La CFTC (Commodity Futures Trading Commission) américaine, l’autorité chargée de la régulation des transactions de contrats futurs sur matières premières a décidé d’intenter une action en justice à l’encontre de Peregrine Financial Group, un broker américain basé dans l’Iowa.

La firme est accusée de fraude, d’avoir mal utilisé l’argent de ses clients, d’avoir violé le principe de ségrégation des fonds des clients avec ses propres fonds et d’avoir fait de fausses déclarations à propos de l’état de ses finances.

En particulier, Peregrine Financial Group aurait déclaré détenir 207 millions de dollars répartis dans 1845 comptes le 28 février 2010, alors qu’il ne détenait en réalité que 10 millions, 218 millions dollars le 30 mars 2011 alors qu’il ne détenait que moins de 10 millions et 220 millions de dollars ces derniers jours alors qu’il ne détenait en réalité que 5,1 millions de dollars.

La supercherie aurait été découverte par la NFA (National Futures Association), une organisation auto régulée responsable du contrôle et de l’audit de la firme pour s’assurer de sa mise en conformité avec les ratios financiers et les exigences de reporting.

L’action en justice a été intentée par la CFTC devant la Cours de l’Illinois après que la NFA ait frappé Peregrine Financial Group de plusieurs interdictions, notamment celles : de solliciter ou d’accepter des comptes clients supplémentaires ou des fonds clients additionnels ; d’accepter ou de placer de nouveaux ordres pour des clients excepté pour liquider les positions existantes ; de distribuer ou de transférer tout fonds sans l’approbation préalable de la NFA.

Le président tenu pour directement responsable

Le président de Peregrine se trouverait au cœur du scandale. C’est du moins ce que pense la CFTC.
«De Février 2010, au moins, jusqu’à aujourd’hui, Peregrine Financial et M Wasendorf ont échoué à maintenir les fonds des clients de manière adéquate dans des comptes ségrégués tel que requis par la règlementation. Qui plus est, de fausses déclarations ont été faites au regard des fonds détenus en ségrégation» aurait indiqué l’autorité de régulation.

M Wasendorf aurait intercepté des documents réglementaires confidentiels envoyés par la NFA et aurait falsifié des signatures et fabriqué de faux bilans bancaires qu’il aurait envoyés en retour. Celle-ci aurait commencé à alimenter des soupçons lorsqu’elle a demandé des confirmations par voie électronique.

M Wasendorf, âgé de 64 ans, a tenté de mettre fin à sa vie lundi. « A la suite de cet incident, la NFA a reçu l’information selon laquelle M Wasendorf aurait pu falsifier certains registres bancaires » a précisé la CFTC.

Réaction d’un client de Peregrine Financial Group

Dans une lettre rendue publique, Attain Capital, un client de Peregrine Financial Group a indiqué avoir été induit en erreur par le président de Peregrine.
« Il n’y a pas eu de malentendu. Une fraude a bien été commise. Peregrine Financial a soumis de fausses informations sur les comptes détenus. Les fonds, par ailleurs, ségrégués-les nôtres et ceux de nos clients-ont été utilisés de manière inappropriée. Et tout cela, plusieurs mois après que M Wasendorf ait promis que Peregrine Financial n’était pas du tout comparable à MF Global ».

En Février, la société avait publié une note selon laquelle elle reportait tous les jours et tous les mois aux régulateurs l’état des comptes ségrégués des clients.

Opprobre sur une industrie déjà discréditée


Bien que l’affaire se distingue de cette de MF Global, pour autant elle tend à détériorer davantage la fragile confiance des acteurs dans l'industrie du courtage.

«Nous avons une étrange impression de déjà vu» commente John Roe, co-fondateur de la Commodity Customer Coalition, une entité créée après la déroute de MF Global en octobre dernier pour aider les clients abusés à récupérer leur argents.

Mardi soir, Peregrine Financial Group est entrée en liquidation sous le chapitre 7 du code de la faillite américain avec entre 500 millions et 1 milliard d’actifs, entre 100 millions et 500 millions de passifs, et entre 10 000 et 25 000 créanciers.