonction de la valeur de marché, sur la base du fameux « mark to market ». Le mark to model qui permet de lisser sur le long terme la valorisation des actifs pour atténuer le risque étant prohibé.
Aussi le marché apprécie-t-il de moins en moins de voir dans le bilan des banques de l’obligataire souverain.
Sans oublier les pressions exercées par les agences de notation qui n’hésitent pas considérer la part des obligations souveraines détenues pour légitimer la dégradation des notes des établissements.

Besoin de collatéral

Pour obtenir les prêts les banques vont devoir donner des actifs en garantie ou en collatéral. De quels types de collatéraux les banques disposent à ce jour ? Comment ces collatéraux seront-ils appréciés par la BCE ? Permettront-ils d’emprunter des sommes suffisamment importantes pour permettre aux banques d’avoir une marge de manœuvre significative tant sur le financement des pays que sur le financement des agents privés ?

A priori la BCE aurait décidé d’élargir la palette des collatéraux aux crédits faits par les banques aux PME. Cette information n’est pas pour le moment avérée.

Certains commentateurs n’excluent pas un schéma dans lequel les banques emprunteraient de l’argent auprès de la BCE pour le lui remettre ensuite face à l’absence d’opportunités d’investissement intéressantes eu égard au rapport rendement/risque. C’est ce qui se passe déjà depuis plusieurs mois.