Selon M Soros, intervenant lors d’une conférence organisée en Italie, les responsables de la zone euro auraient devant eux trois mois, pas plus, pour prendre les décisions qui s'imposent en vue de renforcer la zone euro et d'éviter tout dérapage.

Pour l'expert, la Grèce devrait élire un gouvernement favorable à la mise en œuvre du programme d’austérité défini en contrepartie de l’aide financière qui a été accordée au pays. «Je m’attends à ce que le peuple grec ait suffisamment peur des répercussions d’une sortie de la zone euro pour donner une faible majorité de voix aux partis opposants à la mise en place des réformes exigées par les instances européennes ».

Cette issue favorable des élections législatives grecques, qui doivent se dérouler le 17 juin prochain, ne donnera qu’un bref moment de répit à la zone euro-tout comme le vote favorable du peuple irlandais au Pacte budgétaire européen vendredi dernier-dans la mesure où l’opinion publique allemande sera de moins en moins encline à aider financièrement ses faibles voisins européens.

Effectivement, pour M Soros, l’économie allemande, devrait fortement faiblir cet automne, rendant ainsi la tâche plus difficile pour la chancelière Angela Merkel de convaincre le peuple allemand d’accepter de nouvelles responsabilités européennes.
« La crise devrait alors à ce moment là atteindre son paroxysme. C’est ce qui m’amène à penser que les dirigeants européens ont une fenêtre d’opportunité de trois mois ».

Georges Soros est d'avis que les dirigeants européens n’ont pas su identifier l’exacte nature de la crise à laquelle la zone euro était confrontée.
Ces derniers se seraient concentrés sur le traitement du problème de la dette publique, alors que la crise est davantage liée à un problème bancaire et à un problème de compétitivité.
En conséquence d'un mauvais diagnostic effectué, c’est un mauvais traitement qui a été administré. «Il n’est absolument pas possible de résoudre le problème de la dette en mettant à mal l’économie». Celui-ci faisant allusion aux mesures d’austérité largement envisagées pour assainir les finances publiques.

Une politique dédiée à la relance de la croissance est nécessaire, estime M Soros. Celle-ci devra être élaborée de telle sorte qu'elle permette aux gouvernements de prélever les recettes suffisantes pour diminuer le niveau de la dette.

Au-delà, la zone euro devra se doter d’un mécanisme de garantie des dépôts bancaires pour enrayer la fuite des dépôts déjà observée dans certains pays périphériques. Les banques européennes devront également se voir accordées un accès direct au financement par le Mécanisme européen de stabilité, le fonds de secours permanent de la région.

Pour l’heure le scénario central de M Soros table sur une issue positive. «A ce jour, la plus forte probabilité est que la zone euro survive parce qu’un éclatement serait dévastateur non seulement pour les pays de la périphérie mais aussi pour les pays cœur. Un retour au deutschemark affecterait les sociétés exportatrices allemandes, sans compter qu’il aurait des conséquences politiques non négligeables. Aussi l’Allemagne fera très certainement le nécessaire pour préserver la zone euro, mais n'en fera pas plus».